30/08/2011

Les autorités communales seront plus représentatives

En Suisse, la quasi-totalité des législatifs sont élus à la proportionnelle. Ce système a fait ses preuves parce qu’il garantit une représentation équilibrée des citoyennes et citoyens. Il est en phase avec notre culture du compromis et du respect des minorités. Tout parti, groupement ou mouvement de citoyens, grand ou petit, réuni autour d’un programme de société ou simplement d’un projet concret, peut avoir accès au parlement. Les électeurs savent que leur voix y sera entendue à sa juste valeur.

D’autres pays ne connaissent pas la représentation proportionnelle. En France, par exemple, l’élection des députés au système majoritaire condamne les citoyens à voir s’affronter deux grands partis et les mouvements plus petits, même s’ils peuvent réunir jusqu’à 15 ou 20% des suffrages, ne sont presque pas représentés. C’est comme si on ignorait le vote des personnes qui leur ont accordé leur suffrage.

Malheureusement, dans plusieurs grandes communes vaudoises, l’élection au système majoritaire a le même défaut: les minoritaires sont exclus du Conseil communal. Ils ne peuvent ni faire de propositions, ni avoir accès aux instruments de contrôle, comme la commission de gestion. Au système majoritaire, une liste qui obtient le score non négligeable de 30% des suffrages peut très bien se retrouver sans le moindre élu. Alors que la liste qui obtient 51% des voix à peine obtient… 100% des sièges! Une démocratie qui fait taire les minoritaires et donne un pouvoir absolu aux majoritaires n’est pas exempte de défauts.

L’élection du Conseil communal à la proportionnelle dans les communes de plus 3000 habitants garantira que tous les avis soient représentés. Dans des localités plus petites, les rapports de voisinage suffisent en général à connaître tous les candidats, et donc tous les élus. Mais, lorsque la commune grandit, ce n’est plus possible. L’élection à la proportionnelle permet alors aux citoyens de savoir pour quels projets ils votent.

Ce type d’élection n’est en outre pas synonyme de «confiscation» de la politique locale par les partis. En effet, dans la quasi-totalité des communes, grandes ou petites, qui élisent leur Conseil à la proportionnelle, il y a une ou plusieurs listes indépendantes ou sans attache partisane. Il n’est donc pas nécessaire d’adhérer à un parti pour participer à la vie civique locale. Le système majoritaire a en revanche pour effet de camoufler les attaches partisanes des élus.

Enfin, introduire l’élection à la proportionnelle dans les grandes communes n’est pas une atteinte à l’«autonomie communale», car cette dernière ne saurait justifier un manque de représentativité des autorités. Au contraire, les communes sont plus fortes que lorsque leurs autorités peuvent s’appuyer sur leur légitimité. Une décision issue d’un large débat a plus de poids que si elle a été imposée par une majorité sans contradicteur au sein du législatif.

Parce que 30% des voix doivent donner droit à 30% des sièges: le 4 septembre, OUI à plus de démocratie dans les grandes communes!

Article paru aujourd'hui dans «24 heures»

04/08/2011

Politique monétaire et coups d’épées dans l’eau

La BNS a enfin agit pour contrer la surévaluation du Franc. Il était temps, car la menace sur les emplois et les salaires commençait à se faire pressante: nombre d’entreprises ont tenté d’augmenter le temps de travail sans compensation de salaire (p. ex. Lonza), de payer le salaire de toute ou partie de leur personnel en Euros (p. ex. Von Roll Infratec) – même si c’est illégal, quand elles n’ont pas carrément procédé à des licenciements collectifs (p.ex. Sanofi-Aventis). Et les signaux d’alarme raisonnent de plus en plus fort, notamment du côté des secteurs exportateurs ou du tourisme. La spéculation sur le Franc menaçant à terme plusieurs dizaines de milliers d'emplois.

Il n’a y semble-t-il que le Conseil fédéral à ne pas s’inquiéter de la situation, étant donné qu’il compte ne rien faire du tout. Et laisser la situation se dégrader encore, en regardant, la larme à l’œil pourquoi pas! les emplois disparaître. Les partis bourgeois ont faits quelques propositions, mais qui s’apparentent plutôt à de grands coups d’épées dans l’eau. D’une part, parce que ces propositions sont aussi anciennes qu’aléatoires, voire inefficaces. Mais surtout, parce qu’elles n’auraient aucun effet sur le cours du Franc. Coups d’épée dans l’eau, elles sont donc aussi pistolet à un seul coup.

Vielles recettes… sans garanties

La droite ressort en effet ses vielles recettes pour soit disant «améliorer la compétitivité des entreprises»: flexibiliser les conditions de travail, baisser les impôts, limiter la «bureaucratie». Or, le succès de ces mesures relève du mythe idéologique, étant donné qu’aucun lien ne peut être fait entre croissance, chômage, charge fiscale et régulation du marché du travail. Ainsi, le pays de l’OCDE dont le droit du travail est le plus libéral, les USA, se coltine un taux de chômage trois fois supérieur au nôtre et d’autres pays comme les Pays-Bas, qui ont, par exemple, un salaire minimum légal, ont un taux de chômage similaire, voire plus bas qu’en Suisse.

Il faut des mesures de politique monétaire

Mais surtout, aucune de ces mesures n’aura le moindre effet sur la force du Franc. Même en admettant qu’elles permettent de sauver des emplois maintenant, le pistolet aurait tiré son seul coup et, lors de la prochaine envolée du Franc, elles n’auraient plus le moindre impact et des emplois seraient, au final, quand même perdus.

Il faut donc agir sur la monnaie elle-même et pas se contenter de pareils emplâtres sur jambes de bois. Contrairement à ce que prétendent des milieux patronaux et partis bourgeois étonnement fatalistes, la BNS peut, et doit faire plus. Elle pourrait notamment se fixer un objectif de cours, politique qui a réussi au Danemark ou en servant des intérêts négatifs, ce qui a fait ses preuves dans les années 1970. Mais la BNS n’est pas la seule à détenir les clefs de la politique monétaire. Les autorités politiques peuvent, et doivent, intervenir sur le Franc, par exemple en taxant la spéculation financière ou en mettant sur pieds un fonds d’investissements publics dans la zones Euro.