15/02/2010

Mais où sont passés ces 600 millions?

Argument-choc des partisans de la baisse des rentes: chaque année, 600 millions de francs seraient pris au capital des caisses de pension des salariés pour financer les rentes. A cause d’un taux de conversion «trop élevé», les actifs seraient ainsi spoliés au moyen de ce que les milieux économiques et les partis bourgeois appellent un «transfert caché» ou d'une «redistribution camouflée». Voilà qui sent le vol à plein nez: Les «voleurs de rentes» ne seraient donc pas les assureurs privés (qui comptent améliorer leurs bénéfices grâce à une baisse du taux de conversion totalement inutile), mais plutôt les retraités, qui vivraient déjà au-dessus de leurs moyens, et ce aux dépens des actuels actifs. Et les libéraux-radicaux (du moins, le parti suisse, car il est possible que certaines sections cantonales rejoignent le camp du non, comme l’ont déjà fait p. ex. le PDC du canton de Zürich ou l’UDC du Valais Romand) de dépeindre socialistes et syndicats comme des bandits tout droit sortis d’un dessin animé.
Il suffit cependant de s’intéresser à la façon dont ces 600 millions ont été calculés pour constater que l’argument relève au mieux de l’étourderie, au pire de l’escroquerie. Ainsi, selon les partisans de la baisse des rentes, ces «600 millions de transfert caché» ne sont qu’une «estimation». C’est en tout cas ce qu’on peut lire à la p. 17 de leur «argumentaire long». Ah bon. Une simple «estimation» comme argument de campagne, on a vu mieux.
Mais ce n’est pas tout. Car ces 600 millions ne proviennent en fait pas d’une estimation, mais d’un calcul tout ce qu’il y a de plus sérieux. Mais il ne s’agit pas du tout de la somme des «pertes actuelles du 2ème pilier», d’une somme que les retraités actuels «prendraient» aux futurs retraités. Il s’agit plutôt, selon l’Office fédéral des assurances sociales, de la somme qui serait économisée chaque année si le taux de conversion était baissé, et avec lui toutes les futures rentes du 2ème pilier (pour plus de détails...). D’une économie potentielle, les partisans de la baisse des rentes font le montant actuel (mais fictif) des pertes du 2ème pilier. Il fallait oser. Ce n’est en effet pas parce qu’on décide d’économiser une certaine somme que l’on a, comme par enchantement, un déficit du même montant. C’est en général plutôt l’inverse: C’est parce qu’on fait un déficit que l’on décide de réduire les dépenses du montant correspondant.
Or, actuellement, le 2ème pilier ne fait pas de pertes. Les caisses de pensions se portent bien, les bénéfices des assureurs privés qui en gèrent une partie sont confortables – malgré la récente crise boursière – et leurs actionnaires se voient promettre des rendements à deux chiffres (ce qui ne serait certainement pas le cas si le 2ème pilier perdait réellement plusieurs centaines millions chaque année!).
Les «600 millions» s’avèrent donc n’être rien d’autre qu’un tour de passe-passe pour faire peur à la population. Le deuxième pilier est solide, son avenir est assuré à long terme et l’on peut donc, sans se faire de soucis, voter non à la baisse des rentes le 7 mars.

Commentaires

Dans les poches de la bande udc-ubs !

Écrit par : corto | 16/02/2010

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