28/03/2008

Encourager les PME formatrices

Le recensement des entreprises 2005 de l'office fédéral de la statistique montre que la part des apprentis n’a que très légèrement augmenté dans les PME: 6,6% des personnes employées par les PME sont des apprentis, contre 6,4% en 1998. Parallèlement, le nombre de personne employées dans les PME a connu une augmentation nettement plus importante (+1,84%). Les grandes entreprises restent à la traîne, avec une part d’apprentis d’un peu plus de 4%.
On peut en tirer trois conclusions. La première est l’échec des lois du marché. La bonne conjoncture a profité à l’emploi en général, mais pas aux places d’apprentissage. Cela démontre une fois encore que le problème de l’accès à la formation professionnelle ne se résorbera pas tout seul.


Deuxième conclusion : il est indispensable de redoubler d’efforts pour que les grandes entreprises forment plus d’apprentis, voire se mettent à former. Le potentiel de création de places d’apprentissage y est en effet plus important. Une grande entreprise bénéficie en effet plus facilement des infrastructures lui permettant de former de nombreux jeunes dans de nombreux métiers, alors qu’une PME doit souvent se contenter d’un seul apprenti dans un seul métier, qu’elle devra parfois former en commun avec d’autres petites entreprises (réseau de formation). Pour encourager les grandes entreprises à former plus, il convient de poursuivre les efforts de démarchage des places d’apprentissage, notamment auprès des multinationales qui s’installent en Suisse, mais ne sont pas familiarisées avec notre  système dual de formation professionnelle.

Il faut continuer d'encourager les entreprises formatrices

La troisième conclusion est que les PME jouent leur rôle formateur, mais qu’il faut continuer à les encourager pour qu’elles créent plus de places d’apprentissage. Cela peut se faire au moyen de fonds cantonaux pour la formation professionnelle, qui répartissent les frais de formation sur toutes les entreprises et non pas sur les seules qui se donnent la peine de penser à la relève. Le fonds cantonal pour la formation permet aussi d’inciter les grandes entreprises qui auraient les moyens de former des apprentis à le faire. De tels fonds existent dans les cantons de GE, FR, NE, VS (depuis 2005), JU (depuis 2007) et peut-être bientôt ZH (où une votation populaire est agendée) et VD.

Le marché des places d'apprentissage ne s'adapte pas
La part des apprentis dans les PME des différentes branches est restée la même qu’il y a 7 ans. Elle est élevée dans les banches où la formation professionnelle est très profitable (p. ex. le bâtiment, avec plus de 10%) et reste inférieure à la moyenne dans l’industrie (5,7%), où former des apprentis n’est souvent pas rentable, c’est-à-dire où les coûts de la formation sont supérieurs à la productivité des apprentis et aux économies que fait l’entreprise formatrice en les réengageant une fois leur formation achevée. Or, ce sont dans les branches où la part d’apprentis est la plus faible que l’on signale le manque de main d’œuvre qualifiée et de places d’apprentissage le plus important. Cela veut dire que ces secteurs n’ont pas encore trouvé le moyen – ou la volonté – de miser sur la relève et que l’offre en place de formation ne tient pas assez compte des évolutions du monde du travail. Autorités et partenaires sociaux doivent donc concentrer leurs efforts pour que ces branches forment plus.

Le rôle de l'Etat
Dans tous les cas, l’augmentation du nombre de places d’apprentissage, d’entreprises formatrices et de la part des apprentis dans le total des salariés ne suffit de loin pas. Il manque encore et toujours plusieurs milliers de places d’apprentissage pour que les jeunes puissent faire un réel choix professionnel et pour que les entreprises forment la main d’œuvre qualifiée dont elles ont besoin. En effet, plus de 20'000 jeunes doivent chaque année se contenter d’une «solution transitoire» à la sortie de l’école obligatoire et près de 3000 se retrouvent sans la moindre solution. Au final, 11% de chaque classe d’âge n’obtient jamais de titre post-obligatoire et risque de n’occuper que des emplois précaires, de multiplier les périodes de chômage, voire de dépendre durablement de l’aide sociale. La solution ne pouvant venir uniquement des entreprises, il est indispensable que les pouvoirs publics agissent, par exemple en créant des places en école professionnelle à plein temps, qui, contrairement aux solutions transitoires, sont de vraies formations.

18/03/2008

Comment l'UDC menace le libre choix du médecin...

Le 1er juin, nous voterons sur un nouvel article constitutionnel sur la santé. Cet article est un contre-projet à l’initiative lancée en 2003 par le parti de M. Blocher. Cette initiative visait à introduire plus de concurrence dans le domaine de la santé, se basant sur la fiction qui veut que plus de concurrence = baisse des coûts. La concurrence entre les caisses maladies n’ayant pas réussi à endiguer la hausse des coûts et l’ayant même probablement encouragé, il est facile de se rendre compte à quel point cet adage repose sur du sable.
Cela n’a pas empêché les chambres fédérales, dont on connaît la propension à faire les quatre volonté des assureurs-maladie, d’élaborer un contre-projet à l’initiative de l’UDC. Celle-ci s’en est contentée et a retiré son initiative. Non sans avoir manœuvré auparavant pour que cela se passe après les élections fédérales. Car il eût été fâcheux d’avoir à affronter les slogans «voter UDC nuit à la santé» ou «voter UDC: libre choix supprimé».


Car le contre-projet ne vise rien de moins que la suppression de l’obligation de contracter, donc la suppression du libre choix du médecin. En effet, le texte du projet soumis au vote (projet d’art. 117a al. 2 2ème phrase Cst «Les personnes assujetties à l’assurance obligatoire des soins peuvent choisir librement un des assureurs-maladie reconnus ainsi que les fournisseurs de prestations autorisés à pratiquer à la charge de l’assurance-maladie.») est une base légale suffisante pour autoriser les assureurs à ne collaborer qu’avec les «fournisseurs autorisés», c’est-à-dire choisir avec qui ils souhaitent travailler (liberté de contracter). Il est certes moins clair que celui de l’initiative (projet d’art. 117a Al. 2 Cst «Les assureurs proposant l’assurance de base et les fournisseurs de prestations médicales et de soins concluent des contrats de prestations qui répondent aux besoins des assurés.»), mais c’est probablement dans le dessein de tromper l’électeur. Il n’en signifie pas moins la fin du libre choix du médecin, mais aussi du lieu de traitement, ce «libre» choix ne pouvant s’effectuer que parmi les médecins et hôpitaux «autorisés» à pratiquer par les caisses.


Ce seront les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques qui en subiront les conséquences. Leurs médecins, qui leur prescrivent des traitements coûteux, seront exclus, car trop chers, par les assureurs. Leurs patients n’auront plus d’autre choix que de changer de médecin (à moins que leur nouveau médecin ne subisse le même sort) ou de renoncer au remboursement de leurs soins. Et qu’adviendrait-il des patients forcés d’aller se faire soigner loin de chez eux, parce que l’hôpital de leur région n’a pas été agréé par leur assureur?


Le 1er juin, à moins de vouloir expérimenter ce que donnent les méthodes de l’UDC appliquées à notre santé, votons non à l’article constitutionnel.

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12/03/2008

Non à la privatisation de la police ferroviaire!

Longtemps, même les plus convaincus des ultralibéraux prétendaient que certaines tâches publiques, parmi elles la police ou l'armée, ne sauraient être privatisées. Oh, il y avait bien quelques tentatives de confier quelques mandats à des securitas, mais elles se limitaient en général à des tâches de la police qui ne relèvent pas directement de la sécurité publique, comme faire la circulation ou contrôler du stationnement. Ces tentatives étaient déjà inacceptables. Les vraies bases légales permettant une privatisation de larges pans des tâches des forces de l'ordre sont rares, mais existent, par exemple en Argovie. 

 

Cette époque est bel est bien révolue et, désormais, les partisans de la privatisation totale de la police avancent à visage découverts. Et donnent le ton. La majorité bourgeoise du conseil national vient de faire un pas de plus vers la police privée: La police ferroviaire pourra être totalement privatisée. Et il ne s'agira plus de banals securitas faisant "régner l'ordre" par leur seule présence. Il s'agira de vrais policiers. Ces agents privés pourront être armés, pourront contrôler des identités, fouiller, interroger, arrêter. Des pseudo agents, dont on ne pourra plus démocratiquement contrôler à qui ils obéissent, qui les paye, comment ils sont recrutés, formés et entraînés, si on peut les acheter, qui ils protègent en priorité, quelle est leur responsabilité en cas de bavure, etc. pourront, dans un arbitraire le plus complet, exercer des tâches qui relèvent uniquement de la puissance publique. Car seul l'Etat a le droit de définir, démocratiquement, ce qu'est l'ordre public. Et lui seul a le droit de le faire respecter, démocratiquement, là aussi.

 

Si le Conseil des Etats ne fait pas machine arrière, la question du référendum devra être sérieusement envisagée. Si cette privatisation passe la rampe, la boîte de Pandore sera ouverte. La sécurité publique ne sera plus un droit humain, mais une denrée achetable et soumise à l'arbitraire.

 

16:12 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (17)