23/05/2008

Harmoniser et renforcer les bourses d’étude

Les bourses d’études sont un pilier central de l’égalité des chances. Sans soutien de l’Etat, le choix de la formation, ainsi que celui de se former ou pas, ne dépendraient pas des projets et capacités personnels, mais du porte-monnaie. Malheureusement, le soutien aux études a longtemps relevé de la compétence exclusive des cantons, avec un soutien sporadique de Berne. Il y donc 26 systèmes de bourses d’études en Suisse. Il en résulte de nombreuses inégalités: deux jeunes suivant la même formation dans la même école peuvent se voir accorder des bourses aux montants très variables (avec des différences de parfois plusieurs milliers de francs), même si leur situation financière est comparable. Depuis des années, la faîtière suisse des associations d’étudiant-e-s, l’UNES, réclame donc une harmonisation des bourses d’études au niveau national. Les différences de traitement entre les bénéficiaires de soutien aux études des différents cantons sont en effet choquantes et injustifiées.

Début d’harmonisation
Suite à la nouvelle péréquation financière et répartition des tâches entre les cantons et la Confédération, cette dernière ne participera plus au financement des bourses pour le niveau secondaire II (post-obligatoire) et se concentrera sur le niveau tertiaire (hautes écoles). Mais, ces deux niveaux de formation étant étroitement liés, la conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) propose de régler la question des bourses d’étude du secondaire II et du tertiaire au moyen d’un concordat intercantonal, qui fixe des standards minimaux, en vue d’une harmonisation. Ce projet par sur de bonnes bases, car l’harmonisation est nécessaire. Cependant, il mérite de profonde amélioration.

Il ne faut pas se contenter de standards minimaux

Il faut que les bourses soient être non seulement harmonisées, mais augmentées. En effet, les montants actuels sont souvent largement insuffisants et ne permettent pas une vraie démocratisation de la formation. Les barèmes prévus dans le projet de concordat restent d’ailleurs inférieurs au minimum vital. Il faut notamment augmenter les montants des bourses destinées aux apprenties et apprentis. Le soutien aux études ne concerne en effet pas seulement les étudiant-e-s des hautes écoles et les gymnasien-ne-s: En Suisse, près de 10'000 élèves d’écoles professionnelles à plein temps et 10'000 apprenti-e-s sont bénéficiaires de bourses. Elles sont malheureusement indispensables, malgré le fait que la plupart des apprenti-e-s touchent un salaire: Une enquête du syndicat Unia publiée hier a montré que 51,9% des apprenti-e-s ne sont pas satisfaits de leur salaire et que 55% pensent qu’il ne correspond pas au travail qu’ils effectuent. En moyenne, leur salaire ne couvre que 35% de leurs dépenses. Dans ces conditions, nombreux sont les jeunes à préférer un travail à un apprentissage, même si cela hypothèque leurs futures chances sur le marché du travail. Les bourses sont aussi importantes pour les quelque 20’000 jeunes qui, chaque année, ne trouvent pas de place d’apprentissage et doivent patienter dans une «solution transitoire» (p. ex. 10ème année scolaire ou semestre de motivation).

Non aux prêts

Il faut aussi supprimer du projet tout remplacement des bourses par des prêts, quelle que soit la formation envisagée. Les prêts sont en effet contraires à l’égalité des chances, car les personnes en formation issues des milieux modestes doivent s’endetter pour se former. Or, l’endettement des jeunes prend des proportions inquiétantes. L’enquête d’Unia précédemment citée montre que plus de 12% des apprenti-e-s sont endettés. En outre, les prêts restreignent le libre choix de la formation, car leurs bénéficiaires sont poussés à choisir des formations qui débouchent sur des postes à revenus élevés, afin de pouvoir plus rapidement les rembourser. Le remplacement des bourses par les prêts et une exigence de longue date des milieux économiques, economisuisse en tête, en général opposés à la démocratisation des études.

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