28/09/2011

Sus aux smart-traîtres!

Smartvote est décidément bien pratique. Cet outil qui se prétend intelligent ne permet pas seulement de classer facilement tous les candidats dans des catégories rigides (parfois pour de mauvaises raisons), il permet aussi de faire la chasse aux «traîtres». Ou en tout cas aux «dissidents en puissance» qui ont, en tout cas selon smartvote, des avis différents de celui de leur parti. C’est la nouvelle utilisation de smartvote que le vante tsrinfo.ch. A l’aide de la smartspider, on peut désormais débusquer sans beaucoup d’effort les profils qui divergent beaucoup de celui de leur parti: il suffit de superposer les toiles d’araignées et de voir, un peu au pifomètre, si ça correspond grosso-modo. Et tant pis si cela aboutit à des lapalissades telles que «PBD plutôt conservateur» voire des absurdités comme «vert-libéral hors-parti». Les candidats en question pourront donc se targuer d’être «indépendant des logiques partisanes» tout en étant conspués pour «ne pas s’en tenir à la ligne». Bref, il y en aura pour tous les goûts.

Mais la réalité est, une fois de plus, beaucoup plus subtile que smartvote, qui ne permet pas de déceler les vraies différences entre les candidats et la ligne de leur formation politique. Ainsi, la smartspider d’un candidat vert vaudois qui vote très souvent avec la droite au Grand conseil reste étrangement semblable à celle de sa liste au Conseil national. Smartvote, qui ne tient pas compte du contexte des décisions politiques, ni du vote final des élus, ne le considérera donc pas comme un élu «en marge de son parti», alors que, dans les faits, il ne vote pas toujours avec son camp, y compris lors de votes de principe gauche-droite. Ce que smartvote, qui pose des questions imprécises et hors de tout contexte, est totalement incapable de mettre en évidence. Il s’agit pourtant d’une information cruciale pour les électeurs, tant pour ceux qui privilégient l’engagement collectif et souhaite voter pour des gens en phase avec le programme de leur parti, que pour ceux qui privilégient l’indépendance d’esprit.

Il convient ici de rappeler que la politique est un engagement collectif, en particulier lors d’une élection à la proportionnelle, et qu’aucun élu ne le serait sans la force de sa liste. Dans ce contexte, les candidats qui prennent beaucoup le contre-pied des positions de leurs propres listes ne jouent guère le jeu. Mais, s’il est important de les identifier, il faut éviter de laisser à un outil aussi peu fiable que smartvote le soin de le faire. C’est plutôt aux partis de veiller à l’équilibre leur liste, aussi du point de vue des positions personnelles des candidats et de leurs éventuelles divergences avec le programme commun.

PS: J’avais répondu «plutôt oui» à la question smartvote concernant le «managed care», car le principe me semble intéressant. Vu la décision des chambres à ce sujet, je penche désormais fermement pour le «non». Si smartvote avait posé une question un tant soit peu complète (il aurait d'ailleurs fallu en poser plusieurs), cette prise position aurait été visible dans le résultat du questionnaire. Mais ce dernier est totalement statique, alors que le monde réel, lui, ne cesse d’évoluer. Dommage.

Commentaires

L'outil aurait pu être intéressant si on avait pu sélectionner les réponses de chacuns des candidats à une question précise....
Mais il est de notre temps: généraliste, fast food et sans nuances...

J'ai fait le test pour rire, j'ai sorti un profil vert....Mais vu les conneries voire des mensonges imprégnés de greenwashing à l'extrême (pardon, mais je n'ai pas d'autre mot) que racontent la majorité des candidats verts, c'est bien la dernière formation que je mettrai dans l'urne...
Récapitulons, au fond de ma corbeille à papier, il y a : sans aucune hésitation, écologie libérale suivi de très près par l'UDC, viennent ensuite les PLR, le PDC et la majorité des candidats du PS à part quelques exceptions dont vous faites partie...plus récemment, les verts qui sont ma grande désillusion....Je vais essayer le POP, jusqu'à ce qu'ils se fourvoiennt dans les conflits d'intérêts (ce que je n'espère pas...).
Ne me dites pas que je ferai partie des abstentionnistes lors des prochaines fédérales...
Mais ils sont où ces politiciens qui ont des c. et qui ont dit m. à la corruption de l'esprit et du fric?
Mort aux vaches et vive l'anarchie!!!

Écrit par : Onyva | 28/09/2011

j'ai déjà fait ce genre de test. Je me suis retrouvé centriste. Même pas libéral. Faut dire que les questions ne peuvent pas être développées. Et certaines il m'était impossible de répondre de façon tranchée. C'est ce genre de truc qui fausse le résultat. Je défend en premier les idées libérales qu'elle soit de droite ou de gauche. Smartvote est pour moi secondaire.

D.J

Écrit par : D.J | 28/09/2011

Merci à D.J. pour son commentaire: si un libéral aussi convaincu et convaincant que lui se fait classer comme "centriste", c'est bien que smartvote ne vaut pas grand'chose!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 29/09/2011

Je partage votre avis sur la manière de "formatter" les gens avec ce genre d'outils. Cela dit, c'est du même niveau que les tests pour les emplois.

Encore des experts qui catégorise les gens selon LEUR vision des choses... En sommes fait de résultat de cliché...

Écrit par : DdD | 29/09/2011

Une fois n'est pas coutume, nous sommes d'accord, DdD!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 29/09/2011

@JCS: voyez, il ne faut jamais dire jamais ;-)

Écrit par : DdD | 29/09/2011

Le plus grand problème de Smartvote, c'est, comme dit plus haut, le manque de développement sur certaines réponses. Ou aussi de pouvoir mettre "Sans idée". Mais sinon, cela donne une assez bonne image du participant. Perso, je n'ai pas été très surpris par mon "classement". Je me suis même retrouvé moins à droite que je ne le pensais. Mais quand même beaucoup plus à droite que M. Schwaab. ;-)

Écrit par : Pascal D. | 29/09/2011

Si j'ai bien compris le système. Les hommes politiques font le test d'abord.
Ensuite chacun de nous le fait et les résultats sont comparé.
Donc il n'y a pas d'erreur possible, pas de manipulation, pas de cliché. C'est la réalité.

Le problème n'est pas dans les résultats ni dans l'interprétation, mais peut être dans la fiabilité des réponses faîtes par certains hommes politiques.
(réponse non influencé par du lobbing, modération sur certain sujet, ...)


L'autre faiblesse du smartvote est, en dehors d'une "triche" possible, l'ignorance des thèmes politiques favoris des partis:

Les préoccupations vont amener le citoyen à choisir, mais pas forcément à suivre la ligne du parti soutenu, smartvote ne le montre pas. Dans l'extrême, un citoyen focalisé par l'immigration peut voter udc tout en étant vu comme un "gauchiste" par smartvote de par ses positions politiques annexes.

Écrit par : roket | 30/09/2011

L'analyse de roket est juste à première vue. Malheureusement, la réalité n'est pas aussi claire: Il est vrai qu'a priori, le résultat de smartvote est clair. On indique comment on aurait voté et on compare à ce qu'auraient voté les candidats. Mais cela ne fonctionne que la question est bien posée! Or, la plupart des questions smartvote sont posées de manière tellement vague que la comparaison n'est pas très utile pour faire son choix.
En outre, les raison d'un vote sont souvent beaucoup plus importante que le vote lui-même. En effet, il est impossible de faire le tour de tous les enjeux politiques suisses en 75 questions. Il est donc indispensable de savoir comment voteraient les candidats sur toutes les autres questions, que smartvote ne pose pas. Et, pour le savoir, il faut connaître les raisons d'un oui, ou d'un non.
Enfin, les partis, et donc leur ligne, ont une grande importance. Comme il est impossible d'être un spécialiste de tous les dossiers sur lesquels les parlementaires se prononcent (étant moi-même parlementaire, je sais de quoi je parle), chaque parlementaire doit pouvoir compter sur les spécialistes de son parti. Donc, au moment de voter, voter pour une liste donne la garantie que, quel que soient les élus, ces élus auront une position cohérente sur la plupart des sujets. Certes, il est impossible d'être toujours à 100% d'accord avec son parti, même losqu'on en est l'élu. Mais c'est indispensable d'avoir une certaine cohérence idéologique, afin que les décisions prises soient elles-aussi cohérentes et en phase avec les valeurs que l'on a affiché pendant la campagne.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 30/09/2011

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