19/10/2009

Libéralisation des heures d’ouverture des commerces: nouvelle salve des grands distributeurs

Ce n’est guère étonnant de voir les grands distributeurs monter au front pour que les heures d’ouvertures des magasins soient libéralisées. Même s’ils ont subit récemment deux défaites en terres romandes (refus du grand conseil vaudois d’entrer en matière sur une nouvelle extension du travail dominical, refus du peuple fribourgeois de prolonger les heures d’ouvertures), les partisans de la flexibilité du travail n’ont de cesse de lancer de nouvelles salves. Par exemple le radical-libéral zurichois Markus Hutter, qui souhaite que les cantons puissent totalement libéraliser les heures d’ouverture. Ou son collègue de parti genevois Christian Lüscher, qui souhaite que l’interdiction de travailler la nuit soit levée pour les officines (ou «shops», que voulez-vous, l’anglais, ça fait toujours moderne…) de stations-service. Ou encore la «communauté d’intérêt du commerce de détail» et la swiss retail federation, qui par la voix de la présidente du conseil d’administration de Coop, souhaitent que les commerces puissent carrément choisir eux-mêmes leurs heures d’ouverture, en fonction du marché. Et donc engager du personnel à n’importe quel moment, sous prétexte «d’adaptation à la société moderne» et des «nouvelles habitudes de consommation». Et toujours, avec de belles promesses à la clef: «ça créera des emplois, les salariés auront droit à des suppléments de salaire et ça générera de la croissance»… On serait bien bête de ne pas profiter d’une telle aubaine.
Sauf que, si les grands distributeurs comme coop et migros s’engagent avec autant d’énergie, ce n’est pas parce qu’ils se battent pour leurs salariés ou pour le bien des consommateurs, mais plutôt pour améliorer leurs parts de marché. En effet, la libéralisation des heures d’ouvertures profite toujours à la grande distribution (ça a été le cas dans tous les pays qui l’ont testé). Qui croît aux dépens des petits magasins, car ces derniers (qui peuvent déjà ouvrir le dimanche) perdent un de leurs derniers avantages concurrentiels sur les grandes surfaces. Il faut bien avoir à l’esprit que la libéralisation ne génère pas de chiffre d’affaire supplémentaire: l’argent dépensé le dimanche ou lors de nocturnes ne peut plus l’être le reste du temps. Le jeu est donc à somme nulle. Conséquence: il n’y a pas création de nouveaux emplois, mais juste un déplacement de la main d’œuvre. Soit ceux qui occupent actuellement les emplois pendant la journée perdent leur emplois au profit de ceux qui veulent ou peuvent travailler en soirée ou le dimanche, soit ils les conservent, mais avec des horaires beaucoup plus flexibles et irréguliers, ce qui a une influence négative sur leur santé, leur vie sociale et leur vie de famille. Au final, il se pourrait même que l’emploi soit perdant, car les grandes surfaces emploient moins de personnel que les petits commerces à surfaces de vente égales.
Parmi les hypothétiques avantages vantés par les partisans de la dérégulation des heures d’ouverture, il y a tout de même une certitude: la libéralisation se fait toujours sur le dos du personnel de la vente.

Commentaires

Vous pourriez peut-être aussi ajouter que plus d'heures d'ouverture c'est plus de frais généraux. Qui paiera ce renchérissement ? Pas le commerçant, ce n'est pas un philanthrope.

Écrit par : gamine | 19/10/2009

... sans oublier les suppléments salariaux pour travail supplémentaire, de nuit et du dimanche (même si les employés n'y ont pas toujours droit: p. ex. dès 7 dimanches par an, le travail dominical devient régulier et ne donne plus droit au supplément de salaire...)

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 19/10/2009

Faudra-t-il des suicides d'employés pour que les grands distributeurs du commerce de détail écoutent leurs salariés? C'est cela l'évolution selon Coop?!

Les nocturnes sont déjà une belle aberration. Ouvrir des magasin jusqu'à 21h00 pour une dizaine de clients supplémentaires, c'est ridicule. Surtout qu'il existe des services d'achats performants via Internet, avec livraison.

Écrit par : Riro | 19/10/2009

Je me permets une petite correction, Monsieur Schwaab. Dans le cas fribourgeois, il n'y a pas eu de refus du peuple d'une prolongation des heures d'ouverture des magasins. L'objet de la votation était de prolonger d'une heure l'ouverture des commerces le samedi (soit fermeture à 17h00 au lieu de 16h00) et de fermer une heure plus vite lors des nocturnes cantonales en semaine (soit fermeture à 20h00 au lieu de 21h00). C'est "l'échange" de ces deux heures qui a été refusée. Pas une prolongation des heures d'ouverture des magasins.

Écrit par : Jean Chevallaz | 20/10/2009

@Jean Chevallaz: Il est vrai que sur le papier, l'échange avait l'air plutôt honnête: une heure de nocturne contre une heure le samedi. Sauf que, il y a beaucoup moins de monde lors des nocturnes et donc beaucoup moins de personnel concerné que lors des samedis. Pour de nombreux vendeurs et vendeuses, cela aurait été une prolongation d'horaire.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 20/10/2009

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