26/05/2009

Scepticisme face au subventionnement des places d’apprentissage

Le conseil d’Etat du canton de Vaud vient d’annoncer, dans le cadre de ses mesures de crise, la création d’une subvention de 5000.—Fr. pour chaque création de nouvelle place d’apprentissage, ainsi qu’une subvention de 500.—Fr. pour chaque place maintenue (cf l'article de «24heures»).
S’il faut saluer le fait que le gouvernement agisse concrètement en faveur de l’emploi des jeunes et la création de places d’apprentissage (dont le marché est dans une situation inquiétante qui pourrait s’aggraver avec la récession), je ne peux m’empêcher d’avouer un certain scepticisme face à ce type de subventionnement, sans toutefois connaître le projet dans les détails.
En effet, une mesure similaire a été introduite en Autriche il y a quelques années («bonus Blum») et n’a pas été un franc succès. Le subventionnement autrichien, même s’il a certes influencé positivement l’offre en place de formation, a été victime d’un effet d’aubaine important (la plupart des places subventionnées auraient été créées de toute façon) et a coûté très cher pour pas grand’chose: Entre 70% et 77% des places d’apprentissage créées en Autriche entre 2005 et 2006 l’auraient été sans la prime «Blum». En outre, le coût réel de chaque nouvelle place créée était énorme: entre 28'000 et 37’000€, alors que la subvention ne s’élève qu’à 8400€ par nouvelle place (source: actualités de la formation professionnelle (pdf)).
A mon avis, la décision de former ou non des apprenti-e-s ne dépend pas de considérations financières à court terme, mais peut être influencée par un soutien à long terme, par exemple grâce à un fonds cantonal comme celui qui est prévu par la nouvelle loi sur la formation professionnelle (nLVFPr). Dont le grand conseil entame l’examen cet après-midi (à moins qu’il ne traîne trop – des nouvelles bientôt sur ce blog!).
Si le gouvernement peut débloquer 5 millions en faveur de l’emploi des jeunes, peut-être ces montants pourraient-ils être mieux utilisés, par exemple pour des mesures soutenant les entreprises formatrices en difficulté afin que leurs apprenti-e-s puissent terminer leur formation, ou des mesures en faveur des jeunes qui ont terminé leur apprentissage et qui ne trouvent pas d’emploi.
En revanche, il faut saluer sans retenue les moyens supplémentaires alloués au projet TEM (transition école-métier, qui devrait être pérennisé lui aussi dans le cadre de la nLVFPr) par le conseil d’Etat. Le système TEM est en effet un moyen efficace de prévenir la rupture de contrats d’apprentissage.

24/05/2009

Haro sur les vieux schnocks!

Le directeur d’avenir suisse, boîte à idée de quelques grandes entreprises qui s’est surtout signalée par des propositions jamais mises en pratique, notamment pour limiter l’accès à la formation (hausse des taxes d’étude) ou aggraver l’endettement des ménages (remplacer les bourses par des prêts), s’attaque aujourd’hui dans le «matin dimanche» à la solidarité entre les générations. M. Held tente de monter les jeunes contre les retraités avec un slogan simpliste: «les vieux sont riches, avares, et siphonnent les œuvres sociales à tel point qu’il n’en restera rien pour les jeunes». L’objectif de cette rhétorique n’est pas de défendre les jeunes (vu les précédentes propositions d’avenir suisse sur la formation, personne n’est dupe), mais plutôt de leur faire peur pour les inciter à soutenir, en vrac, la baisse des rentes du 2ème pilier ou des mesures d’économies dans l’AVS. Ces déclarations ne sont en fait rien d’autre que le début de la campagne des milieux économiques en vue des votations fédérales de cet automne sur le 2ème pilier. Car, sachant leur position impopulaire, ils avancent masqués, mettant plutôt en avant un pseudo-expert travaillant pour un pseudo-institut de pseudo-recherche qui n’est en réalité rien d’autre que leur cache-sexe. Probablement espèrent-ils un réflexe «salauds de vieux» de la part des jeunes, afin que ceux-ci acceptent de sabrer dans leurs propres futures rentes…
Mais avenir suisse ne fait pas que de la propagande électorale. Il défend aussi très concrètement les idées (et les bénéfices) de ses mécènes. Car derrière les attaques contre les rentes du 2ème pilier, ou la revendication de M. Held pour plus en concurrence entre les caisses de pension, se cache le lobby des assureurs-vie, qui voient dans la baisse des rentes ou l’assainissement à marche forcées des caisses de pensions un moyen de conserver leur profits malgré la chute des marchés financiers. Mais bon, quoi de plus normal, lorsqu’on finance un think tank, que d’espérer un retour sur investissement?
En creusant un peu, on s’aperçoit d’ailleurs que le cliché employé par M. Held des «retraités riches qui vivent aux crochets des jeunes» ne tient pas la route. Ainsi, une étude récente de pro senectute montre que le risque de se retrouver pauvre une fois à la retraite a augmenté ces dernières années. Et ce malgré l’existence de l’AVS, dont l’objectif est de garantir un minimum vital aux retraité-e-s, mais dont M. Held et ses amis veulent pourtant diminuer les rentes en limitant leur indexation (restrictions de l’indice mixte dans le cadre de la 11ème révision de l’AVS). En outre, s’il y a des risques pour que les jeunes d’aujourd’hui fassent partie d’une «génération sacrifiée» (pour reprendre les termes de M. Held), c’est plutôt à cause des propositions de son organisation et de ses amis pour limiter l’accès à l’éducation ou les dépenses publiques en la matière.

17/05/2009

Un commentaire de la loi vaudoise sur la formation professionnelle

La nouvelle loi vaudoise sur la formation professionnelle (nLVFPr) passera bientôt devant le plénum du Grand conseil. Voici un petit commentaire critique du projet en prévision des débats, qui devraient commencer mardi (si le parlement tient son horaire…):More...

Du bon…
Cette loi est globalement un succès pour le parti socialiste, car de nombreuses innovation qui font depuis longtemps partie se son programme ont pu y être introtuides. Elle est le fruit d’un long processus participatif, mené d’une main de maître par la conseillère d’Etat socialiste Anne-Catherine Lyon. Sous sa conduite, les partenaires sociaux ont été associés à toutes les étapes du projet (y compris du règlement d’application), dont la mouture finale est portée par un large consensus. Un consensus malheureusement brisé par la majorité bourgeoise de la commission, qui s’en prend au pouvoir d’achat des apprenti-e-s en supprimant la demi-prime d’assuarance-maladie (sur ce sujet).
Parmi les progrès de la nLVFPr, on peut notamment compter l’amélioration de la surveillance d’apprentissage, qui était très lacunaire, parfois partiale et souvent peu professionnelle (et qui avait été vertement tancée dans un rapport du contrôle cantonal des finances genevois). Le nouveau modèle (surveillance de la qualité de la formation par les associations professionnelles; conseillers aux apprentis pour les questions relationnelles) est à mon avis très bon. Il se base sur le projet associatif TEM (transition école-métier) qui a fait ses preuves sur le terrrain et qui a été soutenu depuis le début par les député-e-s socialistes.

Enfin le fonds vaudois!
Le canton de Vaud est le dernier canton romand sans fonds cantonal pour la formation professionnelle. La nLVFPr met un terme à cette anomalie (fondation pour la formation professionnelle, art. 118ss). Le principe du fonds est simple: toutes les entreprises cotisent au maximum 0,1% de leur masse salariale et l’argent récolté (env. 15 millions par an) va aux entreprises formatrices. Qui bénéficient donc d’une redistribution en leur faveur. Et les entreprises qui ne forment pas sont incitées à former. Ce projet ne vient d’ailleurs pas de nulle part: les partenaires sociaux de l’industrie des machines vaudoise avaient déjà créé un tel fonds pour leurs branches, fonds dont le succès n’est plus à démontrer: entre 2004 et 2006, ce fonds a permis la création d’une trentaine de nouvelles places d’apprentissage et encouragé 10 entreprises à devenir formatrices!
En 2003, le peuple et les cantons rejetaient l’initiative socialiste et syndicale «pour des places d’apprentissage» (dont j’étais chef de campagne pour la Suisse romande), sur opposition du conseil fédéral, des partis bourgeois et des milieux patronaux. Cette initiative proposait un modèle de fonds qui, depuis, a essaimé dans 7 cantons (GE, FR, NE, VS, JU, ZH et TI), deux fois sur plébiscite populaire! L’initiative «pour des places d’apprentissage» a donc été un succès a posteriori.

Du très bon…
Le parti socialiste a obtenu une victoire intéressante en commission contre les tests «multichecks», «basic-check» et apparentés. Nous n’avons certes pas réussi à les faire totalement interdire, mais ils seront (si le plénum confirme cette décision) désormais à la charge de l’entreprise qui les exige. Ce sera un réel soulagement pour les familles des jeunes qui doivent faire ces tests payants. Et bien des patrons se rendront probablement compte du peu de sérieux et de l’inutilité de ces tests, et leur privilégieront une sélection sérieuse et qui a un réel rapport avec le métier. Les associations professionnelles mettent déjà de tels tests sur pied dans de nombreuses branches et il faut souhaiter que ces méthodes supplantent définitivement les «multicheck» et consorts.

Du beaucoup moins bon…
Malheureusement, la médaille a un revers de taille: la suppression de la prise en charge de la demi-prime d’assurance-maladie des apprentis par leur employeur (détails sur le sujet). Cette mesure unilatérale sur le dos des apprentis et de leurs familles met en péril l’équilibre de la loi, pourtant basée sur un large consensus. L’équilibre est d’autant plus mis en péril que les entreprises formatrices bénéficieront d’un sérieux coup de pouce de 15 millions grâce au fonds. Si le plénum du grand conseil confirme cette diminution du pouvoir d’achat des familles et des jeunes en formation, il conviendra malheureusement de réserver le jugement final sur la nLVFPr.

Des informations sur le déroulement des débats seront régulièrement postées sur ce blog.

Les documents et rapports de commission sur le site du Grand conseil.