29/04/2008

Contrer l’offensive des «bons scolaires» et autres «chèques éducations»

Il y a deux semaines, grand conseil vaudois a nettement rejeté une motion du parti libéral qui souhaitait instaurer un fallacieux «libre choix de l’école» et mettre les établissements scolaires en concurrence. Cette proposition n’était que l’avant-poste d’une offensive plus vaste menée par le «Lobby parents suisses», mais largement soutenue dans les rangs libéraux, UDC, parfois radicaux et parfois verts. Bâle-Campagne votera cet automne et, selon la RSR, une initiative devrait être bientôt lancée dans la canton de Vaud. Il faut dire qu’un concept qui prône le «libre choix» a tout pour être séduisant. Il n’est donc pas inutile de rappeler que le financement public des écoles privées au moyen du «bon scolaire» (ou «chèque éducation») est incompatible avec un Etat démocratique, aggrave les inégalités sociales, est impossible à mettre en œuvre et s’apparente plutôt à un subventionnement des profits l’éducation-business.

Inégalitaire & antidémocratique
Le bon scolaire –et son corollaire, la mise en concurrence des écoles– créent des inégalités sociales et les aggravent. Ce système a été par exemple introduit à large échelle au Chili, creusant nettement les inégalités sociales. Quant à la Belgique, pays européen où le choix de l’école est le plus «libre» et où les familles en font le plus usage, elle est aussi le pays où le niveau d’éducation des parents a le plus d’influence sur celui de leurs enfants, et donc où la démocratisation de l’école est le plus en recul.
Le bon scolaire et le libre choix de l’école nient aussi un principe démocratique fondamental: Celui de l’égalité des chances et de l’égalité face aux prestations publiques. L’école ne serait en outre plus un lieu où tous les enfants d’une région apprennent ensemble la vie en société démocratique, mais une sorte de supermarché segmenté en classes sociales. Le bon scolaire mènerait aussi, comme on le verra plus bas, à soustraire la planification scolaire au contrôle démocratique pour la confier aux prestataires (ce qui n’est pas sans parenté avec le nouvel article 117a Cst sur la santé soumis au vote populaire le 1er juin).

Concurrence inefficace
A cela s’ajoute le fait que la concurrence entre écoles serait au mieux inefficace, au pire nuisible. Le droit suisse de la concurrence tolère en effet les distorsions de la concurrence et ne fait que combattre les abus des cartels ou de position dominante. Bref, la concurrence entre les écoles serait dans tous les cas bancale et nuirait à l’égalité des chances. En outre, il serait impossible de mettre sur pied un système d’indicateurs fiable permettant à tous les parents de faire un choix éclairé. Or, sans libre choix du «consommateur», pas de concurrence.

Impossible à mettre en œuvre – des effets pervers à la pelle
Si les parents pouvaient, chaque année, choisir une nouvelle école pour leurs enfants, nul doute que la planification scolaire deviendrait impossible: Une école bien cotée serait submergée d’inscriptions et devrait soit limiter le nombre de places, soit construire de nouveaux bâtiments en quatrième vitesse (si tant est que cela soit possible). Qui deviendraient subitement inutiles, amortis ou pas, si l’école devait perdre sa bonne réputation par la suite… Quant au problème des transports scolaires, il relèverait certainement de la quadrature du cercle, avec, au final, une augmentation drastique des coûts. Il ne s’agirait en effet plus de déplacer tout un groupe d’enfants d’un même lieu à un autre, mais vers des écoles diverses, situées à des distances plus ou moins longues de leur domicile. Et, dans l’hypothèse où on ne pourrait pas financer tous les transports, le choix de l’école ne serait «libre» que pour ceux qui en ont les moyens.
Dans tous les cas, plus question de planifier démocratiquement ni les bâtiments scolaires, ni les transports, car le libre choix des parents pourrait ruiner tout effort de coordination des pouvoirs publics.
Enfin, le bon scolaire mènerait certainement à des pratiques discriminatoires et à des écoles-ghettos, les unes avec exclusivement de «bons» élèves suisses ou issus des pays industrialisés, les autres avec les «mauvais» élèves, essentiellement issus de l’immigration extra-européenne.

Par ici les petits profits
Chacun a pu constater la prolifération des publicités pour les écoles privées de toutes sortes. Une preuve que la branche se porte bien et qu’il y a de beaucoup d’argent à y gagner. Introduire le bon scolaire ne manquerait pas de gonfler ces bénéfices, réalisés sur le dos des personnes en formation. Et de l’argent public atterrirait directement dans les caisses du privé. Pour des résultats moins bons, en témoignent les forts taux d’échecs des élèves du privé lors des examens pour revenir dans le public.


Commentaires

Les "bons scolaires" pourraient sembler pourtant la seule solution pour échapper à votre enseignement staliniste, nivelleur et coupeur de têtes. Mais c'est de la pure lâcheté. Il faudrait lutter frontalement contre la main-mise socialiste sur l'enseignement et ses conséquences néfastes. Malheureusement, ce n'est pas qu'Anne-C Lyon soit bonne, c'est que ceux d'en face sont mauvais...

Écrit par : Géo | 29/04/2008

Avec le chèque éducation l'expérience de Milwaukee USA est pour les économistes presque parfaite. Le Chèque éducation a été instauré en 1998 puis annulé en 2002 à la suite d'un changement de minorité, puis restauré en 2004. Il a été possible, pour Caroline Hoxby, économiste spécialiste de l'éducation d'en calculer les effets avant pendant et après. Milwaukee de surcroît compte une importante minorité hispanique, des immigrés mexicains pour la plupart, dont les résultats scolaires étaient médiocres, avant le chèque éducation, ces élèves étaient assignés, par une carte scolaire contraignante, à des écoles de quartier "ghettoisées". Le chèque éducation attribué à toutes les familles de Milwaukee a eu pour effet de redistribuer les élèves entre toutes les écoles de la ville; les parents hispaniques ont effectués leur sélection en fonction des résultats publiés des divers établissements.

Au terme de cette expérimentation en grandeur réelle, Caroline Hoxby a mesuré les résultats vérifiables; il en ressort une amélioration variant entre 5 et 10 % pour l'ensemble des élèves de Milwaukee, avec une progression plus importante pour les enfants hispaniques que pour la population d'origine locale. La liberté de choix des parents a conduit, ainsi que le prédisait la théorie de Milton Friedman, à un gain de productivité pour l'ensemble du système avec un bénéfice plus marqué en faveur des plus défavorisés.

Ainsi au Chili, pays très influencé par les thérories de Milton Friedman, le chèque éducation est la règle; mais les résultats sont médiocres, parce que les gouvernements (de gauche depuis 1990), refuse de financer les chèques à un niveau suffisant pour accéder aux écoles privées plus honéreuses que les écoles publiques; au sein même de l'enseignement public, les parents ne peuvent pas choisir dans la transparence, parce que les directeurs d'écoles refusent de publier leurs résultats.

Extrait du dernier ouvrage de Guy Sorman "l'économie ne ment pas", éd. Fayard.

Eh oui mon cher Jean-Christophe l'expérience de Milwaukee contredit toutes vos prédictions.

D.J

Écrit par : D.J | 29/04/2008

Cher DJ,

Le Chili : prétendre que c’est la faute de la gauche est un argument facile et peu crédible. Si le système était bon, il fonctionnerait quel que soit le gouvernement…

Milwaukee: Le panégyrique ultralibéral de M. Sorman doit être nuancé. Par exemple par cet extrait de l’article de Richard Hatcher sur http://www.ecoledemocratique.org/spip.php?article149

« (…) Le chèque doit couvrir l’entièreté des coûts des cours de l’école privée. En d’autres termes les écoles privées ne peuvent pas coûter plus que ce qu’offre l’état avec le chèque. En 2003-4 le chèque vaut environ 5.800 dollars. C’est à vrai dire plus que le coût dans certaines écoles privées (parce que les enseignants sont peu payés) mais les écoles prétendent avoir des frais tels que le refinancement des vieux bâtiments religieux, afin de ramasser tout l’argent (Peterson 2003).
Ce sont les premiers candidats arrivés qui sont les premiers servis. Si le nombre de candidats dépassent le nombre de place, la loi exige qu’ils soient tirés au sort (comme pour la sélection d’élèves dans des établissements spécialisés où il y a trop d’inscriptions ou des écoles ’magnet’). Parce qu’il n’y a pas trop d’inscriptions dans les écoles soumises au système de chèque, le processus de tirage au sort n’a pas encore été appliqué. Cependant cela ne signifie pas que ces écoles ne sélectionnent pas les élèves d’une autre façon. Bien que la loi leur interdisse de discriminer les étudiants qui ont des incapacités ou dont l’anglais est une seconde langue, la plupart de ces écoles ne fournissent pas de centres d’appui et d’encouragement, ainsi même si ils peuvent s’inscrire dans ces écoles, ces élèves ne seront pas aidés. Similairement, certaines écoles établissent des listes d’élèves dont les besoins ne peuvent être satisfaits, tels que des élèves en retard de deux ou trois ans en lecture. Refuser des élèves suspendus et des élèves qui se sont mal comportés est une autre sélection possible. On ne connaît pas l’ampleur de cette sélection, comme l’état ne récolte pas les données, mais on sait clairement qu’elle existe par quelques anecdotes. (Peterson 2003).
Au départ les écoles religieuses étaient exclues du programme de Milwaukee, mais en 1995 elles ont pu s’y inscrire par une loi de l’état du Wisconsin, bien que la mise en œuvre de cette décision fut retardée jusqu’à ce que les tribunaux décident qu’il n’y avait pas de violation de la constitution concernant la séparation de l’église et de l’état. En 2000 1,63% des étudiants du programme de Milwaukee fréquentaient des écoles religieuses. (Rethinking Schools 2001).
(…)
Malgré les profits engendrés par les chèques-éducation pour des enfants qui étaient scolairement désavantagés, il y a peu de preuves disponibles quant à leur efficacité. C’est en partie dû au fait les écoles privées qui bénéficient des chèques-éducation ne sont pas liées au même règlement que les écoles publiques. Elles peuvent ne pas fournir les informations concernant les résultats des élèves, les taux d’exclusion et de suspension, ou leur appartenance ethnique. Elles sont exemptes des tests obligatoires. Elles ne sont pas obligées d’employer des professeurs diplômés ou de d’atteindre le même niveau de l’enseignement spécial ou de l’aide bilingue que les écoles publiques. A Milwaukee plus de 156 millions de dollars ont déjà été dépensés sur le programme des chèques en 12 ans, pourtant il n’a aucune donnée disponible quant aux résultats.
(…)»

On peut encore ajouter que le programme de Milwaukee a coûté 28 millions de $ supplémentaires aux contribuables, vu que les écoles empochent la totalité du bon, même si leurs fais sont moindres… Et le bon révèle ainsi son véritable objectif: Subventionner les bénéfices du privé. Pas très libéral, tout ça.
Pour mémoire, il y a environ 70'000 élèves dans la scolarité obligatoire vaudoise. Le programme de Milwaukee ne couvre qu’environ 17'000 élèves, alors que la population est comparable (environ 600'000 habitants). Le territoire de la ville (251km2) est 10 fois plus petit que celui du canton (2822 km2) et le problème des transports ne se pose pas, ou en tout cas pas de manière comparable à ce qui se passerait dans notre canton, très étendu et aux nombreuses régions périphériques. La comparaison n’est donc pas vraiment faisable.
Et, quoi qu’il en soit, le bon scolaire porte atteinte à une des missions fondamentales de l’école: apprendre aux enfants d’un même quartier ou d’une même commune à vivre ensemble, en société démocratique.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 30/04/2008

Richard Hatcher semble ètre (je ne lis trés mal l'anglais)socialiste et de surcroit britanique.Ne le connaisant pas je m'abstiendrait de le juger. je fait confiance par contre à la science économique et aux économistes spécialistes de la question.

je doute que les Vaudois accepteraient le chéque éducation,le statu quo est la norme en Suisse dans les domaines sensible comme l'éducation et la santé.

D.J

Écrit par : D.J | 30/04/2008

Cher Monsieur Schwaab,

D'accord avec vous pour clamer haut et fort que l'institution scolaire est folle! Je sais que les Vaudois ont apprécié l'Initiative 121 pour la refondation de l'école. Sachez que le 24 septembre 2006, elle a été plébiscitée à 76 % (score historique pour un texte présenté par cet instrument constitutionnel).

Or, le Conseiller d'Etat Charles Beer n'en a que faire de la loi! Désirant sauver sa face, il s'est entêté dans des manoeuvres illicites, illégales et illégitimes.

Les contribuables-élécteurs se demandent quelle image il a au sein des 2 Conférences intercantonales? Il s'exclame que tout ce qui l'intéresse, c'est d'être réélu. Honte sur toute la ligne : ailleurs, il aurait été acculé à la démission, au désaveu. Pour ce faire, il nomme parmi les 100 cadres du primaire tous ces petits copains, à sa botte, faisant fi de la lettre et de l'esprit de l'initiative. En bref :

1- l'école genevoise coule sous la paperasse alors qu'il eût fallu encadrer les élèves en difficultés et non les profs (formatage, muselage)
2- ceux-ci ne sont même pas soutenus en cas de violence (ils doivent porter plainte personnellement alors que dans d'autres corps professionnels - TPG, Police - c'est bien évidemment la hiérarchie qui défend un des leurs; cette mesure est en plus illégale car il existe ... un texte depuis 2002 qui va dans ce sens
3- l'esprit ni la lettre de l'Initiative 121, plébiscitée à 76% le 24 septembre 2006, ne sont pas respectés
(a) le système pour choisir des cadres du primaire s’inscrit dans la logique déjà existante: les vieux fidèles à la rénovation (combattue par le moyen démocratique cité) et les copains politiques ou idéologiques
(b) le processus pour la nomination des cadres pour le primaire a été biaisée à maints égards, notamment par les signataires de Manifeste contre l'IN
(c) la méthode socio-constructiviste n’a pas été remplacée par la syllabique
(d) une personne d’Association Refaire L'Ecole a été désignée pour la représenter à la CDIP et à la CIIP (sur sa proposition même)et il n’a même pas fait le nécessaire pour, prétextant par une ellipse qu'il devait en chager la loi - sait-il ce qu'il fait?

Réhabiliter les fondamentaux, rendre aux enseignants leur autorité sans que n'importe quelle connerie soit épinglée comme affaire d'état, constituent bel et bien cette refonte de l'éducation scolaire.

Et puis, "apprenant" s'utilise toujours à la place de "apprenti"...

Qu'en pense votre ministre de l'éducation (du même parti que lui), qui a eu au moins l'intelligence de créer une HEP en nommant un expert genevois viré par Charles Beer par orgueil, au lieu d'une IUFE?

Bien à vous!

Écrit par : Micheline | 02/05/2008

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