03/10/2008

L'AVS et les chiffres de M. Couchepin (1)

En matière d'AVS, M. Couchepin, les partis bourgeois et les milieux économiques n'ont qu'une méthode: faire peur. Aux salariés, aux retraités, aux jeunes. A tous, le message est le même: "l'AVS est en faillite". Ou presque. Ou alors elle le sera après-demain. Si c'est pas le jour d'après. Mais dans tous les cas, ça va mal et il faut craindre pour les retraites. Cette politique de la peur poursuit un double objectif: Forcer le souverain à accepter des coupes dans les retraites et le dissuader d'améliorer l'AVS, p. ex. en introduisant la retraite flexible en libre choix dès 62 ans. Il faut dire que M. Couchepin et consorts ne défendent guère l'AVS, formidable outil de redistribution des richesses, mais plutôt les intérêts du puissant lobby des caisses de pensions. Et, quand il s'agit de prendre de l'argent dans les caisses de l'AVS, par exemple lors de la réforme de l'imposition des entreprises II, ils n'hésitent pas, oubliant leurs prévisions alarmistes!More...Mais les chiffres avec lesquels M. Couchepin justifie sa politique de la peur sont faux. Tous. Quelques exemples: En 2004, lors de la votation sur la 11ème révision de l'AVS, le conseil fédéral prédisait une débâcle rapide des retraites. En 2006, annonçait-il, l'AVS ferait 1,2 milliard de déficit. Pourtant, cette année-là, le bénéfice de l'AVS fut de 2,7 milliards. Pour 2007, il annonçait un déficit de 2,5 milliards. Et le bénéfice fut d'1,5 milliard. Bref, des calculs faux, archi-faux. L'étaient-ils à dessein? Il faut espérer que non, mais cela ne serait pas surprenant.

En tout cas, M. Couchepin remet ça. Dans ses nouveaux pronostics (ou ne devrait-on pas dire "prédictions"), il a revu les déficits à la baisse, mais continue de prévoir une catastrophe dès 2015. Mais, une fois encore, ses calculs sont erronés. En effet, il a (volontairement?) fait des prévisions pessimistes quant à l'évolution de la productivité et des salaires en Suisses, facteurs pourtant bien plus déterminants que le rapport entre cotisants et rentiers. Ses prévisions sous-estiment aussi largement la main d'oeuvre étrangère, dont profitent nos assurances sociales. Au final, le conseil fédéral conclut que le besoin en financement supplémentaire de l'AVS sera de 1,3% de cotisation en 2020 et de 3,3% en 2030. L'USS, qui a déjà eu raison contre le conseil fédéral lors de la dernière votation sur l'AVS, a fait des hypothèses plus proches de la réalité concernant la croissance des salaires, de la productivité et de la main d'oeuvre étrangère et parvient à la conclusion que les besoin supplémentaires ne se monteront qu'à 0,2% en 2020 et à 1,1% seulement en 2030.

Il n'y a donc pas de quoi s'affoler. L'AVS est solide et le sera encore longtemps. Ni les retraités actuels, ni les futurs retraités ne doivent se faire de soucis au sujet de leurs rentes. Et l'AVS peut être améliorée, par exemple en introduisant une vraie retraite flexible pour tous grâce à l'initiative des syndicats. Que M. Couchepin tente de combattre aussi avec des chiffres faux. Mais je reviendrai sur le sujet dans un billet ultérieur.

Commentaires

Si les chiffres à couchepin sont faux,ceux des démographes le sont moins et il reste difficile voir impossible de déterminer les chiffres de la croissance économique dans le futur vu que la conjoncture de la Suisse dépend de la croissance mondial.

La gueguerre des chiffres,ne résout en rien le déficite démographique,qui est une réalité à ne pas négliger.Le problème avec les socialistes et qu'il ne faut surtout rien faire quand tout va bien,vous avez une vision a court terme sur le financement des assurances social.C'est pourtant ce que vous dites pour les patrons en les accusant sans cesse d'avoir une gestion et faire des profits à court terme.Faite ce que je dit,pas ce que je fait.

Et pourquoi utilisez-vous le principe de précaution pour les questions écologique et de sacraliser les ass.sociales?

Du reste vous êtes les derniers socialistes d'Europe à négliger du comment va t'on financer les retraites pour conjurer le déficite démographique.

D.J

Écrit par : D.J | 03/10/2008

Les chiffres des démographes sont peut-être justes, mais ils ne suffisent pas à justifier des prévisions catastrophistes. Quand l'AVS a été créée, il y avait environ 1 rentier pour 9 actifs. L'évolution démographique qui a eu lieu n'a pas empêché l'AVS de faire des bénéfices, car les cotisations salariales, qui dépendent des hausses des salaires et de la productivité ont plus que compensé cette évolution. L'évolution démographique jouera probablement un rôle et il faudra s'en préoccuper (p. ex. en augmentant les cotisation de 0.2% en 2020 et de 1,1% en 2030 comme le préconise l'USS, ce qui est très modeste...), mais elles ne justifient en rien les prévisions de la droite. D'ailleurs, si on s'était basé sur les prévisions démographiques, on aurait accepté la 11ème révision de l'AVS. Les chiffres actuels montre qu'on a bien fait de ne pas se faire avoir!

Pour parler de ce qui se passe dans les autres payse européens, tous les pays qui (par le fait de socialistes ou de bourgeois) ont relevé leur âge de la retraite subissent un fort chômage des travailleurs âgés. Encore plus élevé que celui qui sévit dans notre pays. En outre, la suisse est un des pays européens où les gens prennent leur retraite le plus tard... malgré un âge légal bas. Alors, l'exemple des autres pays, il n'est pas probant du tout, je trouve!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 03/10/2008

Reprenons donc vos chiffres, non-alarmiste selon vous. Certes, lors de la création de l'AVS, le taux de dépendance était bel et bien de 1 rentier pour 9 actifs... Or, une petite visite du site de l'OFS vous permettrais de voir qu'il est actuellement de 32 rentiers pour 100 actifs. Et que selon l'évolution de la pyramide des âges (3 perspectives ont été établies par l'OFS; pessimiste, moyen, et optimiste), toutes les courbes tendent vers la même optique: 2020 ; 40 rentiers pour 100 actifs, 2030 ; 50 rentiers pour 100 actifs, et en 2050; 58 rentiers pour 100 actifs...

Le constat est clair; la population vieilli. Ajouté à ce phénomène une baisse de la croissance à long terme (émergence des pays émergents et j'en passe... une croissance à 2 chiffres n'est pas pour ce siècle, sauf mon respect).

Arrêtez donc de crier au scandale quand on vous démontre la réalité. A moyen terme, il ne sera plus possible de financer l'AVS sans hausse importante des taux de cotisation, ni un allongement de l'âge limite de la retraite (oui oui, l'espérance de vie s'accroît, et il est possible de travailler au-delà des 65 ans...). Croire le contraire serait ne rien comprendre au problème économique, et mentir à la population.

Mais j'oubliais, les partis populistes comme le PS et l'UDC, ne voient que les conséquences à court terme, sans penser à la suite, et par simple envie de plaire à son électorat, manipulé par des slogans simplistes et dénués de la réalité économique à long terme.

Donc au lieu d'envoyer paître à chaque fois toute nouvelle proposition qui va dans le sens du bien être (économique et social), mettez-vous d'accord sur un consensus à long terme, avec l'ensemble des partis politiques. On ne pourra régler ce problème que par ce biais là. Le gouvernement suédois en est un pur exemple; politique familiale améliorée, donc plus d'enfants, et plus de cotisants, haute formation, etc... qui soutiendront un taux de dépendance, et de croissance, adéquat et contrôlé.

Mais bon! Fermons les yeux sur la vrai réponse à la problématique, et faisons du populisme, ça marche bien y paraît!

ABE

Écrit par : I. Rochat | 03/10/2008

Cher(chère?) I. Rochat,
Si c'était uniquement le ratio entre actif et retraités qui déterminait la santé financière de l'AVS, celle-ci serait effectivement dans une mauvaise posture, car un système créé avec 1 retraité pour 9 actifs ne pourrait pas fonctionner avec 1 pour 3... Mais c'est plutôt la richesse produite par les actifs qui compte. Ainsi, si financer une retraite coûte un prix X, c'est totalement égal que ce soient 1, 2, ou 3 actifs qui produisent X. Ce qui compte, c'est que X soit produit. Avec l'augmentation des salaires et de la productivité, les actifs produisent toujours plus de cotisations salariales, même en étant proportionnellement moins nombreux. La démographie aura un impact sur le financement des retraites, certes, mais cet impact ne suffit pas à déclarer que l'AVS va se casser la figure.

Maintenant, concernant l'absence de vision à long terme dont vous m'accusez, je tiens à préciser ceci: Je n'ai jamais dit qu'il ne faudrait jamais trouver un financement supplémentaire pour l'AVS. Au contraire, je soutiens les propositions de l'USS, qui parlent de 0,2% de cotisations supplémentaires en 2020 et 1,1% en 2030. Ce que je dénonce, c'est la politique de la peur de M. Couchepin, qui tente de faire croire que la situation est dramatique, rien que pour les électeurs acceptent des coupes ou refusent des améliorations nécessaires comme la retraite flexible.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 04/10/2008

"Avec l'augmentation des salaires et de la productivité, les actifs produisent toujours plus de cotisations salariales, même en étant proportionnellement moins nombreux."

Le réchenrissement des salaires par ex.celui du coût de la vie,doit aussi concerner les bénéficiaires de l'AVS,non?
Celà risque d'annuler l'augmentation des cotisants.

Il faut aussi soutenir une politique de croissance économique pour augmenter la productivité.Et celà passe par des allégements fiscaux et d'une politique plus libéral des institution publics.Le refus par une campagne démagogique de la gauche qui à permis de continuers aux contribuables de financer le SAN et ce n'est qu'un exemple,n'est pas vraiment la solution pour espérer une meilleur croissance et de productivité.

Les charges sociales des entreprises ne font que d'augmenter et pénalisent l'envie aux patrons d'augmenter les salaires des employés.

Tous ce que le contribuable payes en trop comme impôts,il ne l'utilise pas son argent dans le circuit économique vecteur de création de richesses.

La classe politique doit aussi encourager les employeurs a continuer de faire travailler les ainés après 60 ans ( a l'exeption des emplois pénibles)par des allégements de charges pour ces derniers.Comprendre qu'a 60 ans on est pas fini.C'est aussi pour les patrons d'être responsable.

D.J

Écrit par : D.J | 04/10/2008

"Tous ce que le contribuable payes en trop comme impôts,il ne l'utilise pas son argent dans le circuit économique vecteur de création de richesses."

L'Etat injecte aussi son argent dans le circuit économique: vous pensez que les fonctionnaires brûlent les billets leur salaire dans leur cheminée ?

Écrit par : PtitSuisse | 04/10/2008

Cher DJ, les rentes ne sont pas indexées chaque année sur la totalité de l'indice des prix, mais sur l'indice "mixte", tous les deux ans (adaptation que la 11ème révision de l'AVS voulait faire passer à un rythme de 3 ans). Info trouvée sur le site du DFI: «Les rentes AVS/AI sont adaptées tous les deux ans et suivent l'évolution de « l'indice mixte », lequel correspond à la moyenne arithmétique de l'indice des salaires et de l'indice des prix.»

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 05/10/2008

je soutiens l'initiative des syndicats. Si vous avez 55 ans, essayez de trouver du travail! L'economie n'offre pas de places de travail pour les seniors et il ne leur reste que le chômage, l'aide sociale ou l'AI. Avec la retraite anticipée, ils pourront finir dignement leur vie professionnelle!

Écrit par : vieux suisse | 06/10/2008

"je soutiens l'initiative des syndicats. Si vous avez 55 ans, essayez de trouver du travail! L'economie n'offre pas de places de travail pour les seniors et il ne leur reste que le chômage, l'aide sociale ou l'AI. Avec la retraite anticipée, ils pourront finir dignement leur vie professionnelle!"

L'initiative des syndicats,est une retraite à 60 ans déguisée et non anticipées.

Quand à l'économie qui n'offre pas de places de travail pur les seniors,celà tien plus du mythe que de la réalité,vu que le taux d'actif des plus de 55 ans,jusqu'à 65 et de plus de 70%.Un record en Europe.

D.J

Écrit par : D.J | 06/10/2008

Cher DJ,

heureusement que l'immense majorité des plus de 55 ans trouve du travail! Et heureusement que nous avons le record d'Europe en la matière! Mais il n'en demeure pas moins que près de 30% des plus de 55 ans n'est plus actif. Et ce sont souvent des chômeurs, des gens à l'AI ou à la retraite anticipée forcée, synonyme de baisse drastique du revenul. Et c'est souvent l'aide sociale ou les prestations complémentaires (les contribuables!) qui doivent prendre la relève.

L'initiative de l'USS ne vise pas une baisse généralisée de l'âge de la retraite, mais accorde une rente avs complète à toute personne qui cesse de travailler dès 62 ans. C'est le libre choix dès 62 ans, mais pas une baisse générale de l'âge de l'AVS à 62, la nuance est de taille. Qui a un bon travail, s'y épanouit, est en bonne forme, est motivé, en bonne santé, pourra sans problème travailler jusqu'à 65. D'ailleurs notre monde du travail serait dans une situation bien catastrophique si ce n'était pas le cas de la majorité des gens. En revanche, pour la minorité qui a besoin d'une retraite anticipée, il faut qu'elle puisse la prendre dans des conditions dignes. Voilà ce que veut l'initiative!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 07/10/2008

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