11/12/2007

Le libre choix de l'école: inéquitable, inefficace.

Une motion libérale, largement soutenue par l’UDC et de nombreux radicaux, propose le libre choix de l’école publique et sera développée demain au grand conseil. Et donc la mise en concurrence des établissements. Ce «Libre choix» a l’air alléchant. Mais ce n’est qu’un cheval de Troie pour augmenter les inégalités sociales.
Les motionnaires argumentent que des pays européens qui ont mieux réussi que le nôtre lors de la récente étude PISA connaissent le libre choix de l’école publique et tirent la conclusion que c’est ce libre choix qui est la cause de leurs bons résultats. Ils citent notamment la Belgique et la Finlande. Pas de chance, ces deux exemples plaident l’un contre le libre choix (sauf si l’on veut faire de l’école un instrument pour creuser les inégalités), l’autre pour une politique éducative à laquelle les libéraux sont opposés.

More...Liberté = inégalités
La Belgique est le pays européen où le choix de l’école publique est le plus libre. Les écoles y sont densément réparties de sorte à ce que chaque domicile soit proche de plusieurs écoles, la réglementation peu contraignante et la part des écoles privées très importante (60% des élèves fréquentent des écoles privées catholiques). Mais c’est aussi le pays où le système éducatif reproduit le plus les inégalités sociales. En effet, c’est là que le niveau de formation des parents a le plus d’influence sur celui de leurs enfants. Si les parents sont bien formés, leurs enfants le seront aussi. Et si les parents n’ont pas pu suivre une bonne formation, il y a de très fortes chances que leurs enfants subissent le même sort. Bref, prendre la Belgique et son libre choix de l’école publique en exemple n’est pas une bonne idée.

Un politique éducative qui n’a rien pour plaire aux libéraux
Passons à la Finlande. Ce pays, régulièrement champion des études PISA, connaît certes en théorie le libre de choix de l’école, y compris à l’école primaire. Cependant, ce libre choix n’existe que s’il y a de la place, ce qui le restreint énormément, et il n’est donc guère pratiqué. Ce n’est donc certainement pas grâce au libre choix de l’école que la Finlande a obtenu de si bon résultats lors des tests PISA. C’est plutôt pour des raisons qui ne devraient pas plaire aux libéraux, UDC et autres partisans du «libre choix». La Finlande investit notamment une plus grande part de son PIB en faveur de la formation. Par exemple, les fournitures scolaires sont totalement gratuites, de même que les cantines scolaires. En revanche, lors des récents débats au sujet des crédits à la formation, l’UDC s’était prononcée pour réduire ces crédits au minimum. La Finlande connaît en outre la voie unique pour les neuf premières années d’écoles et ignore la sélection. L’échec scolaire y est rarissime. Cela n’empêche pourtant pas les motionnaires, d’habitude partisans de la sélection à tous crins, de citer la Finlande en exemple. Enfin, il y a relativement peu d’écoles privées (dont les partis de la droite vaudoise sont de grands partisans), car celles-ci ne peuvent pas prélever d’écolages. Faire du business sur le dos de la formation n’y est donc pas possible.

Libre choix, apanage des démocraties?
Les motionnaires prétendent enfin que «plus un pays est démocratique, plus il connaît le libre choix de l’école». C’est une assertion particulièrement choquante, vu que c’est le Chili, sous la dictature de Pinochet, qui est allé le plus loin dans le libre choix de l’école, notamment en introduisant des «bons scolaires». Dont un des effets principaux fut, là aussi, une aggravation des inégalités sociales. Mais est vrai que ce n’était qu’une stratégie néolibérale avec la ruine du service public pour principal objectif. Une démocratie ne se caractérise pas la concurrence entre les écoles, mais par l’égalité des chances face à l’accès à la formation. Que l’on obtient certainement pas par un trompeur «libre choix».

15:36 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (12)

Commentaires

le socialisme est inefficace et inéquitable et pourtant vous continuez à vous y accrocher. Quant au chèque éducation il fût réellement expérimenté à Milwaukee au USA, ce qui a permis entre autre aux classes pauvres d'accéder à de meilleurs résultats scolaires et l'éducation générale y a gagné en performances, notamment grâce à la concurrence entre établissements scolaires.

Les exemples faut les chercher non pas dans les dictatures mais chez les libéraux comme à Milwaukee.

Et pour la petite histoire la politique libérale chiliène qui je vous le rappelle est 1ère élève en Amérique latine on la doit non pas à Pinochet mais à des économistes libéraux américains appelés les Chicago boys.

D.J

Écrit par : D.J | 11/12/2007

Oui, les Chicago boys... Imposés par Pinochet, arrivé et resté au pouvoir dans le sang, suite à un coup d'Etat contre un président démocratiquement élu. Bel exemple, en effet...

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 12/12/2007

Ah mon Dieu, voilà qu'il remet ça....
Les Boys ont sauvé le pays de la banqueroute et Pinochet a confisqué le pouvoir au syndicat des cammionneurs, gang de racketteurs institutionnalisé par le régime précédent.
Il faudra changer d'orientation, mon grand, ou se remettre sérieusement à étudier.

Écrit par : Rabbit | 12/12/2007

Ah mon Dieu, voilà qu'il remet ça....
Les Boys ont sauvé le pays de la banqueroute et Pinochet a confisqué le pouvoir au syndicat des cammionneurs, gang de racketteurs institutionnalisé par le régime précédent.
Il faudra changer d'orientation, mon grand, ou vous remettre à étudier plus sérieusement votre matière.

Écrit par : Rabbit | 12/12/2007

Cher Rabbit, si vos visions plutôt particulières de l'histoire vous amènent à faire l'apologie d'une dictature, je dois dire qu'il y a de quoi s'inquiéter.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 12/12/2007

Pour ceux qui s'entendent à falsifier l'Histoire, vous êtes certainement dans le bon camp. Rappelez-vous que dans une même semaine, la speakerine officielle de la Voix du Peuple, officiant sur la TSR, pouvait évoquer "Pinochet, ce pire dictateur que l'Amérique du Sud ait connu" et "Fidel Castro, statue vivante de la Révolution". Si vous êtes un brin comptable dans le domaine du tragique, faites le bilan humain de chaque côté et le résultat pourrait bien vous déprogrammer.

Écrit par : Rabbit | 12/12/2007

Rassurez-vous, Rabbit, je condamne autant les exactions commises par le régime de M. Pinochet que celles du régime de M. Castro. J'espère que vous en faites autant.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 12/12/2007

Oui, le moindre "dérapage" est intolérable.
Ceux du régime Allende n'ont pas vraiment intéressé l'opinion de ce côté-ci de l'Atlantique. Pourtant avec l'aide des conseillers militaires soviétiques, cubains et nord-coréens sur place, les opposants n'ont pas eu la vie facile. D'autant plus quand les exécuteurs du MIR se mettaient au travail.
Je crois que nous sommes vraiment d'accord.

Écrit par : Rabbit | 12/12/2007

M. Schwaab, je vous parle de la réussite économique du Chili à partir de l'après Pinochet jusqu'à aujourd'hui. Le libéralisme des boys de Chicago a réussi, là où le socialisme de Allend a lamentablement échoué. Les Suds américains commencent à en avoir marre du socialisme. Même le Vénézuéla commence à en avoir marre du socialisme à la Chavez.

D.J

Écrit par : D.J | 12/12/2007

Partir du canton de Vaud pour en arriver à la dictature de Pinochet... bravo!!... C'est de l'argumentaire qui convainc ça!

Écrit par : Laurent | 21/01/2008

C'est de l'argumentaire tout à fait convaincant, car il part de la proposition de départ, celle de la motion des libéraux vaudois, qui prétend que "plus un pays est démocratique, plus il connaît le libre choix".

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 21/01/2008

J'ai lu votre blog et j'ai vraiment aimé. Intéressant les arguments et les opinions des auteurs, en particulier aimé les commentaires de blogueurs, à condition de personnes ont cho dire à ce sujet!

Écrit par : hair cleansing drinks | 04/12/2008

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