15/03/2012

Les consommateurs ne veulent pas libéraliser les horaires d’ouverture des magasins

Le mythe est solide, mais il est en train de tomber: Contrairement à ce que prétendent les partisans de la dérégulation totale des heures d’ouvertures des magasins et des horaires de travail, les consommateurs ne veulent pas consommer n’importe quoi n’importe quand et sont satisfaits des horaires actuels. Le comparateur en ligne comparis vient en effet de publier une enquête qui montre que 77% des suisses ne souhaitent pas prolonger les horaires d’ouvertures (en particulier le dimanche et les jours fériés) et que 82% d’entre eux ne sont pas mécontents des horaires actuels. Plus intéressant encore: les consommateurs sont en grande majorité satisfaits des horaires même dans les cantons dont les horaires sont considérés comme restrictifs. Ces chiffres corroborent les résultats des votes populaires: les syndicats gagnent en effet 80% des votes populaires sur la question de la prolongation des horaires de travail. Il est intéressant de noter que comparis, proche des assureurs-maladie, ne saurait être classé dans le camp de la gauche syndicale. Comparis est d’ailleurs probablement bien embêté par les résultats de sa propre enquête, qui ne correspondent visiblement pas à son objectif, en témoigne le ton tendancieux et fallacieux de son communiqué.

Voilà qui met à terre les théories des patrons de la grande distribution, qui revendiquent avec une vigueur renouvelée en ce début d’année une prolongation des horaires de travail. Cette revendication n’est pas motivée par «l’intérêt des consommateurs». Elle est plutôt motivée par l’intérêt économique des grandes surfaces. En effet, il est démontré que la libéralisation des horaires leur fait gagner des parts de marché au détriment des petits commerces des villages et des quartiers, qui peuvent souvent ouvrir plus longtemps, en particulier lorsqu’il s’agit d’entreprises familiales. (Plus d'arguments contre la libéralisation des horaires de travail...).

Cela fait longtemps que les salariés se battent contre une prolongation des horaires de travail et pour contrer la «stratégie du salami» de la droite patronale pour vider petit à petit le repos dominical et nocturne de leur substance. Cette position est motivée par la protection de la santé, de la vie sociale et de la vie familiale. L’enquête de comparis confirme que les consommateurs, loin de vouloir la dégradation des conditions de travail, sont des alliés. Voilà qui est de bon augure avant les prochains débats sur les prochaines tranches de la «stratégie du salami» (initiative Lüscher pour augmenter le travail de nuit et du dimanche, motion Buttet pour augmenter le travail du dimanche, motion Hutter pour libéraliser complètement les horaires d’ouverture, divers votes populaires sur les horaires d’ouverture, notamment à Lucerne et Zürich). Les partisans de la dérégulation n’osent en effet pas attaquer le repos nocturne et dominical de front, ils procèdent donc par petites tranches, en espérant que le peuple n’y verra que du feu. Fort heureusement, il ne se laisse pas souvent berner.

Commentaires

Je pense que le consommateurs genevois ne veulent pas non plus des ouvertures prolongées des commerces le soir et le dimanche depuis qu'ils ont pris l'habitude d'aller faire leur course le dimanche en France.

De plus je vais encore me répéter. mais moi je propose que les bistrots et les restaurants ne soient plus ouvert le soir et le dimanche pour ainsi respecter le repos dominical et de la vie de famille des serveurs et des serveuses. Je ne vois pas pourquoi ce qui serait mauvais pour les travailleur des commerces ne le serait pour les travailleurs de la restauration.

D.J

D.J

Écrit par : D.J | 15/03/2012

Mais, D. J., le travail du dimanche est aussi mauvais pour la santé et la vie sociale des travailleurs de la restauration. C'est pourquoi la loi le limite strictement et pose des conditions drastiques. Les travailleurs concernés sont d'ailleurs nombreux à se plaindre de devoir trop souvent travailler le week-end et la branche a un fort taux de rotation.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 15/03/2012

En tout j'espère que vous n'allez jamais au resto le soir ou le dimanche; histoire de rester cohérent avec vos principes.

D.J

Écrit par : D.J | 15/03/2012

Au sujet de la prolongaion des heures d'ouverture des magasins, il y a une question qui n'est jamais abordée : prolonger les heures d'ouverture, c'est augmenter les frais généraux, augmentation qui sera reportée sur le prix de vente des marchandises, car les magasins ne la prendront pas à leur charge.

Écrit par : gamine | 15/03/2012

DJ, votre interprétation de "mes principes" est bien évidemment abusive. Cela dit, il va de soi que, comme l'immense majorité de la population, je ne fréquente les magasins que pendant les horaires habituels (sauf exceptions, très rares en ce qui me concerne). Par ailleurs, je n'ai jamais dit qu'il fallait interdire le travail du soir et du dimanche dans la restauration. Au contraire, là où cela répond à un besoin réel de la population, des exceptions doivent être possibles, à des conditions strictes (salaires plus élevés, compensation en temps libre, volontariat véritable). En revanche, là où il ne s'agit que de quelques consommateurs impatients et incapables d'attendre le lendemain pour se payer une pizza surgelée, pas question de sacrifier santé et vie sociale des salariés!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 16/03/2012

Plus que jamais, l'influence consumériste anglo-saxonne menace notre pays (voir phénoménes agréables et constructifs tels que le "binge-drinking" - biture express). De faire des achats une forme de LOISIR est un scandale, une aberration et finalement une perte de sens dans la consommation frénétique. Tout tout de suite, au mépris de la vie des vendeuses et des vendeurs. Que dire aux femmes (car la vente est bien souvent le travail de femmes relativement peu qualifiées, seules avec enfant de surcroît) qui seront contraintes par leur employeur de travailler le dimanche? Il y aura peut-être quelques étudiants dans les magasins, mais ils seront surtout encadrés par des hommes et des femmes pressurisés d'accepter ces horaires et privés de leur vie de famille.

Aujourd'hui en 2012, il est établi depuis les années 1960 déjà que les enfants de familles mono-parentales sont plus sujets à la délinquance, voire à la criminalité. Voici un beau projet pour disloquer la société que nous prépare Me Lüscher et consorts. Clairement, ces avocaillons sont juste intéressés à se garantir des futurs clients... et à favoriser leurs copains entrepreneurs.

Au contraire, il est important de (re)donner goût aux plaisir simples (tels qu'une promenade au bord du lac avec maman, au lieu de trainer dans la rue avec Tonio, Eric et Fatmir puisque maman remplit les rayons d'un supermarché parce que bourge ou cas social veulent un yogurth ou une chaîne hi-fi immédiatement -ou inversément) au lieu d'encourager la recherche de satisfaction dans "le shopping" de toute manière éphémère.

Écrit par : shopping insouciant | 19/03/2012

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