28/05/2011

L'UDC veut de la sous-enchère salariale

Au détour d’un entretien donné au «Temps», le stratège de l’UDC M. Blocher met les cartes sur la table: Il déclare ouvertement soutenir la suppression des contrôles salariaux dont l’objectif est de lutter contre la sous-enchère. Il souhaite donc laisser libre cours aux patrons sous-enchérisseurs. Et se moque pas bien mal de la baisse des salaires que cela entraînerait. Il évoque aussi son hostilité à ce qui pourtant garantit un bon niveau salarial dans les branches qui en bénéficient: les convention collectives de travail (CCT). More...
Questionné sur les effets de l’initiative que son parti compte lancer pour dénoncer les accords bilatéraux, M. Blocher déclare sans ambigüité: «Je suis très libéral. Est-ce libéral qu’une armée de fonctionnaires opère des contrôles sur les salaires, de voir se multiplier les contrats collectifs de travail impératifs pour toutes les professions, avec pour conséquence de faire baisser les rémunérations des bons employés?» Bref, il s’oppose à ce que l’on contrôle les salaires pour déceler les cas de sous-enchère. Et qui dit absence de contrôles, dit abus non sanctionnés. Et qui dit abus non sanctionnés, dit incitation à abuser de plus en plus. Le programme de l’UDC est donc clair: supprimer les contrôles pour laisser libre cours à la sous-enchère, puis à la baisse généralisée des salaires. C’est un peu comme si on supprimait la police en espérant que cela fasse baisser la criminalité. Si le parti de M. Blocher parvenait à ses fins, le risque de sous-enchère serait donc beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui.
Mais cela ne veut pas dire que les mesures de lutte contre la sous-enchère sont actuellement suffisantes. Au contraire, la croissance des cas de sous-enchère est réelle et les partisans des bilatérales seront bien inspirés de soutenir les propositions de l’USS pour renforcer le contrôle des salaires, les sanctions contre les employeurs qui trichent et contre les maîtres d’œuvre qui ne veillent pas à ce que leur mandataires et sous-traitants respectent tous les règles en vigueur.
Quant aux commentaires de M. Blocher hostiles aux CCT, ce n’est pas son coup d’essai. Il avait naguère encouragé les entrepreneurs à dénoncer la CCT du secteur principal de la construction, au risque de semer la pagaille dans le bâtiment en faisant tomber l’unique barrière à la sous-enchère salariale dans ce secteur pourtant très menacé. Malheureusement pour lui (et heureusement pour les salariés qui bénéficient d’une CCT), la réalité des faits démontre que son appréciation est erronée: En effet, les salaires des branches qui connaissent la négociation collective et les CCT voient leur salaires augmenter plus vite que les autres branches. M. Blocher peut donc prétendre autant qu’il le veut que «les CCT font baisser les rémunération des employés», la réalité lui donne tort.
Cela dit, M. Blocher n’est pas à une contradiction près quand il avoue, quelques lignes plus loin, au sujet de l’ancien système des contingents: «C’est vrai que c’était un peu plus compliqué et bureaucratique». Il faudrait savoir.

Commentaires

Un grand merci pour la publicité permanente que vous faites à notre parti chéri ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 29/05/2011

Monsieur Dumitrescu, il n'y a pas de quoi. Je vois que vous ne vous offusquez pas lorsque l'on démontre que votre parti veut baisser les salaires. J'en déduis donc que vous le soutenez sur ce point aussi.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 29/05/2011

Il y a beaucoup de points sur lesquels je n'accorde pas mon soutien au parti ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 29/05/2011

Eh bien, soyez donc un peu plus précis: Que pensez vous du soutien de l'UDC à la baisse des salaires?

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 29/05/2011

Je pense que c'est un coup à perdre des électeurs ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 30/05/2011

Oups, à la Tour-de-Peilz le peuple à corrigé le tir!

Écrit par : Ah Bon | 30/05/2011

La Tour reste à droite pour quelques voix, c'est vrai. Tandis que les syndicatures de Rolle, Avenches, Villeneuve et Epalinges passent à gauche. Et le PS conserve les syndicatures de Ste-Croix et d'Ollon!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 30/05/2011

Votre "démonstration" n'est guère convaincante. L'ancien système des contingents comportait une surveillance des salaires pratiqués, opéré par les défuntes commissions tripartites. Vouloir restaurer ce système, c'est justement vouloir lutter contre la sous-enchère salariale et ce, dans tous les secteurs, et pas seulement, comme l'USS, dans ceux régis par des CCT.

Écrit par : Pierre Vautier | 01/06/2011

Détrompez-vous, M. Vautier. Dans l'ancien système, il n'y avait aucun moyen d'obliger formellement l'employeur à respecter régulièrement un certain niveau de salaire et aucun moyen pour l'Etat de réguler les salaires dans les branches à risques (p. ex. en édictant un Contrat-type obligatoire). En outre, si on suit l'avis de M. Blocher opposé aux CCT, on se priverait du seul moyen fiable qu'ont les partenaires sociaux pour fixer des salaires contraignants pour tout le monde. Et si l'on supprimer les mesures d'accompagnement, ce que veut l'UDC, on se privertai du moyen de fixer des salaires obligatoires dans les branches à risque sans CCT. Dernier point au sujet de l'ancien système: il était très bureaucratique et n'a en rien empêché le travail au noir, qui n'était d'ailleurs à l'époque guère punissable et peu poursuivi.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 01/06/2011

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