28/07/2009

2 semaines de vacances supplémentaires reviennent-elles à raser gratis?

Travail.Suisse rase-t-elle gratis avec son initiative «6 semaines de vacances pour tous»? C’est du moins que ce que l’on pourrait croire avec le tir de barrage en règle que le dépôt de cette initiative a déclenché chez les organisations patronales, comme ici le centre patronal vaudois. Avec des arguments percutants: Plus de vacances, c’est plus de coûts pour les entreprises, donc des emplois en moins. Et qui serait à l’heure actuelle assez fou pour soutenir une mesure menaçant des emplois ? Fort heureusement, à y regarder d’un peu plus près, l’initiative ne menace pas l’emploi. Elle sera même plutôt favorable aux entreprises.

Premièrement, parce que, ces dernières années, les salariés n’ont pas récolté tous les fruits de leur travail. Depuis 15 ans, la productivité du travail a augmenté de plus de 14%, alors que les salaires réels ont crû de moins de 4%. Certaines années, ils ont même reculé en valeur réelle, sans que la productivité ne cesse de croître. Il existe donc une marge de manœuvre importante pour augmenter les salaires (ou diminuer le temps de travail à salaire égal, par exemple grâce à plus de vacances) sans que la situation économique des entreprises ne soit mise en danger. Car les gains de productivité non compensé signifient que les entreprises sont devenues de plus en plus profitables sans que leur personnel n’en bénéficie. Et dans tous les cas, l’effort des entreprises serait minime: une semaine de vacances supplémentaire par an ne représenterait qu’une baisse du temps de travail d’à peine… 10 minutes par jour!


Deuxièmement, parce qu’augmenter de manière raisonnable le nombre de semaine de vacances est un investissement dans les futurs gains de productivité. En effet, un salarié plus reposé et moins stressé (c’est du moins ce que l’on souhaite à toute personne rentrant de vacances !), qui dispose d’une meilleure qualité de vie et de plus de temps pour ses loisirs sera plus efficace, plus motivé, moins souvent malade et donc plus productif. Cette proposition s’inscrit en outre dans un contexte d’augmentation du stress au travail et des atteintes à la santé des salariés: Elle permettrait certainement d’éviter de nombreuses absences pour maladie, permettant aux entreprises de réaliser d’importantes économies.


Une question demeure: Les partenaires sociaux ne seraient-ils pas mieux à même de régler cette question? Ou autrement dit, n’empiète-t-on pas sur leur prérogatives en soustrayant la durée des vacances à la négociation collective ? Certes, de nombreuses conventions collectives de travail (CCT) prévoient plus de vacances que le minimum légal. Mais, en Suisse, seul un salarié sur deux bénéficie d’une CCT. CCT qui ne prévoit en outre que rarement un droit aux vacances allant au-delà de 5 semaines. Une modification légale aurait donc l’avantage d’améliorer la situation de la quasi-totalité des salariée et salariés, tout en laissant aux partenaires sociaux bien d’autres champ de négociations, tout aussi important que les vacances: durée du travail, salaires, retraite flexible, droit de participation des travailleurs, etc…  sans oublier d’autres semaines de vacances dépassant le nouveau minimum légal!

14/07/2009

Travail dominical: assez de contrevérités!

Le travail dominical revient en force: M. Sarkozy en fait le symbole de son slogan «travailler plus pour gagner plus», le directeur de Suisse Tourisme Jürg Schmid prône une libéralisation totale des heures d’ouverture des magasins pour «relancer [sa] branche» et le conseil d’Etat vaudois, en bon adepte de la stratégie du saucisson, propose d’augmenter de deux le nombre de dimanches où les commerces peuvent ouvrir sans restrictions. Stratégie du saucisson dont l’objectif est de  vider de sa substance l’interdiction de travailler le dimanche par petites tranches plus difficiles à contrer qu’une attaque frontale contre le repos dominical (on se souvient qu’une révision de la loi sur le travail allant dans ce sens à fait naufrage en vote populaire). Ne pouvant tomber le masque en avouant qu’ils n’ont que le profit de la grand distribution à l’esprit, les partisans du travail dominical s’appuient essentiellement sur une argumentation à première vue plutôt sympathique: le travail dominical créerait des emplois pour des volontaires ravis de toucher un supplément de salaire. Cette position vise aussi à faire passer les syndicats et les salarié-e-s qu’ils défendent pour des vieux conservateurs bornés, qui, pour des raisons purement idéologiques, ne laisseraient pas travailler les gens «quand ils veulent» et les empêcheraient de «gagner plus». Sauf que cette argumentation repose sur des bases on ne peut plus bancales et que l’idéologie bornée n’est pas forcément du côté que l’on croit.

Volontaires, vraiment?
Tout d’abord, parce que la notion de «volontaire» est sujette à caution. Certes, le travailleur à qui on demande de travailler le dimanche doit donner formellement son consentement. Mais, dans bien des cas, cette consultation n’est qu’un leurre, le patron ayant beau jeu de faire comprendre à son employé, à plus forte raison en période de hausse du chômage, «qu’il y en a des tas d’autres prêts à accepter de travailler le dimanche, eux». Et dans l’hypothèse où serait licencié pour refus de travailler le dimanche, son licenciement ne serait qu’abusif et ne donnerait droit qu’à une maigre indemnité (d’au plus 6 mois de salaire) sans le moindre effet dissuasif sur l’employeurs. Quant au supplément de salaire en cas de travail dominical volontaire, il est théorique. Dès qu’un travail dominical devient «régulier» (dès… 7 dimanches par an seulement!), il n’y a plus de droit légal à un supplément salarial.

Le travail dominical détruit des emplois!
Ceux qui espèrent renforcer la croissance économique en libéralisant les heures d’ouverture des magasins doivent déchanter: Un franc dépensé le dimanche ne pouvant plus l’être la semaine, les emplois créés le dimanche devront fatalement l’être aux dépens des autres jours. Et, si la plupart des comparaisons internationales ont montré que les effets du travail dominical sur la croissance étaient au mieux incertains, elles s’accordent sur un point très important: Les ouvertures dominicales profitent systématiquement aux grandes chaînes du commerce de détail, aux dépens des petits commerces des villages et des quartiers, qui, si tout le monde peut ouvrir le dimanche, perdent un de leur derniers avantages comparatifs. Or, les grandes surfaces emploient moins de personnel à surface de vente égale. Donc le travail dominical nuit à l’emploi. Ainsi qu’au commerce de proximité. Ce que feignent d’ignorer les partisans du travail dominical. C’est à ce demander quels intérêts ils soutiennent vraiment.

En attendant le probable référendum que syndicats et PS vaudois lanceront si la tentative du conseil d’Etat de rogner un peu plus sur le repos dominical trouve grâce aux yeux de la majorité du Grand Conseil, rejoignez cette cause sur facebook!

09/07/2009

Succès à posteriori de l'initiative pour des places d'apprentissage

Le 18 mai 2003, le peuple et tous les cantons rejetaient l’initiative «pour des places d’apprentissage» (lipa) par près de 69% de «non», malgré une belle campagne menée par des centaines de jeunes militant-e-s. Cette initiative avait été lancée par la jeunesse syndicale, la jeunesse socialiste suisse (JSS) et le conseil suisse des activité de jeunesse (CSAJ). L’USS l’avait soutenue avec énergie. Malheureusement elle avait été soumise au vote populaire lors d’un dimanche de votation battant tous les records, car il ne comportait pas moins de… 9 objets fédéraux, dont 7 initiatives provenant des syndicats, de la gauche, des milieux de défense des locataires, des handicapés ou de l’environnement. Conseil fédéral, partis bourgeois et milieux patronaux avaient donc eu beau jeu de prôner un «non» indifférencié à toutes les initiatives.

Mais l’initiative n’a pas été – et de loin - la débâcle que l’on pourrait croire de prime abord. Au contraire, elle a eu un impact positif sur la politique du conseil fédéral (qui dut mettre sur pied une «task force place d’apprentissage 2003» pour ne pas se trouver à court d’arguments contre l’initiative), sur la révision de la loi fédérale sur la formation professionnelle (LFPr) et surtout sur les actions des cantons en faveur des places d’apprentissage. Et, 6 ans après le vote populaire, elle continue d’avoir de l’influence.
Preuve en est la multiplication des fonds pour la formation professionnelle dans les cantons. Ce modèle de répartition solidaire des frais de formation entre toutes les entreprises et non pas entre les seules entreprises formatrices avait fait ses preuves dans les cantons de GE, FR et NE. L’initiative pour des places d’apprentissage s’appuyait sur ce modèle de fonds. Qui a essaimé dans tous le pays, malgré le refus de l’initiative. Depuis 2003, 5 nouveaux cantons se sont dotés d’un tel instrument: VS (2007), JU (2007), ZH (2008), TI et VD (2009). A chaque fois, les parlements cantonaux, tous à majorité bourgeoise, ont été convaincus par l’efficacité du fonds cantonal, auquel cotisent toutes les entreprises et dont les montants sont répartis entre les entreprises qui forment, ce qui encourage les entreprises «resquilleuses» (4 sur 5!) à former. Et, alors que l’initiative des jeunes avait échoué en vote populaire, c’est un vote populaire qui a adoubé le principe du fonds qu’elle défendait: au JU et à ZH, le fonds a été plébiscité par près de 60% des votants (au JU un peu plus; à ZH un peu moins), suite à des référendums lancés par des associations patronales jusqu’au-boutistes. Erreur que les patrons vaudois se sont empressés de ne pas commettre: Avant même de connaître le résultat des urnes jurassiennes et zurichoises, ils s’étaient déclarés favorables au modèle préconisé par l’initiative. Et, lors des débats parlementaires qui viennent de s’achever, plusieurs députés représentant les milieux patronaux ont multiplié les louanges envers le fonds cantonal, parlant de projet «utile» et «encourageant l’équité entre les entreprises formatrices et non-formatrices».
Cependant, tous les cantons ne sont pas encore gagnés à la cause des fonds pour la formation professionnelle. En effet, dans plusieurs cantons où syndicats et PS demandent la création d’un tel instrument (BS, SO, SG), les partis bourgeois mettent les pieds au mur, parfois pour des raisons purement idéologiques, malgré les exemples probants chez leurs voisins, parfois parce qu’ils préfèrent privilégier les fonds de branche. Ces fonds se basent sur le même principe de financement solidaire que les fonds cantonaux, mais ils ont le défaut d’être limités à une seule branche, en général une branche où la formation duale est déjà bien développée et de ne couvrir que 8% des salariés. Un fonds cantonal a l’avantage d’encourager la formation dans toutes les branches, y compris dans celles qui ont un fort potentiel, mais pas de tradition formatrice.
Cet épilogue (provisoire) prouve que l’initiative des jeunes en faveur de la formation professionnelle a été clairement un succès et en valait la peine, même si on pouvait penser plutôt le contraire à l’heure du résultat des urnes. Il montre que l’engagement des syndicats en faveur de la création des places d’apprentissage a été payant sur le long terme et qu’une défaite dans les urnes ne doit jamais être un prétexte à baisser les bras. 6 ans après l’initiative «lipa», la hausse à venir du chômage des jeunes doit nous inciter à poursuivre nos efforts. Les fonds cantonaux devront notamment se montrer à la hauteur des enjeux de la crise: ils devront démontrer qu’ils sont capables de débloquer des moyens en faveur de la création de places d’apprentissage alors que les entreprises licencient.