29/11/2009

Privé de shopping!

«Les Romands privés de shopping le dimanche» titre aujourd’hui le cahier «économie» du «le Matin dimanche». Mais qu’ont-ils donc fait, ces pauvres Romands pour mériter pareille punition? Car, vu le ton, ça m’a tout l’air d’une punition: «T’es pas sage/ t’as pas fini ton assiette/ t’as pas été poli avec la dame/ t’as pas dit merci; alors, privé de shopping!»
Sauf que, les Romands ne sont pas privés de magasinage dominical, même si c’est ainsi qu’aime à le présenter la presse – souvent unanimement favorable à la libéralisation des heures d’ouverture (il faut dire que les pleines pages de pub des géants du commerce de détail, grands bénéficiaires d’une libéralisation, ça aide). Non, les Romands, que ce soit dans les urnes (Fribourg, Neuchâtel et, espérons-le, bientôt Genève) ou par leurs Parlements (Vaud, Valais), ont décidé non pas de se «priver de shopping», mais de continuer à s’accorder un jour de repos commun, consacré à la famille, aux amis, aux activités sportives ou associatives, ou tout simplement à ne rien faire. Ils ont aussi décidé de ne pas dégrader un peu plus les conditions de travail du personnel de la vente, soumis à des salaires très bas, des horaires très flexibles (travail sur appel, temps partiels imposés) et une quasi-absence de protection conventionnelle. Pas plus qu’ils ne gobent les promesses mirifiques de croissance et d’emploi qu’on leur fait à chaque fois qu’on parle de libéraliser les heures d’ouvertures des commerces, sachant bien qu’un franc dépensé le dimanche ne peut plus l’être la semaine.
Bref, réjouissons-nous de voir que la population ne soit pas prête à sacrifier sa qualité de vie à une consommation débridée. Et tant pis pour ceux prétendent que mettre un frein aux ouvertures dominicales, c’est seulement «priver les gens de shopping».

25/11/2009

D’oh! (Ou: La critique sociale en dessin animé mérite-t-elle un avertissement?)

homer-simpson-bureau-oval.jpgLa diffusion des «Simpson» sur la chaîne alémanique SF2 sera désormais assortie d’un avertissement, indiquant que les moins de 12 ans feraient mieux de ne pas regarder. Pourtant le seul risque que courent ces chères têtes blondes est d’être confrontés à une des critiques sociales les plus pointues et pertinentes qui soient.
A regarder les Simpson (j’avoue, je suis un fan absolu), on en apprend notamment beaucoup sur les conséquences de la sous-couverture d’assurance-maladie (Simpsons roasting on an open fire, saison 1), de la destruction de l’environnement et du réchauffement climatique (On a Clear Day, i can’t see my Sister, saison 16), des délocalisations (Kiss-kiss-bang-Bangalore, saison 17), du vote électronique (Horror Show XIX, saison 20), de la crise des subprimes (No Loan Again, Naturally, saison 20), des inégalités scolaires (Lisa's Sax, saison 9), des abus de la société de consommation et de la pub (Grift of the Magi, saison 11), des sectes (Faith Off, saison 11), de la privatisation des tâches de sécurité publique (The seven-beer snitch, Saison 16) etc. (bien entendu, cette liste est loin d’être exhaustive!).
Mais il y a aussi de beaux exemples de mobilisation syndicale (Last Exit to Springfield, saison 4), de l’intelligence des forces armées (G.I. D’oh, saison 18), ainsi qu’un magnifique décodage des méthodes de la droite xénophobe (Much Apu about Nothing, saison 7) et quelques belles satires électorales (Two Cars in Every Garage and Three Eyes on Every Fish, saison 2 ou Mr Spitz goes to Washington, saison 14).
Bref, que des problèmes auxquels il vaut mieux éviter de confronter les jeunes, qui auront tout le temps de les découvrir quand ils seront grands. C’est vrai que ça mérite un avertissement.

A propos des épisodes cités...

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17/11/2009

La droite contre les salarié-e-s, les locataires… et contre une justice efficace et rapide

Les débats de cet après-midi au Grand Conseil sur la réforme de la procédure civile vaudoise ont permis de montrer que les partis bourgeois s’opposent systématiquement aux intérêts des salarié-e-s et des locataires. «Réforme de la procédure civile», le titre est un peu rébarbatif et sonne assez technique. Pourtant, les questions de procédure sont essentielles, car, sans procédure, impossible de faire valoir ses droits, si étendus soient-ils. More...Par exemple, grâce aux tribunaux de prud’hommes, auxquels sont associés les partenaires sociaux, permettent aux salariés de faire valoir leurs droits gratuitement, rapidement et sans devoir faire appel à un avocat, car les secrétaires syndicaux peuvent les y représenter.
Malheureusement, si un salarié a été lésé de plus de 30'000.—Fr. par son employeur, il ne peut plus s’adresser à un tribunal de prud’homme, mais à un tribunal normal, sans assesseurs issus des organisations syndicales et patronales, et sans possibilité de se faire représenter par le syndicat. Or, cette somme est vite atteinte quand on sait que le salaire médian dépasse 5800.—Fr. par mois et qu’une indemnité pour licenciement abusif, par exemple, peut se monter à 6 mois de salaire. Ou que les créances salariales des 5 dernières années peuvent être exigées en justice. Pour pouvoir bénéficier de la rapidité et du savoir-faire des tribunaux de prud’hommes, bien des salariés réduisent donc leurs prétentions, afin de ne pas dépasser cette limite fatidique, même s’ils auraient en théorie le droit d’exiger une somme plus importante.

Un coup contre les salarié-e-s
C’est pour cela que la gauche proposait d’augmenter la compétence des tribunaux de prud’hommes aux litiges d’une valeur jusqu’à 100'000.—Fr., pour que les salariés n’aient plus à hésiter avant de s’adresser à ces tribunaux proches de la pratique et dont la compétence est unanimement reconnue. Malheureusement, la droite s’y est opposée et a obtenu gain de cause en premier débat, montrant par là qu’elle ne souhaite pas que les salariés puissent efficacement faire valoir leurs droits et qu’elle se méfie de ces tribunaux, auxquels sont pourtant associés les organisations patronales.

Un coup contre les locataires
Après les salariés, la droite vaudoise s’est attaquée, là encore avec succès, aux locataires. Qui subissent pourtant déjà les affres de la pénurie de logements et des nombreuses hausses de loyers injustifiées qui en découlent. Les radicaux-libéraux-UDC et la majorité de l’alliance du centre ont ainsi purement et simplement supprimé la gratuité du tribunal des baux. Désormais, les locataires qui voudront contester un loyer initial ou une hausse de loyer abusifs devront faire une avance de frais, ce qui risque d’en décourager plus d’un. Conséquences: Les loyers pourront continuer à augmenter, souvent de manière illégale, sans que personne ne le conteste. Les arguments de la droite pour supprimer la gratuité ont été variés: du farfelu «c’est la gratuité du tribunal des baux qui est la cause de la pénurie de logements», au mensonger «les locataires abusent et contestent trop souvent», en passant par des chiffres erronés «il y a eu jusqu’à 10% de taux de logements vacants dans le canton» (chiffre tellement farfelu qu'un autre député de droite s'est empressée de le corriger, par un chiffre... moins faux - 5% - mais faux quand même), rien ne nous a été épargné.
Mais l’ASLOCA a d’ors et déjà annoncé un référendum contre la suppression de la gratuité du tribunal des baux (obtenue… en votation populaire!) si elle passe le cap du 2ème débat.