07/10/2008

L'AVS et les chiffres de M. Couchepin (2)

Le conseil fédéral, M. Couchepin en tête, et les milieux patronaux ont en ce moment pour principale activité de répandre de faux chiffres sur l’état des finances de l’AVS. Les objectifs? Faire peur à la population pour qu’elle accepte de couper dans les rentes et refuse d’améliorer le premier pilier. Le premier ayant largement échoué lors du naufrage dans les urnes de la 11ème révision de l’AVS, ils se concentrent désormais sur le deuxième objectif, le torpillage de l’initiative des syndicats et du PS pour le libre choix de l’âge de l’AVS dès 62 ans.
Pour couler une initiative, il y a une méthode éprouvée: faire croire qu’elle coûtera trop cher. Et là, aucune exagération n’est de trop. Le chiffre des opposants est donc impressionnant: «l’initiative coûtera 1,5 milliard», avancent-ils. Avec un coût pareil, même ceux qui sont convaincus de la bonne santé du premier pilier ont de quoi être effrayés. Fort heureusement ces chiffres sont faux.
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Moins de 800 millions de francs par an
L’initiative, si elle est appliquée selon les vœux des initiant-e-s, coûtera en effet moins de 800 millions par an (exactement 779). Ce n’est pas un chiffre en l’air: c’est ce que dit… le conseil fédéral lui-même dans son message (p. 404). En avançant de faux chiffres, ce dernier démontre donc qu’il ne lit même pas ses propres documents. Ou ne se rappelle plus de ce qu’il a écrit. Et n’a pas peur de se contredire, vu qu’il répète le faux chiffre dans le cahier de votation envoyé aux électeurs. Il en va de même pour les parlementaires bourgeois qui reprennent le chiffre erroné. Mais peut-être n’ont-ils pas lu les documents sur lesquels ils étaient appelés à se prononcer.

L’initiative génère des économies
En outre, l’initiative permettra des économies (non incluses dans le calcul du coût) en matière d’assurance-chômage, d’assurance-invalidité, d’aide sociale ou de prestations complémentaires. Car aujourd’hui, la retraite anticipée est une réalité (1 salarié sur 2 arrête de travailler avant l’âge légal), mais elle est souvent camouflée en chômage ou en invalidité. Et, pour ceux qui prennent leur retraite anticipée, les coupes dans la rente AVS sont telles (jusqu’à 300.—Fr. en moins par mois pour ceux qui prennent leur retraite deux ans avant l’âge légal et ce pour toute la durée de leur retraite), que des prestations complémentaires sont nécessaires. Et, pour ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens, retraite anticipée rime avec précarité. C’est ce que veut corriger l’initiative.
Ces 779 millions annuels sont en outre très bon marché. Pour chaque salarié, cela correspond à une augmentation des cotisations de seulement 6.50 par mois. Et l’initiative ne grèvera pas les finances de l’AVS, car l’initiative demande un financement supplémentaire. Qui n’est certes pas prévu en détail dans le texte soumis au vote, car cela aurait été contraire au principe d’unité de la matière.

La crise financière a bon dos
Dernier argument des opposants au libre choix de la retraite flexible, la crise financière. Ce n’est pas le bon moment pour améliorer l’AVS, disent-ils, car la crise met en danger son assise financière. Ce n’est fort heureusement pas le cas, car l’AVS fonctionne avec un système de répartition (les actifs paient les rentes) et pas avec un système de capitalisation comme le 2ème pilier. Et d’ailleurs, il y a un excellent indice pour s’assurer que la bourse ne menace pas l’AVS. Si c’était le cas, ceux qui maintenant demandent des coupes à cause de la crise des marchés financiers s’empresseraient d’exiger une augmentation des rentes lorsque la bourse flambe…

Commentaires

Cher JCS,

en réponse de votre dernière intervention,le problème de l'initiative pour la retraite flexible,c'est quelle n'est pas ciblée sur les emplois pénibles.C'est le risque de la porte ouverte pour quitter son emploi avant 65 ans.je doute que beaucoup personnes vont réfléchir si il veulent travailler plus longtemps.Moi même je me gênerais pas de quitter plus tôt le travail.

D.J

Écrit par : D.J | 07/10/2008

cette initiative m'intrigue pour 2 raisons:
-je crois savoir que le plafond pour profiter de la rente pleine serait de 120000.-, au delà c'est dégressif. Cela toucherait dès lors 80-90% de la population. En théorie donc on ne nous propose pas une flexibilisation mais un abaissement de l'âge de la retraite, à contre courant de l'évolution démographique
-je dis "en théorie" car en pratique seuls ceux disposant d'un 2ème pilier suffisamment étoffé pourraient se permettre de "sortir" à 62 ans. En effet le 1er pilier n'est pas conçu pour subvenir seul aux besoins. Cela veut dire que, pendant que les plus nantis se relaxent, les moins aisés bossent encore un peu et continuent de cotiser pour payer ces rentes. Solidarité bien comprise!

Écrit par : olivier | 07/10/2008

Cher DJ, définir ce qu'est un "travail pénible" serait difficile. Un travail qui est pénible pour une personne l'est-il pour tous? Et s'il est pénible chez un employeur, l'est-il chez tous? Exemple: la caissière dans un petit magasin et celle de chez aldi, où elle doit porter des caisses et tirer seule des palettes, font-elles le même travail pénible? En outre, comment faire losrqu'une personne exerce plus d'un métiers pendant sa vie active, si elles ne sont pas toutes pénibles ou n'ont pas toute le même degré de pénibilité? Je vois d'ici les difficultés d'application... En outre définir des travaux pénibles ne changerait rien au problème des plus de 60 ans sur le marché de l'emploi. Si une personne à 62 ans, n'exerce pas un métier pénible, mais ne retrouve pas d'emploi, devrait-on lui refuser une retraite anticipée dans de bonnes conditions? La solution de l'initiative est plus simple.

Cher olivier, votre argumentaiton est contradictoire. En premier vous accusez l'initiative de provoquer en théorie un abaissement généralisé de l'âge de la retraite. Ensuite, vous dites qu'elle sera réservée aux hauts salaires, donc réservée à une minorité.
Mais vos deux raisonnements sont boiteux:
- L'initiative n'abaisse pas l'âge de la retraite, mais donne le libre choix de la retraite flexible dès 62 ans. Qui a un bon travail et est en bonne santé ne sera pas obligé de prendre sa retraite. En outre, prendre sa retraite à 62 ( ou 63, ou 64) a un coût: renoncer à toute activité rémunérée. Mais l'initiative permet de toucher un rente avs complète, alors que la solution actuelle diminue la rente de plusieurs centaines de francs par mois et ce pour toute la durée du reste de la vie... ça, c'est antisocial.
- Aujourd'hui, un retraité sur deux n'a que l'AVS et pas de deuxième pilier. Selon son mandat constitutionnel, le 1er pilier doit subvenir aux besoins vitaux de manière appropriée. En outre c'est la situation actuelle qui est intenable et antisociale, car seuls les hauts revenus peuvent se permettre une retraite anticipée. Et ils n'ont pas besoin de l'AVS pour ça, d'ailleurs.
Nous proposons que le financement supplémentaire soit assuré par une hausse des cotisations (0,12% pour employés et employeurs). Cela assurera que les cotisations des hauts revenus soient redistribuées, vu que ces cotisations ne donnent pas droit à une meilleure rente.
Enfin, ce que vous dites sur l'évolution démographique est faux. Depuis 1975, le nombre de rentes à doublé, sans nuire aux finances de l'AVS. Je vous recommande de lire les commentaires de mon billet précédent, où j'explique que la croissance des salaires et de la productivité compensent plus que largement l'évolution démographique défavorable: http://schwaab.blog.24heures.ch/archive/2008/10/03/l-avs-et-les-chiffres-de-m-couchepin-1.html Je me réjouis de lire votre avis à ce sujet.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 08/10/2008

Bonjour,

j'ai rendez-vous svec mon patron pour discuter de ma retraite anticipé à 62 ans.

Peut il m'obliger à la prendre à 62 ans malgré les pertes que je subirais jusqu'à l'âge de 65 ans. (pas toucher d'avs avant 65 ans, perte du 13 salaires, etc.)

Merci de vos réponses.

Écrit par : wuil | 05/04/2009

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