23/06/2009

Les gendarmes doivent-ils servir et se taire?

Les syndicats de gendarmes vaudois n'ont pas fait que des heureux en lançant l'initiative dite «opération d'Artagnan» pour une police unifiée (que je soutiendrai à titre personnel). Vu l'ampleur d'une telle réforme et les changements en profondeur qu'elle implique, on peut sans problème l'imaginer. Ce qui est en revanche plus surprenant, c'est la façon qu'ont certains de se plaindre que les gendarmes participent ainsi au débat démocratique. Ainsi, on a pu lire et entendre de nombreux députés de tous bords (radicaux, UDC, socialistes) avant (voir cet article du Temps évoqué sur politis.ch - le blog de Lyonel Kaufmann) et pendant les débats parlementaires de déplorer que les gendarmes soient «allés trop loin», ou qu'ils aient carrément «outrepassé leur devoir de loyauté» en «développant une logique propre et indépendante» dans un contexte de manifestations, grève des amendes et de négociations salariales plutôt musclées. Et un député UDC de clamer aujourd’hui que les gendarmes auraient dû purement et simplement «se soumettre à leurs supérieurs et retirer leur initiative». Allons bon!

«D'Artagnan» a eu le mérite de débloquer plusieurs années d'atermoiement en matière de police. Alors que les cantons voisins ont su faire le choix de la police unifiée, la discussion vaudoise s'enlisait. Ce débat, ce sont les gendarmes qui l’ont provoqué. En cela, ils n’ont ni fait preuve de déloyauté, ni fait pression sur les élus, ni développés une logique propre. Ils ont tout simplement fait une proposition crédible (le fait que le Conseil d’Etat se soit senti obligé d’y opposer un contre-projet le prouve – quel que soit l’avis que l’on puisse avoir sur le fonds) sur un sujet qu’ils connaissent de près. Pour un syndicat, quoi de plus normal en effet que de participer au débat public en faisant usage des droits démocratiques? Cela ne les empêchera pas, quels que soient le déroulement de la campagne et le résultat de la votation, de faire preuve la loyauté envers le pouvoir politique qu’exigent les règles de l’Etat de droit.

19/06/2009

Le droit de vote à 16 ans vaudois par là où on ne l'attendait pas

Quelle ne fut pas ma surprise à la lecture de cette initiative déposée par le groupe UDC au grand conseil vaudois: Oui, vous avez bien lu, c'est bien du droit de vote à 16 ans au niveau communal qu'il s'agit. Et l'UDC de justifier sa proposition avec un vocabulaire qu'on ne lui connaissait pas: "faire confiance aux jeunes", "équilibre entre les générations", "ils sont capables de discernement", "renforcer la démocratie", etc.

Là où ça devient franchement rigolo, c'est quand on compare cette initiative avec les positions antérieures de l'UDC, notamment des jeunes UDC...vaudois, qui sont sans exceptions opposées au droit de vote à 16 ans. Avec des arguments exactement inverses, par exemple: "tous les jeunes n'ont pas la maturité pour voter à 16 ans", "risque pour la démocratie" ou "nivellement par le bas de l'électorat". Des arguments que le groupe UDC au grand conseil réfute aujourd'hui catégoriquement, les traitant de "réducteurs" ou "d'excuses pour ne pas discuter la proposition". Les discussions internes entre "tenants d'un discours réducteur" et "partisans du nivellement par le bas" vont à n'en pas douter être passionnantes.

Mais alors, d'où vient cette proposition, contraire à toutes les précédentes? Ordre de Zurich? Profil médiatique avec un thème porteur? Provocation? Ou, tout simplement, changement d'avis? L'UDC vaudoise, qui a déjà changé plusieurs fois d'avis sur Harmos, n'en serait pas à son coup d'essai... A moins que le parti de M. Blocher n'ait regardé avec envie le fait que les jeunes autrichiens de 16 à 18 ans aient voté massivement pour l'extrême-droite.

En revanche, je doute que la vision qu'à l'UDC de la jeunesse n'ait beaucoup évolué. En 2007, son programme électoral parlait plus des jeunes "criminels", des jeunes "violents", des jeunes à l'aide sociale (qu'elle traite de "paresseux") que de politique en faveur des jeunes. Bref, aux yeux de l'UDC, les jeunes sont surtout considérés comme un, voir une accumulation de problèmes.

L'initiative sera développée normalement mardi en fin d'après-midi (à condition que le parlement tienne son horaire).

16/06/2009

Moritz Leuenberger, conseiller fédéral assidu

Doyen de fonction du conseil fédéral, mon camarade Moritz Leuenberger semble plus que jamais vouloir s’accrocher à son mandat. C’est regrettable. D’autant plus qu’il commence à donner des signes de lassitude bien plus graves que quelques réflexions désabusées sur un blog: Il vient en effet d’avouer dans la presse dominicale alémanique que, parfois, il ne lit pas les documents des séances (du conseil fédéral) auxquelles il participe.
Bien entendu, ses adversaires politiques se sont empressés de condamner (dans le «Blick am Abend» d'hier (cf p. 2 du pdf) cette attitude désinvolte, inacceptable de la part d’un élu d’exécutif. La jeunesse socialiste les a à juste titre rejoint dans leur critique.
Pour Moritz Leuenberger, il est donc plus que temps de penser à démissionner. M. Couchepin, en fin stratège (pour une fois) a pensé à démissionner suffisamment de temps avant les élections fédérales pour que la personne qui lui succédera ait le temps de faire sa place et pour que ceux et celles qui auront postulé sans succès à son siège puissent se profiler et assurer leur réélection en 2011. Le PS aurait lui aussi bien besoin de sang neuf au sein du conseil fédéral. D’une part, parce qu’il dispose d’une relève compétente et d’autre part, parce qu’il aurait besoin du tremplin que représente un nouvel élu ou une nouvelle élue au gouvernement. Avec la récession qui prend de l’ampleur, la Suisse aura plus que jamais besoin d’un parti socialiste fort, car il n’y a que lui pour défendre efficacement les salariés, les retraités, les assurés. Or, le PS ne peut que souffrir d’un conseiller fédéral inactif (surtout s’il se ridiculise en avouant être inactif). A plus forte raison s’il détient un département permettant d’agir en matière d’écologie et ce alors que le PS a de la peine à rendre ses propositions en matière d’environnement visibles, notamment par rapport à celles –quasi similaires — des verts.