27/11/2011

Novembre 2011: mauvais mois pour la liberté syndicale

Rarement on aura vu, au cours d’un même mois, autant d’attaques contre la liberté syndicale. Or, c’est là un droit garanti par la constitution fédérale, à son article 28, ainsi que par de nombreuses conventions internationales. Ces attaques contre la liberté syndicale, auxquelles assistons ces derniers temps, se caractérisent par leur violence et par le mépris du partenariat social dont ont fait montre leurs auteurs. Les syndicats se battront avec détermination pour que la liberté syndicale – condition sine qua non du partenariat social – soit toujours respectée.

Membres de la commission du personnel licenciés sur un prétexte bidon

Dans le canton de Vaud, Tesa et Edipresse ont montré le peu de cas qu’elles font de la négociation entre partenaires sociaux. Chez Edipresse, un membre féminin de la commission du personnel a été licencié pour «motifs économiques», en violation de la CCT. Ce cas fait suite au licenciement du président de la commission du personnel du «Tages-Anzeiger» (dont le propriétaire, Tamedia, vient de racheter les activités suisses d’Edipresse) juste avant le début de négociations sur un plan social et dont le cas est toujours pendant devant le Tribunal fédéral. Chez Tesa, deux membres de la commission du personnel ont été licenciés juste après des négociations ardues, lors desquelles la commission s’était opposée avec succès à une augmentation du temps de travail sans compensation. L’employeur a donné un prétexte bidon pour justifier le licenciement immédiat et contourner ainsi la CCT. La raison invoquée (une pétition) est non seulement fausse, mais elle ne permettrait pas de justifier légalement une telle mesure de rétorsion. De nombreux chefs d'entreprises (Novartis, Bobst) ont condamné les pratiques de Tesa, les jugeant à juste titre incompatibles avec la paix du travail et la liberté d'expression. La situation n’a, pour l’heure, par encore trouvée d’issue. Au Tessin, une entreprise industrielle a annoncé au président de la commission du personnel lors d’un rencontre dédiée aux négociations salariales annuelles… son intention de le licencier! Ces abus montrent à quel point le renforcement de la protection des délégués du personnel contre le licenciement abusif est nécessaire.

La diffamation contre la grève

Aux Hôpitaux universitaires genevois, plusieurs mouvements de grève sont en cours ou viennent de se terminer: transporteurs et transporteuses de patient(e)s, aides-soignantes, laborantin(e)s, nettoyeurs et nettoyeuses. Les grévistes protestent notamment contre la dégradation du service public due à des coupes budgétaires et le blocage des réévaluations salariales. La direction de l’hôpital, pour terroriser le personnel, jeter le discrédit sur les grévistes et imposer abusivement un «service minimum» qui n’existe dans aucune loi, a carrément prétendu dans la presse que «la grève a mis des vies humaines en danger» et déposé plainte pénale. Ces accusations erronées ne sont rien d’autre qu’une attaque en règle contre le droit de grève. Même grévistes, les salarié(e)s appliquent scrupuleusement leur éthique professionnelle et veillent à ce que leurs actions ne portent pas atteinte à la santé des patient(e)s.

Basse vengeance après le succès d’une grève

Le personnel de Barbey SA dans le canton de Vaud a, grâce à une grève en mai 2010, obtenu de nombreuses améliorations de ses conditions de travail. En outre, tous les salarié(e)s qui avaient fait valoir leurs droits devant les tribunaux ont obtenu gain de cause. Mauvaise perdante et décidément peu respectueuse des lois, l’entreprise a déposé une plainte abusive en dommages-intérêts de 3,5 millions de francs contre le syndicat Unia. Elle a en outre obtenu la condamnation pénale pour diffamation d’un secrétaire syndicale, dont les propos se basaient pourtant sur des témoignages de salarié(e)s concernés. Ces pratiques scandaleuses montrent que certains employeurs n’hésitent pas à criminaliser le mouvement syndical pour avoir les coudées franches et des salarié(e)s dociles.

Lueur d’espoir: un syndicat a le droit de dire qu’un employeur qui abuse… abuse

Heureusement, un tribunal fribourgeois a montré que le bon sens existe encore. Le Tribunal de police de la Broye a levé toute les accusations contre le syndicat et les travailleurs qui avaient dénoncé publiquement et de bonne foi les agissements clairement abusifs de l’agence de location de services OK personnel SA. Une victoire pour les libertés d’expression et syndicale.

14/11/2011

Merci, merci… et ce n’est pas fini !

Les résultats du 2ème tour de l’élection au Conseil des Etats me permettent d’entrer au Conseil national. Je tiens à remercier encore une fois toutes les électrices et tous les électeurs qui m’ont fait confiance, ainsi qu’à mon parti… et au tandem de choc Savary/Recordon! Durant les quatre ans à venir, j’aurai à cœur de continuer à m’engager pour les salariés, pour les jeunes et pour la solidarité entre les générations. J’espère défendre dignement les intérêts des vaudoises et des vaudois à Berne. Je compte d’ailleurs sur vos commentaires, vos idées, vos remarques et vos critiques: ce blog (avec mes comptes facebook et twitter) est et doit rester une plate-forme d’échange entre élus et citoyens.
Les résultats du deuxième tour permettent à mon avis de tirer quelques enseignements intéressants.

  • L’union de la gauche paie: Les électeurs socialistes, verts et de l’extrême-gauche ont joué le jeu de l’union, et ça a payé. Géraldine Savary et Luc Recordon ont été très peu biffés (2,8% de biffage sur les listes PS, 2,6% chez les verts). Malgré les différences idéologiques et stratégiques qu’il peut y avoir entre les différentes formations de la gauche plurielle (et qui sont bien normales), ces dernières montrent qu’elles savent jouer le jeu de l’unité lorsque c’est nécessaire. S’afficher unis dès le premier tour a enclenché la dynamique gagnante.
  • L’électorat PLR ne veut pas des blochériens… et les blochériens ne jouent pas le jeu de l’union à droite. Même si M. Parmelin a été parfois présenté comme «l’héritier de M. Mermoud», les électeurs du PLR ont été nombreux à s’apercevoir que tel n’est pas le cas. Par exemple, son opposition à la libre circulation des personnes montre que, comme son parti d’ailleurs, le qualificatif «agrarien» dont on l’affuble relève désormais du mythe. Conséquence: 15,7% des électeurs PLR ont biffé M. Parmelin et de nombreuses personnalités PLR avaient appelé à ne pas voter pour celui qui pourrait bientôt menacer… un siège PLR au Conseil fédéral! Et du côté de l’UDC, une bonne partie de ses électeurs ne se reconnaissent pas dans le centre-droit: 11,4% ont biffé Mme Moret.
  • Les dissensions entre PLR et UDC pourraient s’aggraver lors de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat. En effet, si certains parlaient de M. Parmelin comme étant «agrarien», plus personne n’ose employer ce qualificatif au sujet de M. Rapaz, blochérien pur sucre et qui ne s’en cache pas. Lui barrer la route le 27 novembre est d’autant plus nécessaire que la gauche, unie à nouveau, présente l’excellente candidature de la syndique de Bottens Béatrice Métraux. Là encore, de nombreuses personnalités PLR disent qu’elles ne suivront pas les consignes de leur parti et ne soutiendront pas une alliance avec l’UDC dans laquelle le PLR a tout à perdre.
  • Certains imputent les mauvais résultats de la droite à la faible participation. Il est vrai qu’elle est en baisse. Mais c’est probablement parce que les électeurs du bloc centriste ne sont pas tous allés voter au deuxième tour. Et ceux qui sont allés voter ont probablement mis un bulletin Savary/Recordon dans l’urne, ne se reconnaissant pas dans un «centre»-droit composé de la droite et de l’extrême-droite.
  • Certains imputent la mauvaise participation à la succession rapide d’élections et de votations. C’est à mon avis faire un mauvais procès aux électeurs que de les accuser de «se lasser» ou «de n'y plus rien comprendre». Au contraire, ils savent fort bien faire la différence entre une élection et une autre. Ceux qui craignent la confusion devraient plutôt se demander comment faire pour bien expliquer les différents enjeux des différentes élections qui se succèdent, au lieu de se lamenter.

04/11/2011

Echoppes de stations-service: Pourquoi une consultation si l’on ne tient pas compte de ses résultats?

L’initiative Lüscher (PLR/GE), qui réclame la libéralisation totale des horaires d'ouverture des échoppes (ou shops) de station-services, est une tranche de salami supplémentaire dans la stratégie qui vise à lever petit à petit l’interdiction de travailler la nuit et le dimanche. Ses partisans, comme toujours, tentent de minimiser son impact en prétendant qu’il ne s’agit que de «rendre service aux consommateurs» en traduisant dans la loi ce qui serait «entré dans les mœurs depuis longtemps». Mais les résultats de la consultation fédérale sur cette initiative démontrent que le front du refus est bien trop large pour qu’on puisse décemment prétendre qu’il s’agit de «simplement s’adapter à l’évolution de la société».

Parmi les opposants à la libéralisation, on trouve bien entendu les syndicats, les partis de gauche et les Églises, traditionnels défenseurs du repos nocturne et dominical. La plupart des cantons se joignent à leur refus. Mais il y a aussi les organisations de petits commerçants et des cafetiers-restaurateurs. Elles refusent ce qu’elles considèrent à juste titre comme une concurrence déloyale: en effet, selon la proposition Lüscher, les échoppes de stations-services pourraient vendre n’importe quoi à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, y compris le dimanche. Les médecins du travail, les inspecteurs et inspectrices du travail ainsi que la FMH (Fédération des médecins suisses) sont également opposés à cette libéralisation, car elle fait peser un gros risque sur la santé des travailleurs et travailleuses concernés. On sait en effet que le travail de nuit peut causer des troubles cardiaques, du sommeil, de la digestion et, c’est une étude récente qui l’affirme, peut doubler le risque de sclérose en plaque chez les jeunes. Les organisations de jeunesse et les milieux de la prévention contre les dépendances combattent aussi la proposition Lüscher, au nom de la protection contre la surconsommation de boissons alcoolisées, qui représentent une bonne partie du chiffre d’affaires nocturne de ces «shops». Enfin, des organisations environnementales craignent une augmentation des nuisances dues au trafic motorisé généré par la clientèle des stations-services.
Malheureusement, la majorité de la Commission de l’économie et des redevances (CER) du Conseil national a choisi d’ignorer purement et simplement les résultats de la consultation qu’elle avait elle-même lancée ! Elle propose au plénum d’entériner ce pas supplémentaire vers une libéralisation totale des horaires d’ouverture de tous les commerces. La prochaine tranche de salami est d’ailleurs en passe d’être coupée, car le Conseil national a déjà accepté la motion Hutter (PLR/ZH), selon laquelle les cantons pourraient, lorsqu’ils fixent les horaires d’ouverture des magasins sur leur territoire, ignorer la législation fédérale sur la protection de la santé des travailleurs et travailleuses.
Le Conseil national doit donc prendre connaissance des résultats de cette consultation, c’est-à-dire de la forte opposition manifestée, et donner la priorité à la protection de la santé et de la vie privée des travailleurs et travailleuses concernés, plutôt qu’aux profits des marchands d’essence.