10/09/2011

Comment soutenir efficacement la formation professionnelle duale?

Le succès de la formation professionnelle duale (apprentissage en entreprise, cours théoriques à l’école professionnelle) ne se démentit pas. C’est un des éléments importants de bonne intégration des jeunes dans le monde du travail, en tout cas en comparaison internationale.

La quasi-totalité des partis qui s’expriment sur la question portent donc, à juste titre, la formation duale aux nues et souhaitent tous «le soutenir». Cet objectif est louable et nécessaire, mais toutes les propositions avancées n’auraient pas la même efficacité.

Trois voies: mépris du peuple et des réalités

L’UDC, dont les stratèges zurichois ont fait du retour à une éducation archaïque leur priorité et qui a été battue à plates coutures lors de la votation sur l’initiative «école 2010», s’apprête à lancer une initiative populaire dans le canton de Vaud pour «soutenir la formation professionnelle duale». Formation que le parti blochérien estime «menacée» (même s’il n’y a jamais eu autant d’apprentis en dual et d’entreprises formatrices dans le canton, mais bon, l’UDC nous a déjà habitué à clamer n’importe quoi sur tous les toits). La mesure phare de cette initiative sera semble-t-il le retour à une école obligatoire à trois voies séparées. Visiblement, l’UDC se moque complètement du vote des vaudois, qui ont accepté le passage à deux voies et rejeté le maintien à trois. En outre, l’UDC fait fi de l’expérience qui montre que les élèves issus de la voie la moins prestigieuse sont souvent stigmatisés à tort et ont beaucoup de peine à trouver une place de formation, non pas parce qu’ils manquent de compétence ou de motivation, mais parce que de nombreux employeurs écartent systématiquement toutes les candidatures de jeunes provenant de cette voie. Une étude du fonds national a ainsi montré clairement que les employeurs, notamment dans les PME, qui choisissent leurs apprentis selon des critères arbitraires (origine réelle ou supposée, type de scolarité) se privent des compétences des jeunes concernés et n’agissent pas dans l’intérêt de leur propre entreprise.

Les mesures vraiment efficaces

Lorsqu’on se pence sur les mesures qui permettent de soutenir réellement la formation professionnelle duale, on constate d’une part qu’il faut plutôt agir pour soutenir les entreprises formatrices et encourager les jeunes à entamer une telle formation. Et, d’autre part, que l’UDC ne soutient que rarement les mesures vraiment efficaces.

En revanche, voici quelques mesures quelques propositions pour renforcer la formation professionnelle duale que je m’engage à soutenir au niveau national, après en avoir soutenu ou initié certaines au niveau cantonal.

1. Soutien aux entreprises formatrices:

Les entreprises formatrices sont une minorité et il manque toujours beaucoup de places de formation. En effet, 11% des jeunes achèvent leur formation sans titre post-obligatoire, et, chaque année, entre 2000 et 3000 jeunes quittent l’école obligatoire sans solution. Or, si la formation professionnelle duale est en général garante d’une bonne intégration dans le monde du travail, une absence de formation mène très souvent à une mauvaise intégration, aux emplois précaires, au chômage de longue durée et à la pauvreté. Renforcer la formation professionnelle signifie aussi garantir une place d’apprentissage à chacun.

Pour augmenter les places de formation, il faut mieux soutenir les entreprises formatrices, qui ne représentent actuellement que moins de 20% des entreprises. Le fonds pour la formation professionnelle est un exemple qui a fait ses preuves, dans de nombreux cantons et branches (y compris Vaud). Ces fonds permettent de soutenir les entreprises formatrices grâce aux cotisations des entreprises qui ne forment pas et qui profitent donc des efforts des autres. Il s’agit désormais d’étendre cette bonne pratique, initiée par les syndicats et le PS, au niveau national. Nous verrons si l’UDC, qui s’y est opposée dans de nombreux cantons, allant même jusqu’à lancer un référendum (perdu) à Zurich, soutient autant les entreprises formatrices qu’elle le prétend.

Une autre piste consiste à faire de la formation d’apprentis une condition pour participer aux marchés publics. En effet, les entreprises formatrices fournissent un effort qui mérite d’être récompensé, par exemple en facilitant leur accès aux mandats publics.

2. Renforcer l'attrait de l’apprentissage dual:

Avec le recul de la démographie (il y a en effet moins de jeunes en âge d’entrer en formation post-obligatoire que jusqu’à la fin des années 2000), certaines branches manquent d’apprentis, malgré une pénurie de place de formation persistante dans d’autres. Or, il n’y a pas trente-six solutions pour que l’apprentissage soit plus attractif et que les jeunes ne lui préfèrent pas systématiquement une formation pré-académique… ou un emploi non qualifié, mais mieux payé: Il faut absolument améliorer les conditions de travail et de formation des apprentis, par exemple en les faisant bénéficier d’une convention collective de travail, comme le propose la Session des jeunes ou en leur accordant 7 semaines de vacances, comme l’exige la jeunesse syndicale. Il faut aussi augmenter leurs salaires, qui stagnent depuis de nombreuses années, par exemple en leur accordant systématiquement un 13ème salaire comme le propose la jeunesse Unia. Au niveau cantonal, l’UDC aura bientôt l’occasion de montrer qu’elle soutient vraiment la formation en acceptant ma proposition d’augmenter le pouvoir d’achat des apprentis vaudois de 120.—Fr. par an, ou si elle préfère s’en tenir à des slogans creux.

Commentaires

Je n'y connais rien en apprentissage, mais je suis d'accords avec vous, il faut encourager les entreprises qui offrent des places d'apprentissages. Il y a non seulement le temps à s'occuper des apprentis, mais parfois me semble t'il, une difficulté à faire face à des apprentis "difficiles", ce qui demande encore plus.

Une chose qui me surprend avec l'évolution des apprentissages, est le niveau demandé.
Ceux qui sont bon manuellement, mais pas scolairement ne devraient pas être pénalisés.
Il serait peut-être judicieux dans certains domaines de faire un apprentissage à 2 étages, avec un cfc et cfc+. Le premier étage consacré à la partie manuel, et un 2eme complémentaire.
Il faut que les apprentis puissent avancer sur leurs qualités et ne pas être bloqués par leurs difficultés afin que tous trouvent leur place dans la société.

Écrit par : J-Ch Binggeli | 10/09/2011

@ J-Ch Binggeli,

On peut faire à la rigueur des près-apprentissage pour les jeunes qui n'ont pas de bon résultats scolaires et qui se sentent pas vraiment prêt pour commencer une première année d'apprentissage; Mais il y a des apprentissages qui peuvent leur convenir comme peintre en bâtiment. Il n'y a rien dans ce métier de dévalorisant. C'est facile sans être facile; en tout cas pour le CFC. Il suffit de bien bosser ses cours et d'être un tantinet motivé. Quand j'ai suivit des cours de formation supérieur comme la maîtrise pour peintre en bâtiment, certain de mes collègues de cour se plaignaient que ce métier avait une réputation d'un métier pour jeunes qui était mauvais à l'école et qui choisissaient ce métier parcequ'ils ne savaient pas quoi faire d'autre. Je leur expliquais ( souvent dans le vide ) que heureusement qu'il y a des métiers accessibles pour ces personnes. Dont certains finirent par la suite à ouvrir leur propre entreprise avec une maîtrise fédéral à la clé.

Je ne suis pas d'accord souvent avec J-C S ; mais il a raison quand il dit que ceux qui n'ont pas de formation professionel ont plus de risque de tomber dans le précarité.

D.J

Écrit par : D.J | 10/09/2011

1) Ecole 2010 n'était pas du tout une initiative UDC Vos commentaires sur le sujet confirme votre méconnaissance totale du sujet, une pure vision politicienne. L'UDC n'a pas l'apanage du dire n'importe quoi, vous ne valez pas mieux. La votation sur l'école en fait l'éclatante démonstration
2) Avec ce type de votation, j'ai honte de la "démocratie" car :
- LES ENSEIGNANTS N'ONT PAS ETE CONSULTES, la procédure de consultation fut une mascarade
- ILS ONT ETE INTIMIDES AVEC DES MESSAGES DU GENRE PAS LE DROIT DE PARLER D'ECOLE 2010 A LA SALLE DES MAITRES, seuls les syndicats peuvent mettre des affiches et comme par hasard ils soutenaient cette fumeuse LEO
- VU LES MOYENS DEPENSÉS PAR LE DEPARTEMENT POUR IMPOSER cette Leo et la manière dont on vote dans ce pays c'est plutôt une timide "victoire" 52

J'aimerais vous dire ce qui va se passer, ayant moi-même à subir les affres des idéologies que vous soutenez. Les élèves de la VSO ne vont pas disparaître ils vont être dilués. En plus on va leur imposer, à ces enfants qui ont des difficultés, ( en français ou dans d'autres branches) de l'allemand et de l'anglais en plus au nom de l'égalité des chances. (Je souhaite bonne chance aux enseignants qui auront ces classes dans lesquelles un tiers quand ce n'est pas les trois-quart n'en auront rien à cirer de ces cours de langues. Du reste je te le prédis déjà, ils ne trouveront pas les profs pour cela...)
La LEO fera finalement comme au primaire avec la suppression des classes R et D, elle pénalisera les élèves qui ont le plus de difficultés.
Les navets, je suis désolé de vous le dire, dans l'affaire c'est les socialistes qui par leur idéologie égalitaire ne se rendent pas compte qu'ils produisent les effets contraires.
Je le constate tous les jours dans mes 2 classes.
Je votais à gauche désormais je rejoins le camp majoritaire des citoyens qui jettent leur matériel de vote à la poubelle !

Écrit par : Martin O | 10/09/2011

Donc si vous vouliez soutenir les apprentissages il fallait soutenir l'initiative Ecole 2010.

Écrit par : Martin O | 10/09/2011

@J-Ch. Binggeli, vous avez parfaitement raison, le niveau de certains CFC est tellement monté qu'il est devenu trop difficile pour certains jeunes. Pour contrer cette tendance a été créée l'AFP, apprentissage en deux ans, censé être à bas seuil. Malheureusement son niveau semble aussi trop élevé pour certains jeunes. C'est pour cette raison que le canton de Vaud a maintenu les "formations élémentaires" destinées aux jeunes qui ont de grosses difficultés scolaires, afin de leur permettre tout de même d'entrer en formation professionnelle et éventuellement de raccorder plus tard vers l'AFP ou le CFC. Mais nous devons rester attentifs à ce que personne ne reste sur le carreau!
@Martin O: L'UDC a fait ostensiblement campagne pour "école 2010", a financé en grande partie la campagne et son porte-drapeau le plus visible était Mme Despot, députée UDC de la ligne la plus dure. Et, ça n'est pas une coïncidence, l'UDC revient, malgré la défaite populaire, avec des propositions similaires à celles d'écoles 2010 à peine quelques semaines plus tard... Les partisans d'"école 2010" auraient eu la possibilité de se distancer de l'UDC, ils ne l'ont pas fait. Ne vous en déplaise, l'UDC a récupéré cette initiative et c'est, pour cette raison aussi, une excellente nouvelle que le peuple l'ait balayée.
Cela dit, je doute qu'école 2010 aurait amélioré la situation des apprentis. En créant des sortes de ghettos pour VSO (bâtiments séparés, suppression de la perméabilité entre les voies), cela aurait aggravé la stigmatisation dont ils font l'objet au moment de trouver des places d'apprentissage. Les employeurs qui, actuellement, n'engagent pas de VSO par principe (ils ont bien tort!), auraient continué à discriminer les jeunes issus de la troisième voie, qui auraient continué à ne pas trouver de place d'apprentissage. Je ne vois donc pas en quoi "école 2010" aurait amélioré la situation.
Maintenant, même avec la LEO acceptée par le peuple vaudois, il ne faut pas relâcher les efforts pour encourager toujours plus d'entreprises à devenir formatrices. Car, même si les jeunes quitteront l'école obligatoire mieux armés pour s'intégrer dans le monde du travail, s'il n'y a pas assez de places, il en restera toujours sur le carreau. J'espère donc que le canton continuera ses efforts pour encourager les entreprises à former et soutenir celles qui forment et font confiance aux jeunes!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 11/09/2011

Le niveau d'exigence des CFC est monté et celui de l'école a baissé et il continuera de baisser avec la LEO. Car je le répète les élèves qui ont le plus de difficultés vont disparaître comme par magie. Et en plus on va leur imposer de l'anglais et de l'allemand pour tous ! Quelle farce éducative cela va donner.
MAIS IL FAUT DE DIRE QU'ECOLE 2010 VOULAIT CREER DES GHETTOS EN SEPARANT LES VOIES. C'est faux et je ne vois pas où est le problème ! Pour l'anecdote, il y a 30 ans j'ai fait ma prim sup dans un collège où il y a avait 3 classes de prim sup. Jamais nous nous sommes sentis discriminés. Cette une invention de politicien. Ce n'est pas sur des mythes que l'on construit un système éducatif. Mais sur la réalité des faits et surtout au delà des considérations politiciennes.
1) nous sommes tous différents et ne vous en déplaise Ecole 2010 offrait des possibilités d'enseignement adaptée au mieux aux capacités des élèves.
2) la fusion VSO VSG engendrera inévitablement une baisse de niveau de cette filière car les enseignants vont se retrouver avec de grandes différences de capacité de travail et de motivation. Entre ceux qui auront râté de justesse la VSB et ceux qui allaient en VSO.
3) il est faux de dire que les employeurs n'engageaient pas de VSO, mais dans ce cas ne faudrait-il pas s'attaquer aux employeurs plutôt qu'à l'école.

Quand vous affirmez que les jeunes quitteront l'école obligatoire mieux armés avec la LEO vous me faites marrer. C'est de politique fiction et je vous invite à faire un sondage dans quelques salles des maîtres pour mesurer la vacuité d'une telle affirmation.

Écrit par : Martin O. | 11/09/2011

Et patatra!... Après LEO et école 2010, la formation duale, le duel continue!

Un duel entre partis politiques. Des partis qui se moquent complètement des élèves ou des apprentis, qui ne réfléchissent qu'en terme de politique politicienne... Et qui, en plus, s'étonnent que beaucoup de jeunes se désintéressent compètement de la politique ou pire, qui la rejettent.

L'école, qu'elle soit obligatoire ou professionnelle ne pourra être sauvée par aucune loi, mais uniquement par les enseignants*, non par des aparatchicks cantonnés dans leurs bureaux et déconnectés de la réalité.

*Encore faut-il leur en donner les moyens.

Écrit par : Baptiste Kapp | 11/09/2011

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