21/02/2008

L'adacémie française tacle les technocrates de la formation professionnelle

Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur la formation professionnelle, quelques technocrates avaient presque réussi un hold-up magistral: imposer le remplacement général du terme "apprenti", pourtant facile à comprendre par tout le monde, par "apprenant", même si ce terme n'apparaît ni dans la loi, ni dans son ordonnance. En Suisse alémanique, cette offensive linguistique est malheureusement un succès: "Lernende" a supplanté "Lehrling" (respectivement "Lehrtochter"), même dans le langage courant. Mais bon, en Allemand, le premier a au moins l'avantage sur le second d'être épicène.

Fort heureusement, un enseignant d'une école professionnelle bulloise a eu la bonne idée de poser la question à l'Académie Française. Comme le rapportent les actualités de la formation professionnelle, la réponse est sans équivoque. "Apprenant" n'est pas dans le dictionnaire de l'académie et celle-ci recommande de lui substituer, selon le contexte, étudiant, élève ou... apprenti. (la lettre de l'académie se trouve ici en pdf)

Il ne reste plus qu'à espérer que cela mettra un terme à la mode de nommer toute personne en formation "apprenant". Dans le canton de Vaud, le terme "apprenant" est encore très présent, notamment dans les pages du service du personnel. En revanche, dans l'avant projet de loi vaudoise sur la formation professionnelle, le terme "apprenti" reprend du poil de la bête. Et le canton a annoncé vouloir bannir définitivement "apprenant". Y'a de l'espoir.

10:26 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Etrange, qu'un socialiste condamne la novlangue pourtant introduite par son parti... (mais cela vous honore de vous retrouver pour une fois sur les bancs des conservateurs)
C'est aux années Jeanprêtre (et peut être même Schwaab) que l'on doit le massacre en bonne et due forme de la langue dans l'école vaudoise... engins scripteurs pour stylos, référentiel bondissant pour ballon, et apprenants pour élèves...
Et oui...

Écrit par : Ulysse | 21/02/2008

Cher Ulysse, rassurez-vous, on trouve technocrates dans tous les partis. L'OFFT; grand utilisateur du verbiage "apprenant" était dirigé par un démocrate-chrétien lors de la mise sur pieds de la nouvelle loi et est actuellement dirigée par une verte...

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 21/02/2008

Tiens! J'étais persuadé que le terme nouveau serait "personne en formation" (Lire mon billet du 13 février à ce sujet sur ce même site)

Mais, j'ai une question: comment l'école vaudoise a-t-elle "traduit" futilité et bêtise crasse (ne me dites pas que le second terme a été remplacé par connerie, c'est trop simple, donc je ne vous croirait pas !

Écrit par : Père Siffleur | 22/02/2008

Je n'avais pas vu le billet du père siffleur (http://peresiffleur.blog.24heures.ch/p26.html ; je mets le lien, parce que j'ai mis un moment à le retrouver...). La dénomination proposée pour l'OFFT est extrêmement pertinente!
Pour avoir eu une séance récemment avec des gens dudit office, je peux malheureusement assurer qu'"apprenant" y survit encore fort bien.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 22/02/2008

Yo JC!
Pourquoi tous ces "malheureusement"? En tant que prof je trouve que "enseignant" est encore plus grotesque; pourtant on s'y fait à la longue...sinon y a une vidéo de votre soirée socialiste; tape "christina ouais" sur youtube!

Écrit par : Lucas Paccaud | 22/02/2008

Cher M. Schwab, vous avez raison de relever ce cynisme car il ne faut pas oublier qu'il pourrait déteindre sur d'autres formations professionnelles.

Sachant que l'école vaudoise est en restructuration, je vous invite à vous "inspirer" de l'événement genevois pour le combat en faveur d'une école de qualité.

Ce jargon est rigoureusement authentique. Il se veut conscience phonologique et autosocioconstruction des savoirs.
Un prof ne doit plus dire "un élève a pété une vitre avec un ballon" mais "un apprenant a cassé un espace transparent avec son référentiel bondissant aléatoire"; au lieu de "cancre", il faut parler d' "un inappétent scolaire"; l'écriture, c'est la "motricité de proximité"; le bras, c'est "le segment manipulateur antérieur".

Si ce délire linguistique peut prêter à sourire, il est néanmoins normatif : ceux qui servent cette cause ont pouvoir de vie et de mort sur les "enseignants-apprenants".

Bon vent!





Écrit par : Micheline | 25/02/2008

C'est bien les gauchistes qui ont introduit en Suisse alémanique les "schaffende". Tous les jobs à connotation socioculturel sont des "schaffende". Se sont tous les corps de métiers qui vivent de nos impôts et qui trouve ça totalement normal. Les « riches » n’ont qu’à payer
Depuis des décennies, les écoles sont en perpétuelle restructurations! C’est toujours pire. Les problèmes de la jeunesse d’aujourd’hui sont aussi le résultat de l’incapacité de nos enseignants. On ne reconnait plus les valeurs de base. Plus il y a de sociopedagodingo, plus on n’y comprend plus rien, les profs les premiers!

Écrit par : E.T | 04/03/2008

Une fois n'est pas coutume, vous avez raison M. Schwaab, et je suis ravi de constater que la défense d'une langue française de qualité pourrait se mettre en place en transcendant les clivages idéologiques.

De la même veine que celle que vous dénoncez ressort le langage administratif genevois (j'ignore si cette dérive langagière a aussi envahi l'administration vaudoise), et sa volonté de féminisation à tout crin de chaque nom ou adjectif décrivant une personne. L'Académie française, se ralliant à un travail approfondi effectué par Claude Lévi-Strauss et Georges Dumézil, a démontré la vacuité d'un tel procédé : http://www.ciep.fr/chroniq/femi/fj.htm

Écrit par : Soli Pardo | 12/03/2008

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