20/01/2009

Non au vote sur internet

Ce billet n’a pas pour objectif de s’immiscer dans les affaires genevoises. Nos voisins du bout du lac votent en effet le 8 février sur l’introduction du vote électronique. Je ne me prononce pas sur le contenu du projet, sur ses défauts ou qualités (que j’avoue ne pas connaître), mais sur une question de principe: A mon avis, le vote électronique est néfaste, même s’il est la mode, même s’il est censé être moderne, même s’il incarne la confiance en de nouvelles technologies qui annoncent un avenir qui chante. Il est néfaste car il peut (comme le relève Josef Zisyadis sur son blog et dans cette initiative parlementaire) diminuer, voire ruiner la confiance que les citoyens mettent dans le processus de vote transparent et non manipulable.
Le processus actuel, même s’il a des défauts (relevés ici par Guy Mettan, partisan du vote électronique), permet à n’importe qui, pour autant qu’il sache compter, de participer personnellement au dépouillement et de vérifier le résultat du scrutin, sans compétences particulières. En effet, rien de plus facile que de compter ou de recompter des bulletins. A la main. Et en y prenant le temps qu’il faut. Avec le vote électronique, le comptage est remis entre les mains d’informaticiens, seuls détenteurs des connaissances qui permettent de mettre au point et de contrôler les logiciels (libres ou pas) et clefs de cryptage. Tant qu’il n’y a pas d’incident, les citoyens peuvent certes conserver leur confiance dans le processus. Mais, s’il y a un doute sur le résultat, il faudra s’en remettre à l’avis d’un expert, qui, lui seul, peut-être entouré de collègues, pourra valider le scrutin. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’avis et les compétences de ces experts, mais de signaler un changement de paradigme important: les citoyens n’ont plus prise eux-même sur le contrôle du résultat. Ils doivent déléguer. Et ils n’ont pas d’autres choix que d’accepter l’explication des experts, quelle qu’elle soit, puisqu’ils n’ont guère de moyens d’en contrôler personnellement la véracité. Ils peuvent tout au plus demander une contre-expertise. Qui n’aura certainement pas pour effet de renforcer la confiance. Avec un vote traditionnel, au moindre doute, on peut reprendre les bulletins, les recompter à la main, avec l’aide de n’importe quels citoyens, sans s’entourer d’experts. Or, les doutes et recomptages sont fréquents. On se souvient par exemple de l’élection de Michel Béguelin aux Etats en 1999, avec 50 voix d’écarts (résultat final suite à un recomptage) sur plusieurs dizaines de milliers.
En outre, avec le vote électronique, le doute sur la régularité d’un scrutin pourra s’installer plus facilement. Même si les précautions les plus sérieuses sont prises pour garantir que le système ne sera pas piraté, il restera à la merci d’une seule personne compétente. Alors qu’il est beaucoup plus difficile de frauder sur un scrutin postal (ce qui nécessiterait une logistique importante).
Il faut espérer que les genevois enterreront une bonne fois pour toute cette mode détestable d’introduire le vote électronique à tout va. Et tant pis si cette position est considérée comme conservatrice ou technophobe.

Commentaires

Mon pauvre Monsieur,

Vous dites: "... voire ruiner la confiance que les citoyens mettent dans le processus de vote transparent et non manipulable."

Vous en avez de bonnes!... il y a longtemps que les citoyens n'ont plus confiance ni en qui, ni en quoi que ce soit! Pour preuve le peu d'empressement qu'ils ont à aller aux urnes.
Malheureusement, les politiciens qui analysent ces défections "oublient" systématiquement ce facteur. Normal! Si il en tenaient compte. c'est eux qui devraient changer ou mieux ... qui devraient être changé!

Écrit par : Père Siffleur | 21/01/2009

Monsieur Schwaab,

Votre avis est pertinent. Venant d'un jeune politicien comme vous, il prend encore plus de valeur car ce type de réflexion aurait pu venir d'une personne âgée, allergique par principe aux nouvelles technologies.

Le vote par correspondance est une avancée réelle qui permet à tout le monde de participer au vote sans se déplacer (ou presque). Le vote électronique n'apportera pas plus de confort aux citoyens que le système d'aujourd'hui. Seul la rapidité des résultats sera améliorée, mais est-ce si important que cela ?

Dans 20 ans peut-être, lorsque posséder un ordinateur à la maison sera aussi évident que d'utiliser une brosse à dents dès sa plus tendre enfance, nous pourrons envisager avec plus de sérénité le vote électronique

Bien à vous

Gabriela Blanc-Schaller

Écrit par : Gabriela Blanc-Schaller | 21/01/2009

C'est amusant. Sur ce coup-là, vous avez exactement le même point de vue que l'UDC ainsi que sa motivation.

Bientôt une carte de membre ?

Écrit par : Soli Pardo | 21/01/2009

Cher Soli Pardo, imaginez un peu ce que dirait le père siffleur!

Chère Gabriella Blanc-Schaller, merci pour votre commentaire. Il me semble en effet que l'argument de la rapidité des résultats n'est pas très important. Sauf peut-être pour les médias qui souhaitent pouvoir boucler leurs éditions plus tôt les dimanches de résultats! Cependant, je ne pense pas que le vote électronique deviendra acceptable le jour où il y aura un ordinateur et un accès au net dans chaque foyer. En effet, même si cela améliorera l'accessibilité du vote (quoique, je n'en suis pas si sûr), cela ne changera rien aux problèmes de sécurité et de transparence. Et cela ne permettra pas plus à n'importe quel citoyen de participer au dépouillement...

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 21/01/2009

Un exemple, de tête, d'argumentation fallacieuse lue dans le journal "Le Courrier" au sujet du vote par internet :

- Le "contre", "Une fois le dépouillement fait, le citoyen lambda ne peut plus recontroler, car c'est trop complexe, ce qui n'est pas le cas du vote traditionnel".
- Le "pour", Hensler ou consort : "De toute façon deja maintenant, 90% des bulletins sont dépouillés automatiquement".

C'est quand même sidérant de lire une réponse aussi de mauvaise fois ! Ce n'est pas parceque maintenant la majorité des bulletins sont dépouillés par lecture optique automatique qu'un citoyen ne peut pas refaire cette lecture avec ses yeux ! Cela ne sera justement plus du tout possible avec le vote électronique !

Écrit par : Djinius | 21/01/2009

Un groupe sur facebook contre le vote sur internet: http://www.facebook.com/group.php?gid=50186201516

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 21/01/2009

Monsieur JC Schwaab,

Êtes vous certain que Monsieur Soli Pardo puisse avoir suffisemment d'imagination pour se faire même un embryon d'idée de ce que je pourrais dire au sujet de sa prose?

... Mais je suis très flatté que je sois pris pour référence, même négative!

Écrit par : Père Siffleur | 21/01/2009

Père, ne me dites pas que vos persifflages vont se faire sélectifs!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 21/01/2009

Monsieur Schwaab,

Mes persiflages ont toujours été sélectifs et j'espère qu'ils le resteront!

Mais les critères de sélection n'ont rien à voir ni avec les tendances politiques ni avec les personnes qui les défendent. Vous aurez remarqué que je persifle aussi bien à droite qu'à gauche. Bien sûr, pour autant que la gauche existe encore réellement aujourd'hui, mais c'est un tout autre débat.

De plus, pendant la dernière campagne électorale de niveau fédéral, j'ai eu la "plaisir" (sous le pseudo d'anar de droite) de croiser le fer maintes fois avec Monsieur Pardo. À cette occasion, j'ai eu le "privilège" de remarquer une chose: son imagination se bornait alors, trop souvent, a répéter comme un mouton blanc, les slogans de son parti. D'où ma "pique" à son endroit. (Je ne me serais jamais permis une pique à son envers)

Mais revenons à mes critères, ils sont plutôt à chercher dans des domaines tels que:

- la langue de bois
- l'électorialisme
- la "faux-culterie"
- le bien personnel ou celui du parti en lieu et place du collectif.
- le pouvoir pour le pouvoir
- la suffisance
- les "trucs" marrants (qui, forcément, ne font pas rire tout le monde)

... En fait, tout ce qui fait l'homme et la femme, "bibi" compris!

PS: Je me permets de faire remarquer que "siffleur" et "siffler" s'écrivent avec deux "F", mais que "persifler" et "persiflage" ne s'écrivent qu'avec un seul.
Cette remarque n'est absolument pas là pour me gausser d'une "mauvaise" orthographe, mais je me sens plutôt un peu responsable de l'erreur souvent commise: le jeu de mmots de mon pseudo ne peut être que phonétique, c'est pourquoi j'ai nommé mon blog "PERSIF(F)LAGE".
... Et je ne suis pas exempt de "fôtes d'haurtografe" moi-même, loin "sans faux".

Écrit par : Père Siffleur | 21/01/2009

Chère père, quelle belle démonstration! Je ferai donc dès à présent, très attention à mes "f".

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 22/01/2009

Madame Blanc-Schaller, posséder un ordinateur à la maison est aussi courant que d'apprendre à sa brosser les dents dès le jeune âge. Où vivez-vous?

Monsieur Schwaab: savez-vous que tous les problèmes possibles avec le vote électronique sont aussi possible avec le vote papier (destruction de bulletins, pertes de bulletins, etc.) et se sont produits! Savez-vous qu'il existe des jurisprudences pour chacun des cas possibles, basées sur le droit suisse. Savez-vous que la Chancellerie fédérale a dressé la liste de ces accidents et des réponses que le droit y a apporté? Comprenez-vous que nous nous mouvons non pas sur un terrain vierge, mais dans un unievrs balisé et que le vote par internet n'apporte sur le fond rien de nouveau?

S'il vous plaît, évitez que l'on puisse dire Pardo-Schwaab même combat. Mais le PS nous a hélas habitué à flirter avec la droite populiste.

Écrit par : Matthieu | 22/01/2009

Matthieu, je ne comprends pas pourquoi vous dites que le PS est habitué à flirter avec la droite populiste. Pourriez-vous préciser votre pensée?
Cela ne me gêne pas qu'un socialiste puisse avoir exceptionnellement le même avis que l'UDC, du moment que cet avis est fondé sur une réflexion et des arguments socialistes. Une des forces du PS, c'est sa base idéologique claire. Il ne doit pas agir en fonction de l'action d'autres partis (p. ex. en votant systématiquement le contraire de l'UDC), mais en fonction de ses propres positions.

Je ne nie pas que le vote papier ne soit pas à 100% sûr. Pas plus que je prétends que le vote électronique soit totalement non fiable. Cependant, ce qui m'importe, c'est de savoir qui peut contrôler l'exactitude du vote et avec quels moyens. Pour contrôler l'exactitude du vote sur papier, n'importe quel citoyen sachant compter peut s'en charger. Il peut par exemple compter et recompter lui-même les bulletins. Avec le vote électronique, il faut s'en remettre forcément à un expert informaticien. Qui, même s'il est totalement compétent et fiable, contrôle l'information et le déroulement des événements. Un des avantages du vote papier est que le contrôle de sa fiabilité soit du ressorts des votants. Pas des experts.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 22/01/2009

Monsieur Schwaab,

Qui a fait élire à l'exécutif de Vernier (GE) un magistrat du Mouvement citoyen genevois, mouvement populiste s'il en est? C'est le PS qui a présenté un candidat qui n'avait pas de chances réelles, au titre de "candidature de témoignange". Mais il y a d'autres exemples d'une tentation du repli qui traverse le PS.

Écrit par : Matthieu | 22/01/2009

Matthieu, je ne connais pas en détails cette histoire, mais elle me semble anecdotique et relever plutôt d'une erreur stratégique que d'une accointance avec l'extrême-droite. Quels sont les autres exemples dont vous parlez?

Sur le vote électronique, un excellent texte d'Emilie Flamand, députée genevoise: http://www.letemps.ch/template/opinions.asp?page=6&article=248329

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 23/01/2009

Matthieu, pour troller si bien, tu as pris des cours où ?

Écrit par : Djinius | 23/01/2009

Encore un article intéressant sur domainepublic.ch: http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/10033.shtml

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 27/01/2009

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