01/08/2008

La migros, aux nues? Aux gémonies!

Ce n’est pas parce qu’on est le premier août qu’il faut renoncer à s’attaquer à un symbole national. Je veux parler de la Migros. Qui a une jolie semaine derrière elle. D’abord, elle est, selon un sondage, en tête du classement des entreprises préférées des Suisses. Ensuite, elle fait un joli coup en nommant à son conseil d’administration Paola Ghillani, ancienne directrice de l’entreprise de commerce équitable Max Havelaar. Qui a droit à deux pages de panégyrique dans «le Matin» d’hier. Dans lequel elle ne manque pas de tresser des lauriers à l’entreprise qui l’emploie désormais, qu’elle considère comme «un société modèle». Forcément, puisque c’est aussi l’avis des sondés. D’ailleurs, Mme Ghillani ne voit aucune contradiction entre son nouveau mandat et son statut d’ex-grande prêtresse du commerce équitable (dont elle fait toujours son fonds de commerce grâce à l’entreprise de conseil en la matière qu’elle dirige). En effet, selon elle, Migros « se comporte de manière respectueuse avec ses fournisseurs et qu'elle a intégré les dimensions environnementales et sociales dans ses processus. En cela elle respecte les principes du commerce équitable et elle fait du commerce équitable.» Ah bon.Migros_009.JPG
Mme Ghillani devrait mieux s’informer, car sur au moins deux points, la Migros foule largement aux pieds les principes du commerce équitable, notamment les droits des salariés. En Suisse et à l’étranger.

A commencer par ses importations de fruits et légumes provenant de la région d’El Ejido, près d’Alméria au Sud de l’Espagne, récoltés dans des conditions innommables et scandaleuses notamment dénoncées par le regretté Gérard Forster. Des ouvriers migrants, en général sans-papiers et vivant dans des bidonvilles de plastique sont exploités par des agriculteurs sans scrupules pratiquant le travail à la journée, méthode que l’on croyait révolue en Europe occidentale; Au matin, les travailleurs se présentent à l’orée des serres et les employeurs en choisissent quelques-uns selon leur bon plaisir. Exactement comme au moyen âge. Inutile de d’ajouter que, sous cette mer de serres (particulièrement impressionnante vue du ciel), un travailleur syndiqué et un travailleur licencié. Le tout pour produire des fruits gourmands en eau dans une région sujette à des pénuries, qu’il est absurde d’importer par camions, comme le dénonce judicieusement la pétition ras la fraise!.


Mais, pour Mme Ghillani, tout va bien sous le soleil d’Alméria: «A ma connaissance, les conditions des travailleurs suivent un code de conduite très strict se basant sur la Convention de l'Organisation internationale du travail, et tous les fournisseurs de Migros se sont engagés à s'y tenir.»
L’OIT, justement. Dont les conventions (et non «la Convention») prévoient notamment le droit pour les travailleurs de se syndiquer et le droit à la négociation collective. Droits repris par la Constitution fédérale. Peut-être Migros demande-t-elle à ses fournisseurs de s’y tenir – avec le succès restreint que l’on sait– mais s’y tenir elle ne semble pas à l’ordre du jour. Le géant orange se singularise en effet par une politique anti-syndicale agressive. Ainsi, elle refuse purement et simplement de négocier avec Unia, syndicat pourtant représentatif, et chasse ses représentants hors de ses magasins à coup de plaintes pénales pour «violation de domicile». Plaintes systématiquement rejetées par les tribunaux, la liberté syndicale comprenant le droit pour les salariés d’être assistés et défendus par leur syndicat sur leur lieu de travail. Migros semble s’inspirer du champion en la matière (et premier employeur privé au monde), le numéro un mondial du commerce de détail Wal-mart, dont les gérants reçoivent un «guide pour expulser les syndicats» (a manager's toolbox to remaining union free (pdf)) et qui est allé jusqu’à carrément fermer des supermarchés entiers parce que les syndicats s’y étaient implantés. Il faut dire que sans syndicats, la direction a les coudées franches. Migros vient par exemple d’imposer à son personnel une hausse du temps de travail sans hausse de salaire, malgré des bénéfices en forte hausse.
Bref, Mme Ghillani aura fort à faire si elle souhaite réellement faire de Migros une entreprise équitable et durable.

(crédit photo: Unia)

Commentaires

Ce qui ne va pas empêcher Jean Christophe Schwaab dans un prochain billet de dénoncer les freins que l'Europe veut mettre à l'immigration sauvage...Nul doute qu'on verra bientôt Jean Christophe Schwaab manifester contre la directive de la honte...
Le problème ne serait-il pas que la gauche européenne se fait la complice des esclavagistes qui abusent de la crédulité des Africains relativement à l'émigration plutôt que la Migros qui achètent ses salades en Andalousie ???

Écrit par : Géo | 01/08/2008

Géo, vous bottez en touche et c'est merveilleux. Mais il n'empêche que les arguments de M.Schwaab sont concrets et que la Migros, même si elle "offre" les Rolling Stones à ses clients de temps à autre, a de plus en plus des pratiques commerciales criticables. Heureusement pour elle, elle a assez d'argent pour se payer des pubs télé afin de redorer son blason et se racheter une virginité. Reste à savoir si cela suffit sur le long terme.

Écrit par : Fufus | 01/08/2008

Tous les adeptes de JCS sur son blog y compris lui,utilisent des ordinateurs fabriqué probablement en Chine où l'ésclavagisme est plus marqué qu'en Espagne.

Mais boycotter les salades andalouse ou les produits chinois rendent-ils sevice aux travailleurs? Ne leurs ôtons point leurs seul revenus qu'il leurs permettent de survivre? Notre amis JCS ne dvrait-il pas plutôt dénoncer la gauche espagnol et les syndicats leurs incapacités de protèger et de faire respecter un minimum le droit sur le travail,plutôt que de se prendre à Migros.

Il est très louable de dénoncer ces condition de travail inaxeptable venant qui plus est d'un secteur protègé de l'ètat et subventionné par l'argent du contribuable.Alors commençons par le bon bout.Géo a touché un point sensible sur la politique de l'immigration dont la gauche se fait le silence d'un certain laxisme.

D.J

Écrit par : D.J | 01/08/2008

"Notre amis JCS ne dvrait-il pas plutôt dénoncer la gauche espagnol et les syndicats leurs incapacités de protèger et de faire respecter un minimum le droit sur le travail,plutôt que de se prendre à Migros."
Je vous retourne le compliment, c'est très bien vu aussi.
Je ne savais pas que Gérard Forster était mort. Ce qu'il faisait était très bien, dommage que les Espagnols n'aient pas vraiment continué son oeuvre...?

Écrit par : Géo | 01/08/2008

Fufus@ Je me suis accordé une longue réflexion. Non, franchement, je n'ai pas le moindre début de sympathie pour la Migros. Je pense simplement que l'attaque de JCS est mal orientée. Pour parler un langage qui vous convient, je dirais que la contradiction principale est celle que j'ai dénoncée. C'est du marxisme primaire. Simple mais efficace, non ?

Écrit par : Géo | 01/08/2008

Bien des interventions nous détournent du sujet... En ce qui concerne l'immigration, il faut faire la réflexion suivante: s'il y a de la sous-enchère salariale, c'est qu'il y a des patrons prêts à violer la loi. Et des acheteurs pour les y inciter... Si la migros prenait les droits des travailleurs aussi au sérieux qu'elle le prétend, elle renoncerait purement et simplement à importer des fruits et légumes provenant de la région d'alméria. Et elle traiterait mieux ses collaborateurs en Suisse.

Ceci dit, il est vrai que les syndicats espagnols ne sont pas à la hauteur. Certains mettent même des bâtons dans les roues du SOC, syndicat des travailleurs immigrés des serres. C'est tout aussi regrettable que l'attitude du géant orange.

Encore une question, DJ: En quoi un "laxisme de gauche" serait responsable des errements de la politique de l'immigration? A ma connaissance, tous les responsables du DJFP de ces dernières années étaient des élus bourgeois. Et les durcissements successifs de la législations sur les étrangers n'ont pas amélioré la situation...

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 02/08/2008

"Encore une question, DJ: En quoi un "laxisme de gauche" serait responsable des errements de la politique de l'immigration? A ma connaissance, tous les responsables du DJFP de ces dernières années étaient des élus bourgeois."

Il est question de l'Espagne dans le commentaire.En Suisse la géstion de l'immigration enviés par les libéraux français tient bien la route et c'est certainement pas grâce à la gauche qui est prêtent à ouvrire les vannes sans dicernement.

D.J

Écrit par : D.J | 02/08/2008

Merci, Monsieur Schwaab, de nous renseigner aussi précisément sur des faits concrets et précis. Les éléments qui touchent à la dignité de l'être humain méritent d'être mis en évidence.
Plutôt que de parler du géant orange, terme derrière lequel n'importe quel responsable peut se cacher, pourquoi ne pas nommer ceux qui prennent des décisions ou du moins le groupe qui les prend, ou encore l'édifice et le lieu en Suisse. Bref, un maximum d'indices qui permettraient aux preneurs de décisions de se reconnaître ou du moins de se sentir visés en tant qu'individus responsables. Cela permettrait aussi de les interpeller plus directement afin qu'ils soient davantage concernés par leurs actes.

Écrit par : Maflor | 03/08/2008

Géo: "C'est du marxisme primaire."
Bravo, quel originalité ! Wow, voilà qui nous change du tout au tout du débat stérile gauche-droite. Tout ça après une longue réflexion.. ;)

Bon, sans rire, il est vrai que toutes les initiatives pour informer objectivement les éventuels futurs migrants d'Afrique sur ce qui les attend en Europe sont à encourager. En même temps, que les dix prochains gouvernements d'Espagne, d'Italie, etc, soient de gauche ou de droite, on sait que flux de migrants il y aura. Colonisation oblige. Mais quand on voit (reportages télé) les conditions dans lesquelles vivent ceux qui ramassent les fraises et les salades là-bas, on se dit qu'on serait prêt à payer un peu plus au kilo pour des conditions descentes.
Marxisme ? Non, Humanisme. Même si, aux oreilles de certains, prêts à entuber leur grand-mère pour gagner 100 balles, ça ne veut sûrement rien dire.

Écrit par : Fufus | 04/08/2008

Décentes, pas descentes...
Si vous payez plus cher vos salades, les ouvriers agricoles d'Afrique ne seront pas mieux payés. Le monde n'est pas aussi simple.
Quant à l'argument "colonisation", il date de près de 60 ans et est donc plutôt caduque.

Écrit par : Géo | 04/08/2008

@D.J: "Tous les adeptes de JCS sur son blog y compris lui,utilisent des ordinateurs fabriqué probablement en Chine où l'esclavagisme est plus marqué qu'en Espagne."

Et alors??? Probablement que vous aussi utilisez un ordinateur fabriqué en Chine! Qu'est-ce-que vous proposez? Que ceux qui sont sensibles au sort des travailleurs en Espagne arrêtent d'utiliser les nouvelles technologies? Bien pratique, il y aurait moins de monde pour défendre un avis contraire au vôtre!

Comme la voiture, les ordinateurs sont indispensables pour exister dans la société d'aujourd'hui. Cela ne veut pas dire pour autant que l'on doit accepter cette société sans réfléchir et proposer des changements.

Écrit par : Aalbert | 08/08/2008

@ Aalbert,

Premièrement,je ne fait pas la leçon au monde entier,pour faire le contraire par la suite.

Et deuxièmeent,comme je l'ai dit plus haut.je pense qu'un boycott des produits Chinois et des salades espagnol pourait être pire que le mal en supprimant des maigres revenu qui metteraient ces travailleurs au fond du trou.

je vais être plus socialiste que Jean Christophe. Le problème chinois est sa dictature qui interdits entre autre les syndicats.La preuve quand même de la nécessité des syndicats.

D.J

D.J

Écrit par : D.J | 08/08/2008

Sur la question du rapport Nord-Sud et des subventions aux agriculteurs, je conseille à tous l'émission du 20.07.2008 de France Culture sur le thème de la crise alimentaire mondiale.

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/esprit_public/fiche.php?diffusion_id=65030

@D.J: Je suis désolé mais sur cette page personne ne fait "la leçon au monde entier"; nulle part n'accuse-t-on M. & Mme. Tout-le-monde et les critiques portent sur des points bien précis. De plus vous êtes ici le seul à parler de boycott.

Écrit par : Aalbert | 08/08/2008

@ Aalbert,

Ce que dit JCS,

"Si la migros prenait les droits des travailleurs aussi au sérieux qu'elle le prétend, elle renoncerait purement et simplement à importer des fruits et légumes provenant de la région d'alméria. Et elle traiterait mieux ses collaborateurs en Suisse."

Serais-je toujours le seul a parler de boycott?

D.J

Écrit par : D.J | 09/08/2008

Ces gens-là ne respirent que la mauvaise foi, DJ. Pas la peine de répliquer...

Écrit par : Géo | 09/08/2008

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