30/03/2010

Référendum contre les coupes dans l’assurance-chômage: c’est parti!

Au départ, une révision de la loi sur l’assurance-chômage (LACI) trop optimiste: En 2002, le financement de l’assurance-chômage (AC) a été modifié en se basant sur des prévision de chômage sur l’ensemble d’un cycle conjoncturel irréalistes (100'000, alors que le taux moyen sur l’ensemble du cycle tourne plutôt aux alentours de 125'000). Les partis bourgeois, emmené par M. Couchepin, ont donc fait accepter une baisse des cotisations paritaires de 3 à 2%, malgré le fait que ce niveau de prélèvement avait permis un assainissement rapide de l’AC. Quelques années plus tard, la note est salée: Les dettes de l’AC dépassent 7 milliards de francs.
Le conseil fédéral a donc décidé d’assainir l’AC. Mais, même si la Confédération est capable d’aligner les milliards sans poser de questions lorsqu’il s’agit d’aider les banques à verser de nouveaux bonus, il s’agit cette fois de faire payer la quasi-totalité de la note aux salariés et aux chômeurs. Et le gouvernement n’y est pas allé de main morte. More...Parmi les mesures d’économie:

  • Prolongement de la durée de cotisation (risque: exclusion des travailleurs précaires ou des travailleurs aux carrières non linéaires, surtout les femmes, les travailleurs âgés ou peu qualifiés);
  • Suppression de la possibilité pour les cantons les plus touchés par le chômage de prolonger la durée d’indemnisation à 520 jours (risque: aggravation de la crise dans les régions déjà les plus durement touchées);
  • Diminution drastique des indemnités journalières pour les personnes libérées de l’obligation de cotiser, notamment les étudiants et les mères qui retournent sur le marché du travail après avoir élevé leur enfant (risques: exclusion de l’AC des concernés, pression sur les personnes bien formées pour qu’elles acceptent n’importe quel emploi).

Ces propositions, déjà difficiles à accepter, n’ont pas suffit à la majorité bourgeois du Parlement, qui, trop obnubilée par son objectif d’affaiblir les assurances sociales pour tirer les leçons du vote populaire sur le deuxième pilier, a nettement alourdi la facture:

  • Affaiblissement de la notion de «travail convenable» pour les moins de 30 ans, afin de les obliger à accepter n’importe quel emploi (risques: dévalorisation de la formation, sous-enchère salariale provoquée par l’AC);
  • Division par deux du nombre d’indemnités journalières pour les moins de 25 ans sans charge de famille, même s’ils ont cotisé assez pour prétendre au maximum (risques: aggravation de la situation de la catégorie la plus vulnérable, discrimination des jeunes);
  • Prolongement du délai d’attente pour les chômeurs sans charge de famille (risque: pousser les gens vers l’assistance publique).

Il est particulièrement navrant de constater que ces «économies» n’en seront en fait pas: les coûts seront simplement reporté sur l’aide sociale, donc sur les contribuables des cantons et des communes. En outre – c’est peut-être le point le plus navrant de tous – l’assurance-chômage serait beaucoup plus vite assainie si l’on ne touchait rien à la LACI. En effet, la législation existante prévoit que le Conseil fédéral doit augmenter les cotisations de 0,5% et introduire une cotisation de solidarité (1%) sur les hauts salaires lorsque la dette de l’AC atteint 2,5% de la masse salariale soumise à cotisations (ce qui est le cas): l’application du mécanisme de frein à l’endettement prévu par la loi supprimerait les dettes de l’AC en un peu moins de 8 ans, soit 8 à 10 ans de moins que ce que durerait l’assainissement tel que proposé par les chambres!
En signant le référendum (feuille de signatures en pdf) et en votant non au démantèlement de la LACI, les citoyens ne feront pas que défendre leurs assurance sociales. Ils contribueront aussi à un assainissement beaucoup plus rapide de l’assurance-chômage.

23/03/2010

Les casseurs de prix allemands pris au piège de la sous-enchère

En Allemagne, la question des salaires minimaux a longtemps été taboue, y compris du côté syndical. L’opinion dominante était alors que l’Etat n’avait pas à se mêler du partenariat social, grâce auquel patronat et syndicats garantissaient des salaires minimaux de branche convenables. Puis est venue la montée en force du travail précaire (souvent encouragée par des réformes sociales peu pertinentes), la perte d’influence syndicale et l’augmentation du nombre de salariés non-couverts par des conventions collectives. La question des salaires minimaux est donc arrivée en force et a reçu un soutien syndical décidé. Elle vient de recevoir un autre soutien, plus inattendu: celle du casseur de prix du commerce de détail Lidl.
Pourtant, Lidl (de même que son comparse Aldi) n’est pas connu pour être favorable à ses employés. Au contraire, c’est avant tout sur leur dos qu’il casse les prix: bas (voire très bas) salaires, contrats précaires, surveillance constante – par vidéo jusque dans les toilettes, harcèlement, non-respect de la liberté syndicale, aucune négociation, etc. Et ces pratiques détestables ont malheureusement fait tache d’huile dans l’entier de la branche (et menacent aussi notre pays, où Lidl et Aldi s’implantent). Conséquence: si les prix dans le commerce de détail ont effectivement baissé, c’est au prix de conditions de travail inacceptables et, si création d’emplois il y a eu, ce sont surtout des travailleurs pauvres (ou working poors), dépendants de l’assistance publique. A tel point que la spirale de sous-enchère est devenue intenable, même pour ceux qui l’ont sciemment provoqué.
Les casseurs de prix ont donc été pris à leur propre piège. Au point d’abandonner un des dogmes les plus tenaces de la politique néolibérale de l’emploi, à savoir que l’Etat n’aurait pas à se mêler des rapports de travail, en particulier de la politique salariale. Dogme qui ne résiste décidément pas à la réalité actuelle du monde du travail.

08/03/2010

Le «libre choix» de l’école prend l’eau de toute part

Il n’y a pas que les assureurs privés et leurs sbires de l’UDC, du PLR et du PDC qui se sont  pris une bonne gifle dans les urnes hier. Il y a eu aussi les partisans de la privatisation de l’école, le «lobby parents suisses». Qui, après Bâle-Campagne et ses 79% de «non» au «libre choix de l’école», a vu une autre de ses initiatives demandant l’introduction d’un financement public des écoles privées et du libre choix de l’école primaire sombrer corps et biens avec plus de 83% de «non», dans un canton très marqué à droite. C’est pourtant à droite qu’elle avait reçu le plus de soutien, notamment à l’UDC, au PLR et à l’UDF.

La campagne du «lobby parents» en faveur du bon scolaire ou chèque-éducation est donc en train de se transformer en fiasco. Deux initiatives ont déjà été balayées dans les urnes. Ses initiatives lancées dans les cantons de ZH, BS, SG et SO devraient à n’en pas douter subir le même sort. Et, dans le canton de Vaud, ses velléités de lancer une initiative populaire se sont, suite à la déconvenue bâloise, transformées en une simple pétition (que le Grand conseil aura à traiter ces prochaines semaines). L’école publique a donc encore de beaux jours devant elle.