18/04/2010

Faut-il ouvrir une faille dans la sécurité du vote pour les Suisses de l’Etranger?

Alors que les débats au plénum sur le vote électronique approchent, l’Organisation des Suisses de l’Etranger (OSE) se livre à un travail de lobby intensif contre la motion interpartis contre le vote par internet. Selon l’OSE et le rapport de minorité, les réticences soulevées par la motion, partagées par la majorité de la commission, ne pèseraient pas bien lourd face à la volonté légitime de faciliter l’accès au vote en Suisse aux Suisses de l’Etranger.
Certes, cette volonté est légitime et les efforts des autorités pour favoriser la participation électorale des Suisses de l’Etranger est à saluer. Cela dit, le vote par internet ne saurait être considéré comme une solution valable et l’OSE, plutôt que de défendre bec et ongle le vote électronique, ferait mieux de proposer des alternatives qui ne mettent en cause ni la sécurité du vote, ni la confiance que les citoyens placent en lui. More...

Sécurité pas garantie

Car le vote électronique n’est pas sûr. Et il ne le sera probablement jamais. Tous les experts s’accordent à dire qu’aucun logiciel n’est sûr à 100%. Il faut dire que le vote par internet est confronté au double défi d’assurer une sécurité optimale sans permettre de relier chaque votant à son vote. En effet, si cette liaison était possible, ce serait la porte ouverte aux pressions sur les électeurs, car on pourrait vérifier a posteriori ce qu’a voté chaque personne et le cas échéant si elle a bel est bien voté ce qu’on lui avait demandé. Ainsi, les mécanismes de sécurité que l’on retrouve dans les opérations bancaires par internet (où il faut pouvoir précisément isoler et dater chaque transaction et s’assurer que c’est bien le client X qui les a effectuées) n’est pas applicable au vote par internet.
En outre, il est difficile, si ce n’est impossible de garantir l’absolue inviolabilité des systèmes informatiques de l’Etat. Si des petits malins sont parvenus à se jouer des barrières de sécurité du Pentagone, les systèmes informatiques de l’Etat de Vaud ne devraient pas constituer un obstacle infranchissable aux pirates informatiques et ce d’autant plus que la Suisse semble avoir un certain retard en matière sécurité des réseaux, comme le relevait ce dossier du Temps. Le danger augmente d’un cran si les logiciels de vote électronique ne sont pas libres, mais restent la propriété d’une entreprise refusant d’en dévoiler les sources, ce qui s’apparente à une privatisation du déroulement du scrutin. Enfin, les ordinateurs des particuliers participant au scrutin électronique sont loin d’offrir suffisamment de garanties. Même dans l’hypothèse farfelue d’ordinateurs de l’Etat inviolables, jamais il ne sera possible d’éviter qu’un ou plusieurs ordinateurs des votants ne soient infectés par un virus, un vers, un cheval de Troie, ou subissent d’autres formes d’intrusions malveillantes.
Il arrive aussi parfois que les logiciels de vote plantent sans que personne ne sache pourquoi. Ainsi, en Belgique, un vote par internet a donné un résultat pour lequel il y avait 4'000 voix exprimées de plus… que d’électeurs dans la circonscription concernée! Au final, les experts informaticiens ont parlé d’«inversion spontanée aléatoire» (j’ignore ce que c’est exactement, hormis que des 0 se changent en 1 et vice-versa, sans explication apparente – mais je reviendrai sur l’expertocratie plus loin).

La Chancellerie fédérale bien obligée d’admettre les risques

D’ailleurs, la Chancellerie fédérale, pourtant grande partisane du vote par internet, limite son usage à 10% des électeurs totaux d’un scrutin et 20% d’un canton. Selon elle, cela permettrait d’éviter de devoir répéter un scrutin s’il devait y avoir un problème avec les votes par internet. Pourtant, le nombre de vote s’étant joués dans une fourchette inférieure à 10% sont légion. Que fera-t-on lors du prochain résultat qui s’est joué à quelques voix?
Autre argument de la Chancellerie pour limiter (pour l’instant) l’usage du vote par internet: En limitant le nombre de suffrage concernés, le scrutin serait «moins attrayant pour les pirates informatiques». Voilà qui met le doigt sur un des problèmes majeurs du vote par internet: le piratage de la démocratie. Qui peut arriver parce que des petits malins veulent s’amuser, mais aussi parce que les intérêts financiers en jeu en valent la chandelle. Or, pirater un scrutin informatique est beaucoup plus facile et demande beaucoup moins de logistique que pour frauder un scrutin sur papier, même si la majorité des votes sont exprimés par correspondance. Alors que, pour l’un, un ordinateur branché au net suffit, pour l’autre, il faut d’énormes ressources, notamment de nombreux complices.

Confiance minée

Tant que ces doutes planeront – et ils planeront longtemps, si ce n’est éternellement – la confiance qu’accordent les citoyens à la justesse du scrutin pourrait être sérieusement entamée. Ainsi, chaque résultat serré pourrait être soupçonné de ne pas être exact. Et cette confiance sera d’autant plus chancelante que les citoyens normaux ne pourront plus contrôler eux-même le résultat. Ils devront déléguer cette compétence pourtant fondamentale en démocratie à un expert informaticien, à qui ils devront faire une confiance aveugle. Aujourd’hui, pour dépouiller un vote, il suffit de savoir lire et compter. Demain, faudra-t-il un doctorat en informatique, doublé d’une spécialisation sur le logiciel utilisé pour voter? A propos du vote électronique, le représentant démocrate du New Jersey Rush Holt (cité par «Le Monde» du 20.03.07) a dit assez justement: «La démocratie ne marche que si nous croyons qu’elle marche.»

Le jeu du vote par internet n’en vaut donc pas la chandelle, même pour les Suisses de l’Etranger (qui risque de n’être qu’un premier pas vers un vote par internet généralisé). Il n’y a d’ailleurs pas de miracle à en attendre en matière de participation. Suite à l’introduction du vote par internet dans certains cantons, ont ne constate pas d’augmentation significative et durable de la participation une fois passé l’effet de «nouveauté». Le vote, ça ne doit d’ailleurs pas être une « mode », ni forcément s’adapter à tout prix aux nouvelles technologies.

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Comme très souvent, les Simpson expliquent les enjeux mieux que quiconque. C’est du moins le cas sur cet extrait de la «Treehouse of Horror» de la saison 20 (Episode 4). (Rajouté le 19.04: Youtube a bloqué l'accès à la vidéo, malgré le fait qu'elle respecte l'art. 25 LDA (droit de faire une citation)... Cependant, pas de soucis, on peut voir la même vidéo en meilleure qualité ici, mais en anglais uniquement)

Commentaires

C'est bien mais
C'est pas assez.

J'attends votre sujet sur le statut des suisses de l'étranger

en cette période où MCR vient de participer à Annemasse à un congrès transfrontalier
sans que les suisses n'y aient leur mot à dire
et tandis que les suisses établis en zones frontalières française n'ont toujours pas de statut juridique,

en ces zones frontalières où les français sont salariés majoritaires dans les emplois genevois vs. les suisses,

où des politicards français, établis en Suisse ou non,
cumulent sur leurs blogues TDG soit leurs articles anti-suisses, soit leur propagandes de frontaliers leaders d'une région franco-suisse,
tout en occultant la réalité de la souveraineté d'un pays

sans souligner les vrais problèmes créés par les bilatérales
appliquées dans le sens France-Suisse et non l'inverse,

sans apporter de réponse à la situation
des suisses dont le statut de suisse résident en zone frontalière, suite à l'application des bilatérales,
placés au même rang que n'importe quel citoyen bulgare ou serbe sur le marché de l'emploi genevois par ex.

En bref:

Pas de souci pour le vote des suisses de l'étranger, qui continue de fonctionner.

Tandis que les accords des bilatérales ont non seulement limé, mais éliminé le statut de suisse au suisse de l'étranger
vivant en zones frontalières.

L'un n'allant pas sans l'autre,
Ces points sont à traiter au niveau de la DFAE.

Écrit par : na...ya | 18/04/2010

La gauche populiste, ça va !

Écrit par : Sabourjian | 18/04/2010

"Car le vote électronique n’est pas sûr. Et il ne le sera probablement jamais. Tous les experts s’accordent à dire qu’aucun logiciel n’est sûr à 100%."

... Là, vous nous faites une lapalissade!... Seule chose: vous pensez réellement que le système actuel est sûr à 100%? Je dirais plutôt que dès qu'un être humain intervient dans un processus, plus rien ne peut être sûr à 100%... Je me suis même laissé dire que certains élus remplissaient d'autres bulletins que le leur. Naïveté ou tricherie, je ne sais, mais c'est la preuve que l'insécurité existe!

Écrit par : Père Siffleur | 18/04/2010

Cher Père, vous avez raison, même le système actuel n'est pas sûr à 100%. Cependant, quand un élu rempli une quarantaine de bulletins ne lui appartenant pas, il se fait attraper, car comparer les écritures est possible. Si le même élu remplit 40 bulletins électroniques, ni vu, ni connu!

@Sabourijan: Pourriez-vous préciser le fond de votre pensée?

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 19/04/2010

La véritable différence n’est pas la manipulation d’une quarantaine de bulletin. Un filou peut modifier un nombre de bulletin limité. A par quelques cas précis, ils ne pourront que difficilement changer le cours des choses. S’il ce fait aider pour être plus efficace, il aura presque le 100% des chances de se faire prendre. Sur le net c’est l’inverse.

Par ailleurs, avec le vote par correspondance, il n’est pas si rare que le plus influant de la famille fait voter les autres membres selon ses désertas.

Écrit par : cali | 19/04/2010

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