25/01/2011

Le centre patronal commande, la droite obtempère, les contribuables trinquent

Le grand conseil vient, par surprise et suite à une opération de lobbying rondement menée par les cliniques privées, de refuser d’une courte tête d’entrer en matière sur la révision de la loi sur la planification hospitalière (LPFES). Les motifs avancés par radicaux, libéraux et UDC étaient notamment que ce projet de loi ne prévoyait pas assez d’exceptions favorables aux cliniques privées, qui lorgnent désormais sur un subventionnement public. Lors des débats en commission, il n’y avait pourtant pas eu d’opposition de principe à cette révision de la LPFES. Et aucun commissaire du centre-droit ou de l’UDC n’avait soutenu un amendement visant à créer une loi sur mesure pour les cliniques privées. En outre, lors du vote final sur le projet de loi amendé par la commission, il n’y avait pas eu une seule opposition à l’entrée en matière, tout juste quelques abstentions. Enfin, ces abstentionnistes avaient considéré avoir reçu suffisamment d’assurances du Conseil d’Etat et avaient renoncé à déposer un rapport de minorité. More...

Retournement de veste et de situation

Mais, avant les débats au plénum, l’association des cliniques privées a entrepris, sous la houlette du centre patronal, un lobbying des plus efficaces. Le centre-droit et l’UDC ont été remis à l’ordre, ont été priés de rejeter en bloc ce projet... et ont obtempéré (presque) comme un seul homme, sans la moindre considération pour le travail de leurs commissaires, qui ont d’ailleurs été bon nombre à tourner leur veste. La raison invoquée était que le projet de loi révisée ne faisait pas la part assez belle aux intérêts des cliniques privées (qui sauront certainement se montrer généreuses lors des prochaines campagnes électorales, ce qui, en l’absence de toute transparence sur le financement des partis, aura en plus l’avantage de ne pas se voir). Mais il y a une autre raison: En rejetant la révision de la LPFES, c’est à Pierre-Yves Maillard que la droite voulait s’attaquer. Elle ne supporte en effet pas l’important succès en matière de politique sociale obtenu par ce dernier avec la stratégie cantonale de lutte contre la pauvreté (rentes-ponts pour les chômeurs âgés, prestations complémentaires pour familles, combattues en référendum par le centre patronal), à tel point qu’un membre éminent du parti libéral appelait récemment dans la presse locale à «rejeter en bloc tous les projets sociaux à Maillard». Or, la révision de la LPFES, qui était un projet porté par le Conseil d’Etat dans son ensemble et donc pas uniquement par le chef socialiste du DSAS, contenait plusieurs assouplissements des conditions posées aux hôpitaux et EMS reconnus d’intérêts public. Si elle comportait plusieurs progrès intéressants, comme une limitation raisonnable de la sous-traitance, il n’en était pas moins un projet visant, suite au diktat de Berne, à instaurer plus de concurrence dans le milieu de la santé.

Qui paiera les pots cassés?

Reste à savoir à qui profite le crime. Les perdants, d’abords. Une inscription des cliniques privées sur la liste LAMAL leur donnant droit à des subventions publiques ferait deux victimes de choix: les contribuables ou les hôpitaux privés reconnus d’intérêt public (hôpitaux de zone FHV). En effet, il faudra bien payer les 70 millions de francs que coûterait cette mesure, soit par des réductions de prestations dans les hôpitaux actuellement subventionnés (un gâteau que se partagent plus de convives donne des parts moins grandes à chacun), soit par une augmentation de recettes. Parmi les gagnants potentiels, on compte les cliniques privées et leurs actionnaires, qui ne peuvent que se réjouir de la perspective de bénéficier désormais de subventions publiques. Mais il y a surtout les assureurs-maladie privés, qui n’auront plus besoin de reporter sur leurs assurés en complémentaire certains frais d’hospitalisation en clinique.

Quant aux patients et aux assurés de la LAMal, on peut encore chercher longtemps pour savoir quels avantages ils retireront de cette situation. Mais il est vrai qu’eux ne financent pas les campagnes électorales de la droite.

Commentaires

"Quant aux patients et aux assurés de la LAMal, on peut encore chercher longtemps pour savoir quels avantages ils retireront de cette situation. Mais il est vrai qu’eux ne financent pas les campagnes électorales de la droite."

Je suis un grand fan de la satyre et du second degré ;-) Mais mon porte-monnaie se souvient encore du scandale de SantéSuisse qui avait détourné en 2006 les fonds LaMal à seule fin de propagande contre la caisse unique. C'était la "bande à Couchepin" avec l'énormité des mensonges y relatifs.

A lire votre compte-rendu sur cette loi cantonale, cette détestable attitude des laquais PLR (et le reste de la droite fréquentable) au service de quelques mafieux nantis n'est pas prête de s'arrêter.

Le pire dans tout ça ? Il se trouve une large proportion de votants qui continue à faire confiance au PLR età ses clones (Verts'libs et autres PDC) alors qu'ils seront toujours perdants. Je n'ai pas de chiffre pour appuyer mes dires, mais une simple règle de trois suffi...

Cordialement
HB

Écrit par : Hannibal Barca | 25/01/2011

"Mais il est vrai qu’eux ne financent pas les campagnes électorales de la droite."

C'est vraiment très audacieux comme affirmation :o)

Écrit par : Scipion | 25/01/2011

Il est dommage que certains élus oublient qu'ils sont au service des électeurs et non de certains intérêts privés. Les pots de vin du groupe Hirslanden ont-ils un effet amnésique ?
En tant qu'électeur PRD et face à une telle démission je compte fermement remettre en question cette allégeance lors des prochaines élections.

Écrit par : gringoire | 26/01/2011

Quels bons toutous ! Ils obéissent au doigt et à l'oeil !

Et après, ça nous fait des grands discours sur le bien commun, la défense des familles, etc.. il faut vraiment être niaiseux (ou très mal informé) pour y croire.

Écrit par : Fufus | 26/01/2011

Ils sont plutôt très mal informés et...très paresseux!

Écrit par : Hakim | 26/01/2011

L'envergure des personnes se mesure à leur capacité d'apprendre de la défaite. La diatribe que vous lancez sur la majorité du Grand Conseil "vendue" à un lobby ressemble à celle d'un mauvais perdant. Elle ne respecte pas l'opinion différente de vos collègues députés qui, eux, ne se permettent pas de dire que le PS est "à la botte" du lobby des syndicats. L' honnêteté de l'analyse du résultat devrait aussi dire que certains députés de vos rangs n'ont pas voté.
La leçon de toute cette affaire est que le passage en force de projets tels que l'étatisation du monde hospitalier ou du report d'aides sociales sur le monde du travail n'est pas la meilleure manière de trouver des majorités. Cela démontre qu'il est nécessaire de réunir les intéressés pour trouver des solutions aux problèmes de société auxquels nous sommes confrontés.

Écrit par : LABOUCHERE Catherine | 27/01/2011

Le commentaire de la présidente des libéraux vaudois Mme Labouchère appelle les explications suivantes:
- Certes, il y a avait des absents à gauche et chez les verts. C'est regrettable et cela a effectivement joué un rôle dans notre défaite. Mais c'est notre problème et cela sera réglé à l'interne. Comme le font, je l'espère, les partis de droite lorsqu'ils perdent des votes serrés à cause d'absents dans leurs rangs.
- La question du lobbying est intéressante et je la connais particulièrement bien pour être moi-même lobbyiste pour l'USS. Il est certes fréquent que PS et syndicats soient du même avis. Mais il arrive qu'il y a des divergences, parfois sur des sujets d'importance, p. ex. le dernier "paquet fiscal" cantonal. Mais jamais les syndicats n'ont réuni le groupe PS entier avant une séance du grand conseil pour leur demander 1. de voter "aligné-couvert" comme ils l'exigent et, 2. de demander aux commissaires, qui ont pourtant étudié le sujet à fond et avaient plusieurs mois pour se faire une opinion fondée, de changer d'avis et de vote en quelques minutes.
-La question du financement est aussi intéressante. Dans le canton de Vaud, les syndicats ne financent pas le PS. Lorsqu'il y a des campagnes communes, chacun paie sa part et jamais les syndicats ne contribuent à une campagne sur laquelle ils n'ont pas d'influence (leurs membres ne le permettraient pas). Lorsque c'est un objet qui ne concerne pas les syndicats, ils ne font pas campagne et le PS se débrouille seul pour la financer. On ne peut pas en dire autant des cliniques privées, qui financent allègrement les campagnes de la droite vaudoise. Ce qui vaut bien un petit retournement de veste de temps à autre.
-S'il y avait eu une prise de position claire des commissaires de droite et un rapport de minorité argumenté, personne (moi y compris) n'aurait parlé de passage en force. En revanche, une intervention de dernière minute qui suffit à faire totalement changer d'avis des élus qui sont pourtant censés s'être penché avec attention sur un sujet pendant plusieurs mois, laisse entendre qu'il y a plus que de "bons arguments" en jeu.
-Dernière remarque: La prise de position du chef du groupe libéral, qui se ravit que l'on ait "giflé" un Conseiller d'Etat (ce qui, après l'inacceptable attaque contre M. Hans Fehr, n'est pas vraiment un ton digne d'un élu), montre que, pour une partie du Grand Conseil, les arguments ne jouent aucun rôle et que le seul fait qu'un projet soit issu d'un Conseiller d'Etat en particulier suffit à justifier un refus. Cela ne me semble pas très compatible avec le principe de collégialité.
Cela dit, je suis démocrate et accepte le résultat du vote du Grand Conseil. Je ne fait que regretter son déroulement, qui pose de sérieuses questions sur le fonctionnement de nos institutions. Heureusement, il apporte de l'eau au moulin de ceux qui veulent réglementer le financement des campagnes politiques, notamment les rendre plus transparentes.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 27/01/2011

Le délire de HB (Hauptbahnhof-terminus)devient inquiétant. En parlant de perdants les pronostiques concernant les chances de la gauche sont à la fois concernant et encouragent. Enfin le prix du caviar va baisser!

Écrit par : Tracasset | 29/01/2011

VOTATIONS FEDERALES | Un sondage estime que PDC, PS et Verts sont à la baisse. Le PLR est stable, l’UDC casse la baraque. L’effet de la votation expulsion?

Berne | 28.01.2011 | 22:32
Le chiffre est historique: 29,8%. L’UDC friserait les 30% aux prochaines élections fédérales. Selon le sondage réalisé, à la mi-janvier, par l’institut gfs.bern, près d’un Suisse sur trois a l’intention de voter pour l’Union démocratique du centre. Si une telle projection se réalisait pour l’UDC le 23 octobre prochain (soit 0,9% de plus que son résultat de 2007), le parti de Christoph Blocher deviendrait la formation politique la plus forte sous la Coupole fédérale depuis l’introduction du système proportionnel en 1919.
Avec 5,2% d’intention de vote, les Verts libéraux aussi affichent une progression remarquée. Le PLR est, lui, stable à 17,7% (17,7% en 2007), tandis que le PDC, le PS et les Verts perdent du terrain. Les démocrates-chrétiens sont crédités de 12,9% (soit -1,6% par rapport à 2007), le PS de 18% (–1,5%) et les Verts de 8,8% (–1%).
«Je ne suis évidemment pas très satisfait de ce résultat. Les petits partis du centre – Verts libéraux et PBD en progression – nous font une grosse concurrence», analyse Christophe Darbellay. Le président du PDC s’explique aussi la baisse de sa formation par le retard dans le lancement de sa campagne et par le contexte particulier postvotation sur les criminels étrangers. La question migratoire est désignée par les sondés comme le principal problème que doit résoudre la Suisse. «Une campagne à dix millions, cela laisse des traces», glisse Christophe Darbellay, qui prend néanmoins cet avertissement très au sérieux.
«Dans la marge d’erreur», glisse le président des Verts. S’il constate la progression des Verts libéraux, Ueli Leuenberger pense que l’électorat centre gauche reviendra au bercail une fois constaté que leur programme est plus «libéral que Vert». Et la tendance générale, Ueli Leuenberger la nuance: «Donnez-moi un million et vous verrez qu’on parlera des thèmes des Verts!»
Plus alarmiste est la réaction de Christian Levrat. Le président du PS attend un électrochoc parmi les siens: «Le temps n’est plus aux nuances de position. Nous devons faire front avec tous nos élus qui, des communes aux cantons et jusqu’au Conseil fédéral, sont très populaires et font un travail remarquable.» Car au-delà du cas du PS, c’est un glissement vers la droite libérale qu’il met en exergue. «Avec ce résultat en octobre – le PS, les Verts et le PDC affaiblis – nous n’arriverions plus à créer des majorités au National sur les thèmes de politique sociale, familiale et environnementale.»
En clair, un tel résultat en octobre, bien loin d’une variation de quelques sièges, signifierait une véritable révolution conservatrice pour la Suisse. «Quand il y a une crise économique, il est normal que l’électorat se déplace à droite», glisse le président du PLR Fulvio Pelli, réjoui de constater que «lentement, la confiance en le PLR revient».
«Ce résultat est plus une motivation qu’une récompense», quittance Yvan Perrin. Satisfait de constater que les thèmes mis en avant par l’UDC sont les bons: «Nous sommes les seuls à avoir un discours clair et perçu comme crédible sur la migration et la sécurité», analyse le vice-président de l’UDC Suisse. A neuf mois des fédérales, ces thématiques ne risquent-elles pas de s’user? «On saura remettre ces thèmes sur le devant de la scène s’il le faut. Nous savons communiquer et nous en avons les moyens. Mais la criminalité à Genève, Bâle et Zurich s’en charge pour nous.»
Résultats du sondage effectué par gfs.bern

Écrit par : poutine | 29/01/2011

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