30/03/2012

Le peuple a été berné, economiesuisse tente de faire croire le contraire

La réforme de l’«imposition des entreprises II» se transforme petit à petit en un des plus gros scandales politico-financiers de ces dernières années. Alors qu’avant la votation (perdue de peu par la gauche) personne parmi les partisans (y compris le Conseil fédéral, pourtant auteur de la réforme) n’était capable d’estimer correctement les pertes fiscales due au principe de l’«apport en capital». Or, il s’est avéré que non seulement les pertes pourraient être colossale (47 milliards de francs!) mais qu’en plus, il ne s’agit pas de baisse d’impôt pour les PME (l’objectif de la réforme selon ses partisans), mais plutôt pour les gros actionnaires de grandes entreprises (ce qu’on toujours dit les adversaire, malheureusement sans qu’on les croie), en témoigne cette édifiante liste des bénéficiaires de la réforme, dont aucun ne peut être considéré comme «patron de PME». Il est intéressant de relever qu’il se trouve parmi eux un conseiller national UDC, patron d’une grande entreprises, qui s’est visiblement servi la soupe à lui-même lors des débats parlementaires…

Le peuple n’a donc pas voté en connaissance de cause. Ni le Conseil fédéral, ni les partisans de la réforme n’ont pu (voulu?) lui expliquer les conséquences réelles de son vote. On lui promettait une réforme qui ne coûterait rien et qui soutiendrait les PME, alors qu’elle a en réalité un coût colossal et ne profite en rien aux petites entreprises. Le tribunal a lui-même considéré que le souverain a été trompé, et ce dans la plus parfaite indifférence de parti qui, d’habitude, prétendent défendre les droits populaires. Malheureusement, même avec cette conclusion cinglante, la haute cour a refusé d’annuler ce vote manifestement irrégulier. Allez comprendre.

Heureusement, suite aux révélations sur le coût réel du cadeau fiscal, le conseil fédéral, sous pression des directeurs cantonaux des finances, est d’accord d’étudier des modifications légales pour mettre un terme à ce véritable scandale. Et voilà qu’economiesuisse, organisation qui défend les intérêts des grandes entreprises (et pas des PME), vient à la rescousse des cadeaux fiscaux en prétendant, tenez-vous bien, que la réforme a eu un effet positif sur les rentrées fiscales. Dans un billet crânement intitulé «où sont les milliards de pertes fiscales?», l’organisation met en avant l’augmentation des rentrées de l’impôt anticipé. Or, comme les montants pris en compte doivent ensuite être imposés dans le cadre de la procédure ordinaire (et une éventuelle différence en faveur du contribuable est remboursée), il se peut que les montants d’impôt réellement encaissés au final soient inférieurs à ceux récoltés au titre de l’impôt anticipé. Mais, surtout, l’augmentation avancée par n’est que de 1,2%. Soit un montant près de… 40 fois inférieur aux pertes totales probables (47 milliards). Bref un exercice de pompier fort peu convaincant, qui ne parviendra pas à occulter le fait que le peuple a été trompé lors d’un vote populaire et que les millions investis par economiesuisse pendant la campagne ont contribué à ce qu’il le soit.

25/03/2012

Financement des partis: Histoire de gros sous

Les grandes entreprises financent exclusivement les partis bourgeois. Dans l’opacité la plus totale. Et à coup de millions. Résultat: lors des campagnes de votations, la gauche et les syndicats se battent souvent à un contre dix (parfois un contre vingt). Certes, une telle débauche de moyens ne suffit pas toujours à emporter le morceau, on l’a vu par exemple lors de la campagne contre la baisse des rentes du 2ème pilier. Mais il n’en demeure pas moins que cet argent a un impact, contrairement à ce que prétendent, la bouche en cœur, ceux qui en bénéficient. J’en veux pour preuve le fait que les patrons d’entreprises et les dirigeants des milieux économiques sont, en général, des gens raisonnables qui savent gérer leur argent. Si ça ne servait à rien, ils ne jetteraient pas autant de millions par la fenêtre!

La proposition du Crédit Suisse et de la Banque Raiffeisen de désormais financer tous les partis en fonction de leur nombre d’élus soulève un émoi au sein du PS. Dont de nombreux dirigeants sont tentés d’abandonner l’indépendance du parti, quasi seul en Suisse a faire preuve d’une indépendance totale par rapport aux entreprises. Même si elle paraît alléchante (la politique coûte de plus en plus cher, surtout avec l’UDC qui fait de la surenchère à coup de moyens illimités à l’origine douteuse) et propre à ne pas menacer l’indépendance du parti (CS et Raiffeisen proposent de donner à tout le monde selon des critères prétendument transparents), elle n’en demeure à mon avis pas moins inacceptable. Voici les raisons qui me pousseront à refuser cette «manne» lorsque le congrès du parti se prononcera (eh oui, au PS, ces décisions cruciales se prennent de manière démocratique, tous les partis ne peuvent pas en dire autant) :

  1. Qui paie commande. Cet adage n’a l’air de rien, mais il très pertinent en politique. Personne ne distribue autant d’argent sans espérer une contrepartie. Ce constat relève du simple bon sens. Ainsi, même s’ils s’en défendent, les partis bourgeois agissent systématiquement dans l’intérêt de leurs bailleurs de fonds. Qu’on se remémore par exemple le navrant exemple de la planification hospitalière vaudoise, où l’on a vu des élus bourgeois venir à la tribune tenir des propose inverses de ceux qu’ils avaient tenus en commission, et surtout, changer leur vote, car entre-temps, les cliniques privées, qui financent leurs campagnes, étaient intervenues.
  2. L’argent crée la dépendance. Accepter de recevoir un montant d’un sponsor, c’est se mettre par avance dans une situation difficile si le sponsor venait à retirer ses billes… ou à les assortir de nouvelles conditions. Imaginons la dilemme d’un parti qui doit soit licencier du personnel et renoncer à une campagne qui lui tient à cœur, ou alors se plier aux nouvelles conditions d’un bailleur de fonds qui, tout d’un coup exige que les bénéficiaires de son «don» serve ses intérêts… La contrepartie au don peut arriver avec du retard, mais elle finit toujours par arriver!
  3. Cela ne change rien que l’argent vienne d’une coopérative (ce qu’est la Raiffeisen). Certes, les socialistes, partisans de la démocratisation de l’économie, soutiennent les coopératives et souhaitent encourager la création de ce type d’entreprises. Mais le fait d’être une coopérative ne suffit pas à faire une entreprise vraiment sociale. J’en veux pour preuve le comportement antisocial et hostile au partenariat social de la Migros, coopérative des plus connues. Soutenir les coopératives ne veut pas forcément dire accepter leurs dons.
  4. L’indépendance est une des grandes forces du PS. Lors des campagnes précédentes, les socialistes ont pu convaincre de nombreux électeurs de les soutenir, justement grâce à notre indépendances face aux branques, aux assurances-maladie, aux assureurs-vie, aux cliniques privées et autres partisans des libéralisations, dérégulations et autres privatisations. Toucher de l’argent, même s’il est distribué à tout le monde et selon des critères transparents pourrait nous faire perdre un argument de poids et une bonne partie de notre crédibilité politique. C’est d’ailleurs probablement l’objectif des banques: En donnant à tous, elles souhaitent surtout faire en sorte que le PS cesse d’être le seul à refuser leurs largesses!
  5. Des dons transparents n’excluent pas d’autres dons, moins transparents. Si CS et la Raiffeisen souhaitent donner à tous les partis, rien n’exclut qu’elles ne continueront pas, en parallèle, à abreuver les partis bourgeois sous le manteau. Ces «dons» ne sont donc pas une garantie que les scandales du financement opaque des partis bourgeois cesse définitivement.
  6. C’est surtout accepter l’argent qui est problématique. Certains ont avancé, que, puisque les banques souhaitent désormais donner à tout le monde, il serait dorénvant abusif de prétendre que «les banques ne financent que les partis bourgeois». Or, si le PS refuse ce don, cette situation ne changera pas. En effet, le PS ayant refusé le don, seuls les partis bourgeois continueront à être financé par les banques (et à leur être étroitement liés). Que les banques aient tenté de donner au PS n’y changera rien, du moment que ce dernier n’accepte pas le don.
  7. La vraie solution, c’est la transparence totale et la réglementation du financement de la politique, en particulier la fixation de limites des montants pouvant être donnés aux partis et investis dans des campagnes. La Suisse est régulièrement mise à l’index des organisations qui luttent contre la corruption, car elle est un des rares pays dits développés à ne pas règlementer le financement des partis et des campagnes. Et les problèmes commencent à devenir difficiles à gérer: L’UDC peut faire campagne à coup de dizaines de millions investis à fonds perdus par des «donateurs» anonymes, qui, si on considère qu’ils on parfois besoin de transporter l’argent en liquide dans des valises, ont certainement quelque chose à se reprocher. Nous ne sommes pas très loin d’une situation à l’américaine, où seuls ceux qui sont capables de lever des millions de dollars peuvent faire campagne. Grâce aux «super PACS», le financement des campagnes est en outre totalement opaque. Une sorte de suffrage censitaire s’installe: celui qui n’est pas multimillionnaire et n’a pas de liens étroits avec des mécènes encore plus riches n’a aucune chance d’être élu. Voulons-nous vraiment cette forme de «démocratie»?

 

15/03/2012

Les consommateurs ne veulent pas libéraliser les horaires d’ouverture des magasins

Le mythe est solide, mais il est en train de tomber: Contrairement à ce que prétendent les partisans de la dérégulation totale des heures d’ouvertures des magasins et des horaires de travail, les consommateurs ne veulent pas consommer n’importe quoi n’importe quand et sont satisfaits des horaires actuels. Le comparateur en ligne comparis vient en effet de publier une enquête qui montre que 77% des suisses ne souhaitent pas prolonger les horaires d’ouvertures (en particulier le dimanche et les jours fériés) et que 82% d’entre eux ne sont pas mécontents des horaires actuels. Plus intéressant encore: les consommateurs sont en grande majorité satisfaits des horaires même dans les cantons dont les horaires sont considérés comme restrictifs. Ces chiffres corroborent les résultats des votes populaires: les syndicats gagnent en effet 80% des votes populaires sur la question de la prolongation des horaires de travail. Il est intéressant de noter que comparis, proche des assureurs-maladie, ne saurait être classé dans le camp de la gauche syndicale. Comparis est d’ailleurs probablement bien embêté par les résultats de sa propre enquête, qui ne correspondent visiblement pas à son objectif, en témoigne le ton tendancieux et fallacieux de son communiqué.

Voilà qui met à terre les théories des patrons de la grande distribution, qui revendiquent avec une vigueur renouvelée en ce début d’année une prolongation des horaires de travail. Cette revendication n’est pas motivée par «l’intérêt des consommateurs». Elle est plutôt motivée par l’intérêt économique des grandes surfaces. En effet, il est démontré que la libéralisation des horaires leur fait gagner des parts de marché au détriment des petits commerces des villages et des quartiers, qui peuvent souvent ouvrir plus longtemps, en particulier lorsqu’il s’agit d’entreprises familiales. (Plus d'arguments contre la libéralisation des horaires de travail...).

Cela fait longtemps que les salariés se battent contre une prolongation des horaires de travail et pour contrer la «stratégie du salami» de la droite patronale pour vider petit à petit le repos dominical et nocturne de leur substance. Cette position est motivée par la protection de la santé, de la vie sociale et de la vie familiale. L’enquête de comparis confirme que les consommateurs, loin de vouloir la dégradation des conditions de travail, sont des alliés. Voilà qui est de bon augure avant les prochains débats sur les prochaines tranches de la «stratégie du salami» (initiative Lüscher pour augmenter le travail de nuit et du dimanche, motion Buttet pour augmenter le travail du dimanche, motion Hutter pour libéraliser complètement les horaires d’ouverture, divers votes populaires sur les horaires d’ouverture, notamment à Lucerne et Zürich). Les partisans de la dérégulation n’osent en effet pas attaquer le repos nocturne et dominical de front, ils procèdent donc par petites tranches, en espérant que le peuple n’y verra que du feu. Fort heureusement, il ne se laisse pas souvent berner.