17/12/2007

Assainir l'assurance-chômage sur le dos des jeunes et des plus de 55 ans?

Le chômage reste, selon le sondage annuel du crédit suisse, une des peurs les plus importantes des Suissesses et des Suisses. Cela n’a malheureusement rien d’étonnant, malgré la haute conjoncture. En effet, le taux de chômage a certes diminué de manière spectaculaire, mais la précarité (recours à l’aide sociale, travail temporaire, sur appel, sous-emploi, travailleurs pauvres, sous-enchère salariale, vides conventionnels, etc.) est en augmentation. Et les difficultés des jeunes et des plus de 55 ans à trouver un emploi restent conséquentes. Beaucoup ont donc peur de perdre leur emplois et ces craintes doivent être prises au sérieux. Et le plein-emploi est encore loin.

Trois des propositions du Conseil fédéral pour assainir l’assurance-chômage sont donc plutôt choquantes: l’augmentation de la durée de cotisation de 12 à 15 mois pour toucher 400 indemnités journalières, l’augmentation de la durée de cotisation pour bénéficier de 520 indemnités si l’on a plus de 55 ans et l’augmentation du délai d’attente de 6 à 12 mois pour les jeunes sans formation. Ces mesures s’en prennent à trois catégories des chômeurs particulièrement exposées et vulnérables: les travailleurs temporaires, les chômeurs âgés et les jeunes qui n’ont pas trouvé de place d’apprentissage. Or, il s’agit justement de trois catégories qui sont en augmentation, malgré la bonne santé du marché de l’emploi. Le nombre de travailleurs temporaires a pris l’ascenseur ces dernières années et il y a toujours plus de 23′000 jeunes en liste d’attente d’une place de formation. Quant aux difficultés des chômeurs de plus de 55 ans pour retrouver un emploi, elles sont de notoriétés publique. Augmenter la durée de cotisation et le délai d’attente avant de bénéficier des prestations de l’assurance-chômage, c’est exclure toujours plus de monde de cette assurance sociale et reporter les coûts sur l’assistance publique. En outre, les cantons auront droit à moins de moyens pour financer les mesures du marché du travail (3000 Fr. au lieu de 3500): les chômeurs auront donc droit à moins de prestations et les cantons à moins de moyens pour les aider à se réinsérer… Quant aux cantons les plus touchés par le chômage, ils ne pourront plus augmenter le nombre d’indemnités de leurs demandeurs d’emplois.

Cependant, les propositions du conseil fédéral ne sont pas toutes bonnes à jeter. En effet, l’augmentation des cotisations salariales, en particulier du pour-cent de solidarité prélevé sur les hauts salaires, va dans la bonne direction. Car nous devons utiliser la bonne conjoncture actuelle pour assainir l’assurance-chômage en prévision de la prochaine récession. Mais cela ne doit pas se faire sur le dos des (futurs) chômeurs et chômeuses.

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11/12/2007

Le libre choix de l'école: inéquitable, inefficace.

Une motion libérale, largement soutenue par l’UDC et de nombreux radicaux, propose le libre choix de l’école publique et sera développée demain au grand conseil. Et donc la mise en concurrence des établissements. Ce «Libre choix» a l’air alléchant. Mais ce n’est qu’un cheval de Troie pour augmenter les inégalités sociales.
Les motionnaires argumentent que des pays européens qui ont mieux réussi que le nôtre lors de la récente étude PISA connaissent le libre choix de l’école publique et tirent la conclusion que c’est ce libre choix qui est la cause de leurs bons résultats. Ils citent notamment la Belgique et la Finlande. Pas de chance, ces deux exemples plaident l’un contre le libre choix (sauf si l’on veut faire de l’école un instrument pour creuser les inégalités), l’autre pour une politique éducative à laquelle les libéraux sont opposés.

More...Liberté = inégalités
La Belgique est le pays européen où le choix de l’école publique est le plus libre. Les écoles y sont densément réparties de sorte à ce que chaque domicile soit proche de plusieurs écoles, la réglementation peu contraignante et la part des écoles privées très importante (60% des élèves fréquentent des écoles privées catholiques). Mais c’est aussi le pays où le système éducatif reproduit le plus les inégalités sociales. En effet, c’est là que le niveau de formation des parents a le plus d’influence sur celui de leurs enfants. Si les parents sont bien formés, leurs enfants le seront aussi. Et si les parents n’ont pas pu suivre une bonne formation, il y a de très fortes chances que leurs enfants subissent le même sort. Bref, prendre la Belgique et son libre choix de l’école publique en exemple n’est pas une bonne idée.

Un politique éducative qui n’a rien pour plaire aux libéraux
Passons à la Finlande. Ce pays, régulièrement champion des études PISA, connaît certes en théorie le libre de choix de l’école, y compris à l’école primaire. Cependant, ce libre choix n’existe que s’il y a de la place, ce qui le restreint énormément, et il n’est donc guère pratiqué. Ce n’est donc certainement pas grâce au libre choix de l’école que la Finlande a obtenu de si bon résultats lors des tests PISA. C’est plutôt pour des raisons qui ne devraient pas plaire aux libéraux, UDC et autres partisans du «libre choix». La Finlande investit notamment une plus grande part de son PIB en faveur de la formation. Par exemple, les fournitures scolaires sont totalement gratuites, de même que les cantines scolaires. En revanche, lors des récents débats au sujet des crédits à la formation, l’UDC s’était prononcée pour réduire ces crédits au minimum. La Finlande connaît en outre la voie unique pour les neuf premières années d’écoles et ignore la sélection. L’échec scolaire y est rarissime. Cela n’empêche pourtant pas les motionnaires, d’habitude partisans de la sélection à tous crins, de citer la Finlande en exemple. Enfin, il y a relativement peu d’écoles privées (dont les partis de la droite vaudoise sont de grands partisans), car celles-ci ne peuvent pas prélever d’écolages. Faire du business sur le dos de la formation n’y est donc pas possible.

Libre choix, apanage des démocraties?
Les motionnaires prétendent enfin que «plus un pays est démocratique, plus il connaît le libre choix de l’école». C’est une assertion particulièrement choquante, vu que c’est le Chili, sous la dictature de Pinochet, qui est allé le plus loin dans le libre choix de l’école, notamment en introduisant des «bons scolaires». Dont un des effets principaux fut, là aussi, une aggravation des inégalités sociales. Mais est vrai que ce n’était qu’une stratégie néolibérale avec la ruine du service public pour principal objectif. Une démocratie ne se caractérise pas la concurrence entre les écoles, mais par l’égalité des chances face à l’accès à la formation. Que l’on obtient certainement pas par un trompeur «libre choix».

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05/12/2007

RIP: repos dominical

Le Conseil des Etats vient d’accepter l’initiative parlementaire Wasserfallen, qui autorise quatre ouvertures dominicales des commerces sans qu’un besoin urgent soit établi. C’est une nouvelle tranche de la stratégie du salami, dont se servent les milieux économiques pour vider le congé du dimanche de sa substance. Défaits dans les urnes en 1996 alors qu’ils avaient tenté de généraliser le travail dominical, ils sont revenus à la charge par petites tranches, histoire de faire avaler la pilule plus facilement. Et malheureusement, force est de constater que ça fonctionne: Le travail du dimanche est désormais possible sans restriction dans les commerces des grandes gares, l’interdiction de travailler la nuit et le dimanche est tombée pour les apprenties et apprentis de moins de 20 ans et même de moins de 18 ans dans de nombreuses branches. Avec l’initiative Wasserfallen, les cantons pourront autoriser quatre dimanches de travail supplémentaires dans les commerces. Le personnel, qui tient à son dimanche de repos, y est fermement opposé, et cela d’autant plus que, plus on travaille le dimanche, moins on a droit à un supplément salarial. En effet, dès 6 dimanches travaillés par an, les salariés n’ont plus doit au supplément (Art.19 de la loi sur le travail), car ce n’est plus du travail dominical temporaire, mais du travail dominical régulier.


En outre, la majorité UDC-PDC-PRD du conseil des Etats a refusé la proposition de minorité qui voulait que les cantons qui autorisent le travail dominical soumette cette décision au référendum facultatif et à l’obligation de conclure une convention collective de travail pour mieux protéger les employés. Preuve en est qu’une fois de plus, la majorité bourgeoise n’a tenu compte que des intérêts patronaux.


Cette attaque contre le repos dominical, jour de congé commun à toute la population, est grave, car elle en annonce d’autres. Après le personnel de la vente, c’est la totalité des salariés qui risque de bientôt devoir faire une croix sur son repos du dimanche.

11:40 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)