15/04/2015

La BNS doit vraiment défendre l’intérêt général du pays

Le Conseil fédéral a aujourd’hui décidé de ne rien décider à propos de la surévaluation du Franc, qui s’est encore aggravée ces jours derniers. Pourtant, l’abandon du taux plancher par la BNS est une double violation de ses devoirs constitutionnels et légaux. Selon l’art. 99 al. 2 de la Constitution fédérale, le BNS doit en effet mener « une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays ». Vus les dégâts qu’est en train de provoquer la surévaluation du franc, on peut douter que l’intérêt général ait été respecté. En outre, selon l’art. 5 al. 1er 2ème phrase LBN, la BNS doit assurer « la stabilité des prix ». Là encore, vues les tendances déflationnistes que nous devons affronter, on peut aussi douter que la Banque nationale ait rempli ce mandat. Quoi qu’il en soit, le mandat légal de la BNS est incomplet ; il se limite au simple rôle que les monétariste confient à une banque centrale, celle de protéger les intérêts des investisseurs en limitant l’inflation (considérée comme le Mal Absolu), et ce quel qu’en soit le prix, et tant pis si c’est au détriment de l’économie « réelle » en particulier des travailleurs. Voilà une vision pour le moins étroite de « intérêts généraux du pays ». Dans le cadre du débat sur la surévaluation du Franc, le groupe socialiste a fait plusieurs propositions pour préciser les règles institutionnelles qui encadrent la BNS. En effet, il est pour le moins choquant qu’un aréopage de trois personnes, si compétentes soient-elles, puissent prendre des décisions qui ont un tel impact sur l’économie de tout un pays sans avoir de comptes à rendre. Parmi les propositions faites par le PS, il y a la publication des procès-verbaux du directoire de la BNS (déposée par Susanne Leutenegger-Oberholzer). Il y a aussi deux propositions pour compléter le mandat légal de la BNS : Mathias Aebischer propose que la politique monétaire de la BNS vise aussi à assurer le plein emploi (c’est p. ex. le cas de la Reserve Fédérale des USA) et ne se limite donc pas à la seule défense des intérêts des spéculateurs.

Quant à moi, j’ai déposé une initiative parlementaire pour que la politique de la BNS vise à garantir la parité du pouvoir d’achat. Il est en effet fort curieux que la politique des taux de change, en particulier leur stabilité et la parité du pouvoir d'achat, ne fasse pas expressément partie des obligations qui sont assignées à la BNS. Comme le montrent ces deux graphiques, la surévaluation du Franc est importante par rapport à un taux de change qui respecte la parité du pouvoir d’achat :

Cours CHF-EUR parité du pouvoir d'achat 2013 (source: USS)
Cours CHF-EUR parité du pouvoir d'achat 2013 (source: USS)
Surévaluation estimée du Franc par rapport à l'Euro (en %; source: USS)
Surévaluation estimée du Franc par rapport à l'Euro (en %; source: USS)

 

Sans stabilité monétaire, l’avenir de notre place économique est compromis, ce qui n’est certainement pas dans l’intérêt général du pays. Face à des taux de change très variables et qui ne respectent en rien la parité du pouvoir d’achat, bon nombre de nos entreprises risquent de perdre toute possibilité de planifier leurs coûts de production et leurs prix. Elles risquent fort de perdre des parts de marché. A terme, elles pourraient renoncer à investir dans leurs capacités de production en Suisse ou de délocaliser les capacités existantes. Les conséquences sur le marché de l'emploi ne pourront qu'être négatives.

 

Et l’indépendance de la BNS dans tout ça ?

Les débat sur la surévaluation du Franc ont en tout cas montré un chose : en matière de politique monétaire, une bonne partie de la classe politique ne fait que répéter à l’envi le mantra de « l’indépendance de la Banque nationale ». Peut-être est-ce pour éviter de prendre ses responsabilités en laissant la BNS se débrouiller… Mais quoi qu’il en soit, même si l’indépendance de la BNS ne saurait être absolue et peut être remise en question, ma proposition ne la remet pas en cause. Elle ne fait que préciser son mandat constitutionnel, tout en la laissant libre du choix des instruments qui lui permettront d’atteindre ses objectifs.

 

Commentaires

Vous dites que la BNS doit stabiliser les prix et trois ligne plus bas vous trouvez anormal de limiter l'inflation?

Il y a quelque chose qui ne tourne vraiment pas rond dans vos raisonnements.

D.J

Écrit par : D.J | 15/04/2015

L'erreur, c'était de vouloir imposer ce taux de 1 euro pour 1 franc 20 il y a quelques années. C'était une prime à l'exportation pour l'industrie suisse, cela a totalement biaisé le marché et cela a des conséquences très néfastes à la sortie. La Suisse doit maintenant suivre un régime sévère pour s'être gonflée de mauvais cholestérol et les régimes ne sont agréables pour personne. Au delà de ça, on est dans le bla-bla acratopège...

Écrit par : Géo | 15/04/2015

Vous vous trompez de combat en vous attaquant à la BNS.

La Suisse est trop petite pour influer les marchés. Seules la Fed et la BCE, lorsqu'elle le veut, peuvent le faire. La BNS ne peut que se casser les dents.

Vous pourrez apporter les précisions constitutionnelles que vous voulez, la BNS n'aura jamais d'autre choix, in fine, que de s'ajuster aux conditions monétaires internationales. Et là-dessus, vous pouvez toujours disserter, la Suisse n'a pas le poids pour imposer des vues interventionnistes, même si vous convainquiez le parlement de vous suivre.

En revanche, les syndicats ont leur rôle à jouer pour éviter que les entreprises ne saisissent les mauvais arguments pour augmenter abusivement les horaires, baisser les salaires, délocaliser.

Écrit par : R. Affoltern | 16/04/2015

"La Suisse est trop petite pour influer les marchés. Seules la Fed et la BCE, lorsqu'elle le veut, peuvent le faire. La BNS ne peut que se casser les dents. " Avec ce genre de raisonnement, M. Affoltern, autant abandonner toute idée de souveraineté et abandonner le Franc pour rejoindre l'Euro ou adopter le Dollar US. A mon avis, la BNS a le poids et les moyens d'une politique monétaire indépendante. Elle l'a d'ailleurs démontré en maintenant un taux plancher (déclaré ou pas) pendant 40 ans. En tant que banque centrale, la BNS peut sans problème créer autant de francs que nécessaire pour en empêcher l'appréciation. D'autres pays, parfois plus petits que la Suisse (Danemark, Singapour), font de même et y arrivent très bien.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 16/04/2015

Monsieur Schwaab vous n'avez pas tout faux cependant sans doute est-il plus facile de faire des reproches aux banques plutôt qu'intervenir auprès des Call Centers qui harcèlent en continu de nombreux citoyens consommateurs
Le jour ou un parti arrivera à endiguer cette gangrène sachez que ce jour là il obtiendra de nombreuses voix de la par de citoyens de plus en plus dégoutés d'assister à ce qu'il faut nommer un je m'en fichisme complet de la part de la Confédération
Pour autant que ce parti ne soit pas gauchiste il vaut mieux prévenir comme dit l'adage /rire
Et si de nombreux commentaires peuvent parfois paraître agressifs ne cherchez plus c'est le harcèlement en continu qui en est la cause
Excusez ma franchise,il fallait que ce soit écrit par quelqu'un qui ose dire tout haut ce que beaucoup ne peuvent par timidité ou n'ayant plus l'envie de réagir car complètement désabusés de la classe politique
Très bonne soirée pour vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 16/04/2015

@Jean Christophe Schwaab

"autant abandonner toute idée de souveraineté et abandonner le Franc pour rejoindre l'Euro"

Je suis surpris de cet argument UDC, venant de vous. La souveraineté est toujours relative. Elle ne s'exerce que dans la marge de manœuvre qui est laissée à tel ou tel acteur. Le système monétaire international est ainsi: la Fed domine, la BCE se cherche encore (jeune institution) et les autres suivent ou sont forcés de suivre. La Chine viendra se glisser un jour au milieu. Les forces du marché font qu'il n'est pas possible d'aller à contre-courant sur la durée. La BNS l'a expérimenté douloureusement.

Le Danemark a connu les mêmes problèmes que la Suisse avec sa monnaie. Et ce pays est membre de l'UE. Les deux pays ne sont pas comparables. Singapour encore moins.

Encore une fois, les solutions ne sont pas à chercher du côté de la BNS. La Suisse a tout à fait les moyens de s'adapter à une monnaie forte, sans couler la BNS ET sans démanteler le filet social. Concentrez-vous sur ce dernier point, c'est celui qui est le plus menacé actuellement.

Écrit par : R. Affoltern | 17/04/2015

Cher M. Affoltern, vous vous en doutez, je n'ai pas du tout la volonté d'abandonner la souveraineté. Au contraire, en défendant une action vigoureuse de la BNS, je veille à ce que notre pays exerce réellement sa souveraineté (contrairement à l'UDC qui a été la première à applaudir l'abandon du taux plancher), une souveraineté dont la BNS a les moyens. Je ne vois pas en quoi elle aurait fait l'expérience "douloureuse" du contraire.
Je ne vois pas en quoi le cas danois serait différent. Qu'il soit membre de l'UE ne change rien au fait qu'il ne soit pas membre de la zone euro et ait donc sa propre monnaie. Et, comme vous le rappelez très judicieusement, c'est justement parce qu'il a connu des problèmes similaires à nos problèmes monétaires actuels qu'il a choisit la solution efficace du taux plancher. Quant à Singapour, c'est aussi une comparaison pertinente: il s'agit d'une petite économie très ouverte et très dépendantes de ses relations avec des grandes économies.
Enfin, rassurez-vous le PS va mener le combat contre le démantèlement du filet social, comme nous le menions déjà avant l'abandon du taux plancher!

Cher lovejoie, contrairement à ce que vous semblez penser, le PS intervient pour interdire le démarchage téléphonique. Mon collègue Jacques-André Maire, conseiller national neuchâtelois va déposer une intervention parlementaire lors de la prochaine session.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 17/04/2015

Monsieur Schwaab merci de votre réponse et vous me voyes ravie d'apprendre que Monsieur Maire prenne les choses en mains
Car après 12 ans de harcèlement en continu ne vous étonnez pas si nombre de personnes âgées ou proches du 4me âge deviennent Alzheimer
Dès un certaine âge il faut peu pour désorienter les gens et admettez qu'aujourd'hui avec la vitesse comme seule motivation pour sans doute concurrencer d'autres pays et le non respect des étoiles pour se protéger de ces démarchages il y a de quoi être désorienté
Cependant comme nous faisons tous partie d'un monde ou certains ont à cœur de tester toutes nos facultés intellectuelles espérons que la voix de Monsieur Maire soit entendue
Pendant que je vous écrit deux Call Centers ont à nouveau recommencé leur petit jeu cependant j'ai réussis à diminuer la sonnerie de mon téléphone ce qui permet d'éviter les plaintes des voisins
Admettez aussi que trop de laxisme ouvre la porte à toutes les dérives et si nous en sommes là ce n'est pas de la faute aux citoyens ,me trompe-je?
On ne peut que regretter l'époque du Général Guisan ou les hommes de cette époque savaient s^imposer à qui de droit
Il est temps de nous redonner un Général Patton non point pour surveiller des tris de poubelles ni des containers mais pour protéger la sphère privée du bon Peuple /rire
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 17/04/2015

Bonsoir,

"Pendant que je vous écrit deux Call Centers ont à nouveau recommencé leur petit jeu cependant j'ai réussis à diminuer la sonnerie de mon téléphone "

Alors j'ai trouvé la parade : lorsque le téléphone sonne, je décroche, j'écoute.

Avec un call center il y a toujours un décalage, un lag, un temps mort.

On sait immédiatement qu'on va se faire solliciter pour un truc non sollicité.

Ne raccrochez pas : dites "un instant, svp".

Posez le combiné. Et continuez à faire ce que vous faisiez auparavant.

Et une heure plus tard, éventuellement, raccrochez.

Très vite l'information passera et vous ne serez plus dérangé.


Bonne fin de semaine.

Écrit par : Sylvie Fontana | 17/04/2015

Sylvie Fontana merci pour le truc !on remarquera tout de même une délicatesse dans la réponse qui varie d'un soir à l'autre
Jeudi soir c'était bonne soirée ,remplacé vendredi soir par, une excellente soirée
Cependant comme ils sont plusieurs et que j'ai une sciatique et que le téléphone n'est pas à portée mains j'aurais préféré leur passer un savon digne de la Remonte Fédérale / ça peut soulager la douleur/rire
Mais je vais tenter l'exercice comme celui conseillé par vous-même
très bonne journée pour vous

Écrit par : lovejoie | 18/04/2015

Ces Call Centers sont sans doute plus malins que nous .De fait ils sont arrivés à détourner le *truc conseil *donné dans le commentaire précédent
Ce sont des appels robotisés et qui prennent fin après tant de secondes
Les arnaqueurs arrivent toujours à trouver des solutions et certains pensent qu'ils sont de mèche avec des compagnies de téléphones

Écrit par : lovejoie | 18/04/2015

@Monsieur Schwaab bon courage aux politiciens décidés à relever les défis
Et pour clore le chapitre n'étant pas celui du jour que vous nous proposiez on ne peut que déplorer ce monde du futur si loué par une certains élite qui pense tout solutionner grâce au tout informatisé
C'est un monde basé sur la bassesse et tous les profits acquis par n'importe quels moyens ou seuls les résultats obtenus seront pris en compte
Les plus intuitifs en ont pris conscience depuis 2000 avec les réseaux de tchattage
Pauvre jeunesse de demain
Les Politiciens de plus en plus vont se retrouver avec de sérieuses prises de tête , les citoyens plus âgés connaissent depuis longtemps tous les avantages de Courriels ou SMS préparés d'avance a envoyer à une date ultérieure pour faire croire aux naifs que l'instant présent est vécu avec eux seuls ou qu'il leur est spécialement destiné et peu importe comment le message sera lu et surtout digéré comme une couleuvre /rire
Très bon dimanche pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 18/04/2015

«La BNS doit vraiment défendre l’intérêt général du pays»

Oui Monsieur, elle l’a fait et le fait tant bien que mal avec l’abandon du taux plancher. Le taux plancher était une erreur, que dis-je une faute grammaticale en économie. Si vous ne l’avez pas encore compris, en économie de marché, le patron, c’est le marché, rien que le marché.
Si l’on avait laissé «faire la nature», on serait même un bon poil en dessous de la parité et l’on paierait réellement les produits importés 25% moins chers. C’est loin d’être le cas parce que vos amis banquiers trichent avec les taux de change et s’en foutent plein les fouilles.

On en est réduit à la situation ubuesque où par exemple, la majorité des garages de ce pays offrent des voitures d’occasion à des prix plus élevés que les voitures neuves de l’autre côté de la frontière.

Et ici vous êtes vraiment marrant:

«Selon l’art. 99 al. 2 de la Constitution fédérale, le BNS doit en effet mener « une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays ».

Et les art. constitutionnels garantissant l’indépendance et la souverainneté de la Suisse… c’est pour les poules ? Qui c'est qui voudrait faire annuler le vote du 9 février ?

Enfin, vous ne craignez pas le ridicule ni les incohérences; vous râlez sur le système financier et vous défendez syndicalement les employés et cadres bancaires.

C’est comme un objecteur de conscience qui travaillerait dans une fabrique de munitions.

Écrit par : Guy Yaumetelle | 18/04/2015

@Schwaab
Je rejoins G. Yaumetelle. On ne peut aller contre le marché... à moins de le faire... comme la Fed ou la BCE. Les autres acteurs sont contraints d'agir dans ce cadre-là. Ce qui ne signifie pas qu'ils n'aient aucune marge de manœuvre. Mais en tout cas pas celle d'arrimer sa monnaie à un cours fixe sans que cela ait des conséquences extrêmement lourdes. La BNS se coltine un bilan qui représente son PIB. On va vers des bénéfices par dizaines de milliards de francs puis des pertes par dizaines de milliards. Une énorme bulle qui ballote dans tous les sens. Et vous voudriez encore l'accroître M. Schwaab.
C'est dur à reconnaître, mais être souverain, c'est rester gouvernable. Et il fallait renoncer au cours plancher pour le rester.
Encore une fois, même si vous parveniez à convaincre le parlement de mettre la BNS à la botte d'un programme politique, la BNS ne pourrait rien y faire. Elle déstabiliserait le pays entier. Tout ça pour subventionner quelques industries d'exportation qui n'arrivent pas à rester compétitive?Le prix est bien trop élevé!
Le peuple suisse l'a bien compris, un sondage montre qu'il appuie l'abandon du taux plancher.
Observez ce qui se passe: seule une minorité d'entreprise restructure à cause du franc fort. La plupart saute l'obstacle. La croissance reste là (1% de croissance pour cette année, c'est bien loin de la récession crainte il y a trois mois). Il y a en revanche des profiteurs qui augmentent sans raison les horaires et baissent les salaires. C'est là qu'il y a du boulot.
Mais bon, je ne vais pas vous convaincre. On est en année électorale...

Écrit par : R. Affoltern | 20/04/2015

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