30/05/2010

Les assureurs-maladies sont-ils intègres lorsqu'ils prônent les soins intégrés?

Battus à plate couture lors du vote du 1er juin 2008 sur l’article constitutionnel «qualité et efficacité économique dans l’assurance-maladie», contre-projet à une initiative populaire de l’UDC souhaitant réduire les prestations de l’assurance-maladie obligatoire, les assureurs sont revenus à la charge. La mesure-phare de ce contre-projet était la «liberté de contracter», permettant aux caisses-maladie de choisir les prestataires de soins qu'elles remboursent. Les opposants à cette proposition avaient à juste titre averti que cela ne pouvait que mener à une médecine à deux (ou plusieurs) vitesses, les prestataires de soins coûtant le plus cher parce qu'ils prennent en charge beaucoup de malades âgés ou chroniques ayant toutes les chances de se faire exclure – et leur patients avec eux – du remboursement par l’assurance de base.More...

A peine sonnés par une défaite devant le peuple et les cantons pourtant très lourde (près de 70% de non et aucun canton), les assureurs n’ont pas baissé les bras et tentent à nouveau de limiter le cercle des prestataires remboursés et donc de faire de substantielle économies en ne contractant pas avec les prestataires de soins qui ont la mauvaise idée de soigner les «mauvais risques». Cette fois, les assureurs misent sur un concept à la mode, les «soins intégrés», ou «managed care». Selon cette méthode, l’assuré, au lieu de recourir à plusieurs spécialistes indépendants les uns des autres, adhère à un réseau de soins comprenant plusieurs fournisseurs de prestations qui collaborent et coordonnent sa prise en charge médicale. L’idée n’est pas mauvaise en soi, au contraire. Dans bien des cas, le recours (coûteux) à des spécialistes pourrait être évité si les patients s’adressaient en premier à un interlocuteur de santé unique (p. ex. un médecin de famille), lequel les réoriente si nécessaire vers d’autres professions médicales. L'USS et diverses organisations de patients et du personnel de la santé proposent d'ailleurs d'introduire un «interlocuteur personnel de santé», référent de premier recours permettant d'éviter que l'on s'adresse d'entrée de jeu à un spécialiste. Mais les soins intégrés tels que les souhaitent les assureurs-maladie visent surtout augmenter les frais à la charge des assurés qui n’y font pas recours et de  pouvoir choisir au sein de ces réseaux ceux avec qui ils collaborent, en application du principe de la «liberté de contracter». Pour que cette liberté soit intéressante et permette de baisser les coûts (du point de vue des assureurs), les réseaux tels que voulus par les caisses devraient être autorisés à fournir des prestations différentes. Les assurés, qui n’ont aujourd’hui le «choix» qu’entre des caisses obligées de fournir toutes les mêmes prestations, devraient alors renoncer à certaines prestations ou limiter drastiquement leur liberté de choix s’ils veulent voir leur primes baisser. Quant à ceux qui ne souhaitent ou ne peuvent pas adhérer à un réseau, par exemple parce qu’il n’y en a pas dans leur région qui corresponde à leurs besoins, ils seraient pénalisés par une augmentation de leurs primes. Les assureurs qui, bien conscients que la «concurrence» à laquelle ils se livrent aujourd’hui n’est qu’un simulacre, souhaitent «déplacer la concurrence vers les prestations». Ils obtiendraient enfin ce qu’ils recherchent depuis plusieurs années: pouvoir choisir les prestataires les moins onéreux, donc ceux qui offrent les prestations les moins étendues ou ne traitent que des patients peu coûteux. Le système suisse d'assurance-maladie se rapprocherait encore un peu plus du système (encore) en vigueur aux USA, plus concurrentiel, mais aussi (et surtout) plus cher et plus inégalitaire... Il est d'ailleurs à ce propos intéressant de constater que, plus un système de santé publique est tourné vers la concurrence, plus il est cher et plus il génère d'inégalités, ce qui bat en brèche toutes les belles théories que l'on nous assène sur la concurrence et le libre marché...

Lors de la présentation de ses revendications censées faire baisser les coûts de la santé, la faîtière des assureurs-maladie, santésuisse, s’est bien gardée de dire qu’elle a, portée par son armée de lobbyistes siégeant au Parlement, déjà obtenu gain de cause sur bien des points. Ainsi, la commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national a décidé que les assureurs seraient certes obligés de prévoir une offre de soins intégrés, mais qu’ils pourraient choisir les réseaux avec lesquels ils souhaitent contracter. A part des exigences minimales fixées par le Conseil fédéral, ces réseaux pourraient offrir des prestations différenciées, laissant les assurés dans l’incertitude quant à l’étendue réelle des prestations remboursées. Les assurés qui rejoindraient ses réseaux en seraient captifs pour trois ans au minimum (en échange d’une ristourne sur leurs primes) et ceux qui, pour continuer à bénéficier du libre choix des prestataires et du remboursement complet de leurs soins, ne les rejoindraient pas verraient leur quote-part passer à 20% au lieu de 10%. Les ingrédient d'un nouveau référendum contre la politique anti-sociale de la majorité bourgeoise sont en train d'être réunis.

22/05/2010

L'UDC rejoint le PLR dans la défense des abuseurs

Le parti de M. Blocher vient donc de tourner casaque sur l’accord Suisse-USA en faveur de l’UBS: Désormais, elle le soutient, avec les libéraux-radicaux. Que M. Blocher soit du côté des banques n’est guère étonnant, lui qui avait en son temps rêvé d’entrer au conseil d’administration de l’UBS ou qui avait soutenu son ami Martin Ebner dans ses multiples attaques spéculatives contre l’industrie. Mais il vaut la peine de se pencher sur la condition que l’UDC met à son revirement, plus surprenante quand on connaît son soutien à l’initiative «Minder» sur les rémunérations abusives: D’accord de servir la soupe aux grande banques, mais à condition qu’il n’y ait pas d’impôt sur les bonus excessifs.
Le parti d’extrême-droite prend donc clairement position en faveur des mécanismes qui ont provoqué la crise. Il apporte son soutien aux rémunérations abusives et souhaite donc que la loi de la jungle continue à régner dans le secteur bancaire. Il refuse que l’Etat, qui sera pourtant tôt ou tard appelé à nouveau pour sauver la mise des établissements à la taille disproportionnée, puisse fixer des conditions pour éviter que la crise ne recommence. Il est d’accord que les contribuables paient la note, mais souhaite laisser filer les vrais coupables, qui pourront continuer à s’enrichir de manière scandaleuse.
Une fois de plus, l’UDC fait le choix de privilégier d’une petite minorité, qui plus est une minorité aux agissements dangereux. Elle privilégie les intérêts des dirigeants de la place financière aux dépens de ceux du peuple. Fort heureusement, ce dernier aura la possibilité de désavouer la droite et de mettre le holà aux rémunérations abusives en acceptant l’initiative «Minder» et celle de la jeunesse socialiste «1 à 12».

18/05/2010

Histoires de gros sous

Les universités viennent de demander pas moins de 870 millions de francs supplémentaires pour le crédit quadriannuel 2013-2016 que les chambres fédérales seront bientôt appelées à voter. Cette augmentation doit permettre de financer une amélioration de l’encadrement et mieux soutenir la relève scientifique. A première vue, ça ressemble pas mal à des yeux plus gros que le ventre. D’aucuns ne manqueront pas de le penser. D’autres diront que les hautes écoles font preuve d’arrogance. D’autres enfin entonneront le couplet des pères-la-rigueur et brandiront, en vrac, dettes, déficit, prudence budgétaire et comptes d’apothicaire pour justifier de ne rien dépenser.
Pourtant, les hautes écoles ont raison d’insister pour être suffisamment dotées en moyens financiers. En effet, tous les crédits précédemment votés par le Parlement fédéral pour financer la formation et la recherche ont subi redimensionnements et rabottages au nom d’une rigueur budgétaire déraisonnable pour un pays dont la formation est la principale, si ce n’est l’unique matière première. Lors des deux exercices précédents, la quasi-totalité de la classe politique (à l’exception notable de l’UDC qui se fiche totalement de la formation et de la recherche) avait chanté les louanges d’une Suisse qui prend son avenir en main, mise sur sa matière grise et investit en faveur des emplois de demain. Une fois ces discours de cantine terminés, le dogme des caisses vides était revenu en force et tous les crédits avaient été, chaque année, soumis au «blocage de crédits» et avaient fondu comme neige au soleil, alors qu’ils étaient initialement insuffisants. Par exemple, en 2006, il aurait fallu augmenter les dépenses de la Confédération en matière de formation professionnelle de +8% afin qu’elle soit en mesure de tenir ses engagements découlant de la nouvelle loi sur la formation professionnelle. Or, le crédit finalement voté ne prévoyait que +6% d’augmentation, soit à peine de quoi maintenir le statu quo, malgré les énormes difficultés que connaissait et connaît encore le marché des places d’apprentissage. Adieu donc rêves d’investissements, belles promesses et perspectives d’amélioration de la situation!
La revendication des hautes écoles est donc tout à fait justifiée. Elle permet aussi de mettre les élu-e-s qui prétendent soutenir la formation devant leurs responsabilités. On ne peut pas vouloir un pays à la pointe de l’innovation sans vouloir en payer le prix.