14/11/2012

Offensive du PLR contre la formation

«Notre matière première la plus précieuse est le savoir de nos salariés. Il est important d’investir dans la formation de nos enfants pour leur assurer de bons emplois dans le futur. Le système de formation doit s’améliorer continuellement. Les universités de pointe ainsi que le système dual de formation professionnelle ne s’excluent pas – ils sont nécessaires et complémentaires à notre économie». Voici comment commence le chapitre 2.4. du programme du PLR consacré à l’emploi, qui s’intitule «Investir dans la formation pour assurer des emplois». Waouh. C’est beau. Mais quand on compare avec les récentes propositions concrètes du PLR en matière de formation, ces belles paroles sont plus proches du prêchi-prêcha.

Ainsi, le conseiller fédéral PLR en charge de l’économie et bientôt de la formation a sonné la charge contre la démocratisation de l’accès à la maturité, estimant que son accès devait être plus sélectif. Et tant pis si cela réserve la formation supérieure aux enfants des milieux aisés. Quant aux jeunes PLR, ils font des propositions pour aggraver encore un peu plus la sélection sociale à l’entrée des études supérieures en proposant d’abolir les bourses d’études pour les remplacer par des prêts. Comme si l’endettement des jeunes n’était pas un problème. Parallèlement, ils demandent une augmentation des taxes d’études, histoire d’être vraiment sûr qu’il n’y ait que des jeunes nantis dans les hautes écoles. Bref, ça ressemble plus à de l’élitisme qu’à des «investissements dans la formation de nos enfants». A moins que, dans le programme du PLR, il faille comprendre «nos» enfants de manière littérale.

T’as pas d’sous? T’auras pas de diplôme!

Les PLR fossoyeurs de l’égalité des chances et de la formation pour tous tentent tout de même d’argumenter un peu leurs positions. Le conseiller fédéral prétend, lui, que c’est à cause du plus fort taux de maturité en Suisse romande que le taux de chômage y serait plus fort. Bien qu’aucune étude sérieuse n’ait pu faire de lien entre ces deux constats. Cela camoufle donc assez mal une vision élitiste plus libérale que radicale qui souhaite réserver le gymnase et les études académiques à une petite minorité aussi nantie que cultivée, laissant aux autres l’apprentissage. Or, ce constat est méprisant pour l’apprentissage. Il est aussi méprisant pour les couches sociales moins bien loties, dont les enfants devraient aussi avoir le droit de choisir n’importe quelle formation, indépendamment du porte-monnaie de leurs parents. Car la sélection scolaire a toujours un effet de ségrégation sociale: les «meilleurs» élèves, ceux qui passent au travers de la sélection, sont aussi essentiellement ceux dont les parents sont les plus riches. Bloquer l’accès à la maturité aurait donc pour effet d’aggraver les inégalités sociales. Tout en aggravant la pénurie de main d’œuvre qualifiée: Car oui, M. Schneider-Amman, notre économie a aussi besoin de forces de travail formées dans les hautes écoles. Ce ne sont pas les branches qui souffrent de pénurie d’ingénieurs ou de médecins qui contrediront.

Tu veux un diplôme? T’auras des dettes!

En matière d’entrave à l’égalité des chances, les jeunes PLR ne sont pas en reste. Sous prétexte, pour reprendre les propos de leur co-président, de «combattre les injustices générées par les bourses» (pardon?), ils proposent de les remplacer par des prêts. En matière d’encouragement de la formation supérieure, on a vu mieux: ainsi, l’Allemagne avait, entre 1983 et 1990, sciemment remplacé les bourses par des prêts dans l’objectif… de diminuer le nombre d’étudiants. Soit l’effet inverse des belles intentions du PLR. Si les JLR arrivent à leurs fins, celui qui souhaite acquérir cette «matière première précieuse» qu’est le savoir mais dont la famille n’a pas assez de ressources devra s’endetter à hauteur de plusieurs milliers de francs. Si ce n’est dizaines de milliers. Ou renoncer aux études supérieures. A n’en pas douter, beaucoup choisiront la deuxième solution, ruinant les beaux espoirs du PLR, qui devra bien admettre que la formation, ça n’est pas vraiment pour tous «nos enfants». Quant à ceux qui choisiront l’endettement, ils auront, par exemple, bien du mal à créer une entreprise une fois leurs études achevées (qui prêterait à quelqu’un déjà criblé de dettes?). Et viendront rejoindre les rangs des jeunes surendettés, problèmes déjà suffisamment aigu dans notre pays pour qu’on évite qu’il devienne aussi critique qu’aux USA, où la dette étudiante atteint 1'000 milliards de dollars! Mais peut-être que les jeunes PLR souhaitent que la Suisse crée, elle aussi, une nouvelle catégorie de «subprimes»… Ils oublient enfin que la gestion de prêts génère une énorme bureaucratie, mais l’échec de l’initiative du PLR sur ce sujet a peut-être modifié ses priorités.

Vous trouvez la formation trop chère? Essayez l’ignorance!

Ces positions plus libérales que radicales oublient deux choses: Premièrement, lorsque l’Etat investit dans la formation, c’est rentable, un franc investit en rapportant au moins deux. John F. Kennedy disait d’ailleurs: «Il n’y a qu’une chose plus chère que la formation: pas de formation». Des mesures d’économies sont donc non seulement inutiles, mais aussi nuisibles à terme pour notre pays et son économie. Deuxièmement, les personnes qui bénéficient d’un meilleur salaire grâce aux investissements de l’Etat en faveur de leur formation (que ce soit par la mise à disposition d’une formation gratuite ou de mesures de soutien comme les bourses) «remboursent» cet investissement en payant plus d’impôts, grâce à la progressivité de l’impôt direct. Point n’est donc besoin d’accabler de dettes les jeunes qui contribuent, en se formant, à la richesse future de la Suisse.

Commentaires

Excellente démonstration, toute la veulerie et le cynisme du PLR, le parti à la solde des riches, des parasites, des profiteurs et des nantis, démontrés avec intelligence et talent.

BRAVO!

Écrit par : Rousseau | 15/11/2012

Quiconque a ou connaît des enfants à l'école obligatoire ne peut que constater plutôt l'entreprise de démolition que se livre le PSS à son encontre depuis de nombreuses années, pour le plus grand préjudice des classes défavorisées (qui ne peuvent pallier la baisse massive de niveau).
Les conséquences sont bien entendu catastrophiques: dénigrement de la voie de l'apprentissage, au profit d'études "supérieures" sans but ni motivation, la source d'une grosse partie des problèmes financiers de cette voie! Il suffit de voir l'état de nos voisins du sud (Espagne, Portugal, Italie), plus "avancés" que nous. D'ailleurs, l'Espagne, avec plus de 40% de chômage des jeunes, revient en arrière et s'intéresse à la formation duale (voie "arriérée" selon les idéologues du PSS) telle qu'on la pratique en Allemagne et... en Suisse.
Mais il est vrai qu'en matière d'enseignement et de formation (cf. français et maths "rénovés"), nous sommes excellents pour introduire des réformes alors qu'elles ont déjà fait la preuve de leurs résultats désastreux chez nos voisins...

Écrit par : zamm | 16/11/2012

zamm, vos invectives montrent que vous ne connaissez visiblement pas grand'chose, ni au sujet qui nous occupe, ni aux positions du PS. En effet, si vous suiviez un tant soit peu, vous vous seriez aperçu que le PS défend la formation duale depuis longtemps, que ce soit en co-lançant une initiative fédérale pour encourager l'apprentissage ou en renforçant le soutien aux entreprises formatrices lors de la révision de la loi cantonale vaudoise sur la formation professionnelle. Je vous renvoie aux nombreux billets que j'ai publié sur ce sujet.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 16/11/2012

@Zamm,sans doute existe t'il deux sortes de socialistes,les bons comme les mauvais pour reprendre le commentaire de la part de Monsieur Schwabb.Mais je suis de votre avis et cela surtout depuis qu'il y a des femmes en politique.Ceux n'ayant pas des oeillère avaient prédit qu'elles se méleraient de tout excepté de ce qu'il faudrait.On a la preuve chez nous avec le durable dans les déchets comme des containers qui prennent l'eau.Alors en effet durablement des sources seront contaminées.Mais n'avait-on pas prédit aussi cette future catastrophe qui durablement aussi coutera plus cher encore que de bruler tout simplement ce qui sera de toutes manières.
Parceque je sais pas si comme d'autres vous n'avez pas senti les nombreuses arnaques pour sauver l'univers depuis qu'il y des femmes en politique et ce au détriment des humains bien entendu mais tout de même rentables. Il suffit de savoir les nombreuses baleines qui devaient être sauvées grâce aux dons ,auxquelles on s'empressa grâce à cet argent donné de poser des balises pour développer des GPS et autres bracelets électroniques pour prisonniers sortis des géoles mais à controler de très près.
La nature a bon dos et les enfants du futur jugeront de l'incapacité de leurs anciens alors que nous pouvons avec fierté les mettre encore sur un piédestal
Les baleines ont payé un lourd sacrifice pour rendre service à la science et non pour nourrir des populations ,tout comme beaucoup d'enfants à une certaine époque c'est pas nécessaire de continuer à se laisser manipuler sans réagir vivement tout en raisonnant comme des humains capables de discernement et qui ne se laissent pas bêtement prendre au piège d'animaux soi disant maltraités même pas ceux qui demandent de l'argent mais qui grâce à certaines femmes en politique ont compris tous les avantages qu'ils en retireraient

Écrit par : lovsmeralda | 16/11/2012

Quand aux étudiants bien entendu qu'il en faut.Mais une chose est certaine il faut les avertir qu'avant d'avoir prouvé leur efficacité une fois sortis de l'Uni ils ne pourront prétendre à un salaire de patron.C'est là que le bât blesse.Car une fois sortis du cocon universitaire ils se retrouveront plongés dans une univers qui les dépasse complètement.Et ce d'autant s'ils ont des parents âgés /50-60 ans /qui comptent comme c'est trop souvent le cas sur eux pour les entretenir.
Encore une idées socialiste car trop couver l'enfant n'en fait pas un adulte capable de discernement autre que celui de potentats qui feront pression sur lui pour mieux l'endoctriner et aller ou il n'a pas forcément envie comme un gentil petit mouton,mais c'est aussi un des buts des écoles privées

Écrit par : lovsmeralda | 16/11/2012

La belle affaire ! C'est bien la gauche qui est la cause de l'affaiblissement du niveau scolaire vaudois (ce n'est pas en baissant les exigences pour que les plus "nuls" obtiennent un papier qu'on augmente le niveau général, mais en poussant les meilleurs vers le haut !). Et c'est aussi la gauche, par sa main droite, qui soutient l'apprentissage, mais qui, par sa main gauche, aimerait que tout le monde fasse des études universitaires.

Ce que dit M. Schneider-Ammann est juste. Il faut arrêter de pousser tous les jeunes à la Matu. Tout le monde n'en a pas les capacités. Et il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour voir l'ineptie de ce genre de raisonnement.

Voyez donc la France : On est passé de 20 % de bacheliers en 1970 (avec un taux de réussite de 67 %) à 67 % de bacheliers en 2009 (taux de réussite : 88.9 %!!!!). Et pour quel résultat ? 3.5 % de chômage en 1975 contre 8.5 aujourd'hui ! Et ne venez pas me dire que ce n'est pas lié. Un bachelier ne voudra pas aller bosser comme "technicien de surface" ou comme cantonnier (ou doit-on dire "employé d'édilité" pour rester dans le politiquement correct ?) parce que "quand même, j'ai un bac !".

La politique française du "tout le monde doit avoir son bac" est un échec complet, le bac ne valant plus rien. Il ne faut pas que la Suisse suive cette même voie, mais qu'elle continue dans la voie de l'apprentissage dual. Il est bien temps après, pour ceux qui en ont les capacités et la volonté, de rejoindre les bancs d'école pour passer leur brevet ou maîtrise.

Si je suis assez d'accord avec vous concernant le remplacement des bourses par des prêts, pour le reste, vous êtes à côté de la plaque. Quant à votre dernier paragraphe, il prête joliment à sourire vu que, comme je l'ai dit plus haut, c'est bien la gauche, qui sous prétexte d'égalité des chances, préfère baisser le niveau demandé aux écoliers afin que les plus "nuls" obtiennent un papier plutôt que de pousser à l'excellence les bons éléments.

Écrit par : Pascal D | 16/11/2012

@J.-C. Schwaab. Non, malheureusement pas des invectives - des constatations. Je vous réfère au billet récent de M. Valentin Müller, que j'approuve pleinement:
http://blogdevalentinmuller.blog.24heures.ch/archive/2012/09/30/exigences-de-l-ecole-vaudoise-du-soucis-a-se-faire.html

Parlons un peu de votre initiative sur l'apprentissage:
http://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis284t.html
Un des buts est de garantir une "formation de qualité". J'espère que vous êtes conscient qu'une interprétation honnête, en cas d'acceptation, entraînerait l'abrogation immédiate de la LEO, devenue anticonstitutionnelle car totalement incompatible avec cet objectif :-)
Autre but: "garantir une offre suffisante en matière de formation professionnelle". Avec vos propositions (13e salaire, 7e semaine de vacances), combinées avec VOTRE interprétation probable de l'initiative (formateurs harcelés par une armée de bureaucrates) et les ravages "accomplis" par Mme Lyon & consorts sur l'école obligatoire, je vois quelques problèmes à trouver des vocations de maître d'apprentissage - il y a des limites au masochisme…

Vous avez parfaitement raison de dénoncer la dérive mercantiliste du PLR, mais, de grâce, revenez à vos valeurs fondamentales! Y a-t-il encore des socialistes au PS?

Écrit par : zamm | 17/11/2012

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