05/10/2015

Protéger les salariés âgés : pour le droit de finir dignement sa carrière

Il est paradoxal qu'en Suisse, un pays à l'économie florissante, l'une des principales craintes de la population soit le chômage. Cette crainte témoigne notamment de l'attachement des Suisses et des Suissesses au travail. Il ne s'agit pas uniquement de la volonté d’assurer sa subsistance et celle de sa famille mais aussi de contribuer, dans la mesure de ses moyens, à la prospérité du pays.

Mais cette crainte, notamment par sa constance, montre surtout que le chômage n’est pas vu comme un mal passager dont il est facile de rebondir. C’est celle d’un chômage durable, qui entraîne une perte d’indépendance financière, voire de statut social. Elle est symptomatique des interrogations de la classe moyenne, qui voit sa situation se dégrader cependant qu’une minorité aisée capte une part importante des fruits de la croissance économique. De plus en plus de chômeurs ne parviennent plus à se réinsérer dans leur branche à l’issue de leur délai-cadre et doivent donc se contenter d’un emploi moins qualifié, moins bien payé, qui ne correspond que peu, voire pas à leurs qualifications et à leur formation, quand ils ne doivent pas carrément renoncer au « premier marché du travail » et s’annoncer à l’aide sociale. Pour ces salariés, cette période sans emploi n’est pas qu’un accroc facile à surmonter, mais signifie l’abandon d’une carrière.

Mauvaises perspectives pour les plus âgés

Certes, la plupart des chômeurs parviennent à se réinsérer et à retrouver la même satisfaction au travail ou le même revenu, mais tous redoutent que la perte d’emploi les contraigne à un reclassement professionnel. Ces craintes sont renforcées par une assurance-chômage qui ne permet guère de véritable reconversion et qui pousse à accepter le premier emploi jugé « convenable », même s’il ne correspond pas vraiment aux aspirations personnelles. En outre, le seuil du « convenable » diminue au fil de la période de chômage.

Ces craintes sont particulièrement vives chez les salariés de plus de 50 ans, qui savent que leurs chances de retrouver un emploi sont mauvaises, même s’ils sont qualifiés et motivés. Ils devront dans bien des cas terminer leur vie active avec des « petits boulots », souvent précaires, souvent sans rapport avec la formation et l’expérience acquise. Cette diminution de revenu sera durable, car leur deuxième pilier sera moins bien fourni et une retraite anticipée contrainte leur coûtera cher. Quant aux moins chanceux qui devront faire appel à l’aide sociale, ils devront d’abord épuiser les réserves de leur deuxième pilier, liquider leurs économies et éventuellement vendre leur maison ou leur appartement. Ce n’est certainement pas ainsi que l’on envisage la fin de sa carrière !

Ce que les responsables politiques peuvent faire

Que peut faire la politique pour garantir à tous les salariés une carrière digne, en particulier sur la fin ? Il faut d’une part renforcer l’employabilité tout au long de la carrière. La formation continue et les possibilités de reconversion doivent être garanties pour tous les salariés, indépendamment de l’âge, de la fonction ou de l’employeur.

Pour ce faire, l’assurance-chômage doit intervenir et s’inspirer du modèle danois, qui permet une véritable reconversion, quitte à indemniser sur une longue durée les assurés qui entament une nouvelle formation. Cela pourrait également constituer une solution à la pénurie de main d’œuvre qualifiée.

En outre, les assurances sociales doivent mieux couvrir le risque de ne pas retrouver d’emploi en raison de l’âge. Il conviendrait, par exemple, de généraliser les rentes-ponts qui permettent aux salariés plus âgés de terminer dignement leur carrière sans passer par l’aide sociale. Ce système fait déjà ses preuves dans le canton de Vaud. Il faudrait également réviser le financement du deuxième pilier pour éviter qu’il faille compter principalement sur ses dernières années actives pour se constituer un avoir de prévoyance suffisant.

Enfin, les employeurs doivent également faire preuve de responsabilité sociale envers leurs salariés âgés. Si les licenciements sans motif impérieux devaient augmenter, une protection légale contre le licenciement au-delà de 50 ans s’imposerait.

 

Texte paru dans « Quelques orientations pour la Suisse – Regards sur l'avenir politique du pays avec le Baromètre des préoccupations du Credit Suisse »

Commentaires

Entièrement d'accord avec vous - oui cela m'arrive ... ! - mais dites-le aux employeurs !

Je me suis faite licenciée quatre ans avant d'être à la retraite, j'ai pu retrouver un emploi mais entre-temps j'ai perdu de l'argent : AVS, LPP et une diminution d'horaire et forcément de salaire estimée à plus de CHF 15'000.- !

Motifs impérieux écrivez-vous, ce qui me fait sourire : licenciée six fois en 20 ans et jamais pour un motif professionnel, mais : restructuration, déménagement et le trop célèbre "Vous me coûtez cher Madame", alors prenez la porte ... Je n'ai jamais eu l'idée - trop lourde - d'emporter la porte avec moi sinon je l'aurais fait !

Affinez vos "motifs impérieux" SVP et ce sera encore mieux .

Écrit par : Marie | 05/10/2015

Effectivement, Marie, j'aurais dû détailler un peu! Je pense qu'un salarié âgé et fidèle ne doit pas pouvoir être licencié, sauf s'il commet volontairement une faute grave ou que l'employeur n'a pas d'autre choix, par exemple parce qu'il licencie tout le monde. En revanche, il ne doit pas être possible de donner des motifs économiques vagues (p. ex. "ça va mal alors j'en licencie un ou deux pour voir"), ni de faire valoir un motif en lien avec l'âge (p. ex. "vous coûtez trop cher" ou "vous êtes moins productif que le petit jeune"...). Un exemple pourrait être la protection contre le licenciement des délégués du personnel, à condition d'une part de renforcer ladite protection et d'exclure les motifs économiques des motifs valables de licenciement.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 05/10/2015

" Enfin, les employeurs doivent également faire preuve de responsabilité sociale envers leurs salariés âgés. Si les licenciements sans motif impérieux devaient augmenter, une protection légale contre le licenciement au-delà de 50 ans s’imposerait. "

Ben voyons vous avez raison de donner un prétexte supplémentaire aux employeurs pour leur faire réfléchir deux fois avant d'engager un employé de plus de 50 ans. On a tout près de chez nous un pays ( la France ) qui nous donne des modèles à ne pas suivre; meilleur protection contre les licenciements, semaine des 35 heures, caisse maladie unique, fiscalité plus importante etc.. et vous ne trouvez pas mieux que de vouloir les copier.

C'est bien joli de prendre exemple sur le Danemark seulement sur ce qui arrange les socialistes. Vous oubliez que dans ce pays ont y a instauré de bonnes couvertures en cas de chômage avec une plus grande facilité donné au employeurs pour licencier.

D.J

Écrit par : D.J | 05/10/2015

On parle de plus en plus d'allonger l'âge de la retraite sans résoudre le problème des plus de 50 ans.
Je ne crois pas à l'incitation dans les entreprises, ni à leur responsabilité social. "D.J" est assez représentatif du tant pis pour les faible, jusqu'au jour où....

Il incombe à l'Etat d'offrir de vrai places de travail aux plus de 50 ans, quitte à créer des place ou alors tarir l'afflux de travailleur étranger pour que les entreprises se tournent vers les plus de 50ans.

Puisque le monde économique n'en veut pas, il vaut mieux augmenter un peu les impôts pour créer des places de travail. Il vaut mieux être en travail qu'au service sociale

Avec le problèmes des plus de 50 ans, on touche les limites du monde libéral. La où le monde libéral montre ses limites, l'Etat doit agir jusqu'à ce que ce monde libéral prend ses responsabilité.

Les libéraux parle de responsabilité individuels, mais cela reste très théoriques. Dans les faits, c'est du chacun pour soi. Ce problème en est un exemple criant.

Écrit par : Glob | 05/10/2015

" Je ne crois pas à l'incitation dans les entreprises, ni à leur responsabilité social. "D.J" est assez représentatif du tant pis pour les faible, jusqu'au jour où.... "

Les entreprises pensent avant tout à leurs intérêts; sans ça elles feraient faillites et les chômeurs seraient bien plus nombreux. Si rendre les licenciements plus difficilement pour une certaine classe d'âge les patrons vont réfléchir deux fois avant d'engager une personne auquel il sera difficile de licencier. En France c'est le code du travail qui rend les licenciement très difficile pour l'employeur qui fait que ce pays a un chômage élevé.

" Il incombe à l'Etat d'offrir de vrai places de travail aux plus de 50 ans, quitte à créer des place ou alors tarir l'afflux de travailleur étranger pour que les entreprises se tournent vers les plus de 50ans.

Puisque le monde économique n'en veut pas, il vaut mieux augmenter un peu les impôts pour créer des places de travail. Il vaut mieux être en travail qu'au service sociale "

créer artificiellement des places de travail financé par l'impôt n'a jamais été une solution contre le chômage. Encore une fois l'exemple français et les emplois jeunes n'ont rien résolu. le taux de chômages des jeunes en France est toujours resté très élevé. Les créations d'emploi ne peuvent que venir du secteur privé et marchand par les investissements et l'innovation. L'emploi dépend surtout de la liberté économique. La Suisse est en tête des pays les plus libre économiquement avec un taux d'emploi les plus élevé chez les plus de 55 ans. Pas besoin d'être économiste pour se rendre à l'évidence que plus on libéralisera l'économie plus les emplois seront nombreux sur le marché. L'état n'est pas la solution. Restreindre l'immigration n'est pas non plus une solution. C'est un acte étatique souvent arbitraire qui ne tient pas toujours compte des besoins réels en main d'oeuvre dans l'économie privée.

Le seul point où je suis en accord avec JCS c'est au niveau de la formation professionnelle par exemple pour certains chômeurs spécialisés dans un domaine bien précis et qui à été licencié suite à la délocalisation de l'entreprise. Je pense aussi que ces reconversions professionnelles puissent être financés en partie par les grandes entreprises multinationales qui licencient quand elle font des profits. Mais cela doit être conclu qu'entre partenaires sociaux ( syndicats et patrons ). Si c'est l'état qui dicte ce type conditions cela va contraindre les grandes entreprises a investir ailleurs.

" Avec le problèmes des plus de 50 ans, on touche les limites du monde libéral. La où le monde libéral montre ses limites, l'Etat doit agir jusqu'à ce que ce monde libéral prend ses responsabilité. "

Le monde libéral a ses limites parce que l'état le limite. Plus la liberté économique est restreint plus les places de travail sont moins nombreuses. La Suisse est l'un des état les plus libéral en comparaison internationale. Mais dans les fait elle est loin d'être vraiment libérale. Il y a encore de la marge avant de parler en Suisse de limite du monde libéral.

" Les libéraux parle de responsabilité individuels, mais cela reste très théoriques. Dans les faits, c'est du chacun pour soi. Ce problème en est un exemple criant. "

Pour les libéraux dans uns société entièrement libéral rien n'empêche a des individus responsables de vivre en communauté sur un modèle socialiste tant que ces communautés ne cherchent pas à imposer leur mode de vie aux autres. Pour les libéraux rien n'empêche dans une société entièrement libérale à des individus de s'associer pour défendre leurs intérêts personnels. Par exemple la liberté de former des syndicats d'employés ou de propriétaires.

La responsabilité individuelle dans une société libérale veut dire que l'on est responsable de ses choix et de ses actes que se soit à titre individuel ou collectif.

D.J

Écrit par : D.J | 05/10/2015

@D.J
Nos choix impliquent forcément notre responsabilité. Mais la société ce n'est pas un ensemble d'individu qui vivent ensemble. Nous naissons pas tous pareil, certain ont tous les atouts, d'autres non. Notre responsabilité ne s'arrête pas au choix pour notre petite personne, mais à la société entière.
La société est comme un corps, si un membre est malade, tout le corps le ressent,
Les lois sont là pour pallier l'égoïsme, parce ce que l'humain parfait qui pourrait faire fonctionner un monde libéral, n'existe pas.

Si ce monde libéral tel que vous le pensez existerait, cela ne changerait rien au fait que les plus de 50 ans serait pénalisés et abandonnés à leurs sort à moins que l'humain est plus altruiste que je ne le crois.

Écrit par : Glob | 05/10/2015

@ Glob,

" La société est comme un corps, si un membre est malade, tout le corps le ressent,
Les lois sont là pour pallier l'égoïsme, parce ce que l'humain parfait qui pourrait faire fonctionner un monde libéral, n'existe pas. "

En fait vous voulez une société où une majorité vous dise comment vous devez vous comportez, ce que vous devez manger, boire bref vous dire ce qui est bien ou mauvais pour vous? L'humain parfait c'est vous qui penser l'imaginer en collectivisant la société comme un corps humain ou tout les individus doivent-être obligatoirement dépendant des un et des autres.

Désolé mais cela n'a jamais marché nul part. Vous dites bien vous même que l'on ne naît pas tous pareil que certains ont tout les atouts d'autres non. Si l'on prend votre exemple du corps humain sachez que celui qui perd une main ne pourra pas se faire greffer par n'importe qu'elle autre main d'une autre personne tout comme il faut être compatible pour recevoir transfusion de sang d'un autre individu. Voilà pourquoi le socialisme ne fonctionne pas. On ne peut pas collectiviser soit par des lois ou par la force les individus sans tenir compte de leur spécificité en croyant que cela va rendre la société meilleur.

Les libéraux n'imaginent pas qu'une société libre puisse être parfaite puisque ils font confiance à la nature humaine qui elle n'est pas parfaite.

Ce n'est pas l'égoïsme individuelle qui est dangereux pour la société mais les égoïsmes collectifs qui s'en prennent trop souvent aux droits fondamentaux des individus. c'est la somme des égoïsmes individuelles qui sont source de richesse et non l'égoïsme collectif qui empêche à l'individu de s'épanouir de par lui-même.

" Si ce monde libéral tel que vous le pensez existerait, cela ne changerait rien au fait que les plus de 50 ans serait pénalisés et abandonnés à leurs sort à moins que l'humain est plus altruiste que je ne le crois. "

Comme vous l'ai expliquez que plus l'économie est libéral plus le taux d'actif de la population y compris les plus de 50 ans est élevé. Plus la liberté d'entreprendre y est élevé plus y a des places de travail. Plus c'est bureaucratique et réglementé et c'est l'inverse que se produit.

Maintenant l'humain est bien altruiste que vous ne pouvez l'imaginer. Si les fondations et autres entreprises sociales philanthropiques sont très développées aux USA c'est qu'à l'origine de la société américaine l'état n'existait pas et que c'était les communautés qui s'organisaient pour créer des écoles, une justice un accès aux soins médicaux pour tous etc... La solidarité elle fonctionne que quand elle est à bien plaire.

D.J

Écrit par : D.J | 06/10/2015

La seule voie libérale c'est l'UDC! On ne peut pas être libéral et ne pas tenir compte des travailleurs(comme le PLR)! Ce serait scier la branche sur laquelle les patrons sont assis. C'est pour cela que l'UDC vote avec la gauche selon les circonstances mais pas pour les mêmes buts!

Il serait intéressant d'envisager pour les travailleurs âgés avant la retraite, et en préparation de leurs départs, de trouver un modèle (genre chômage partiel) de partenariat avec un jeune apprenti ou arrivant dans le monde du travail, afin d'offrir ou de faire passer le relais des connaissances à ces jeunes qui manquent de recul, et pour cause!

Ceci pourrait parfaitement se faire, et si nécessaire l'Etat pourrait prendre en charge la partie des cotisations les plus onéreuses, et tout le monde serait gagnant!
Mais c'est trop demandé aux socialistes qui perdraient leurs arguments de bisousnours!

Pour répondre à D.J les fondations américaines et autres entreprises sociales sont surtout là pour défalquer et détourner les bénéfices d'entreprises au profit des membres de ces fondations qui sont souvent de la famille des patrons les plus riches d'amérique. (Bill Gates, Warren Buffet, etc.)

Écrit par : Corélande | 07/10/2015

" Pour répondre à D.J les fondations américaines et autres entreprises sociales sont surtout là pour défalquer et détourner les bénéfices d'entreprises au profit des membres de ces fondations qui sont souvent de la famille des patrons les plus riches d'amérique. (Bill Gates, Warren Buffet, etc.) "

Ce que vous ne savez pas c'est qu'aux Etats-Unis la majorité des riches milliardaires ne cèdent pas leur fortune à leurs héritiers contrairement à ce qu'il se fait en Europe. De plus la philanthropie aux Etats-Unis est dan l'ADN des américains. Cela est né en même temps que la société américaine. De plus ce n'est pas que dans le domaine des riches que l'on fait des dons. La population américaine est celle qui dans le monde donne le plus en matière de don. Plus du 90% des américains sont d'une manière ou d'une autre impliqué dans des institutions philanthropiques. Fondations, églises etc...

" La seule voie libérale c'est l'UDC! On ne peut pas être libéral et ne pas tenir compte des travailleurs(comme le PLR)! Ce serait scier la branche sur laquelle les patrons sont assis. C'est pour cela que l'UDC vote avec la gauche selon les circonstances mais pas pour les mêmes buts! "

L'UDC dans les grandes lignes n'est pas plus ou ni moins libéral que le PLR. Il y a des attitudes interventionnistes autant dans l'UDC que dans le PLR. Certes mieux vaut voter pour ces deux partis pour faire barrage au socialisme. Mais ne croyez pas que l'UDC à une ligne réellement libérale. Aucun grand parti de droite en Suisse et en Europe se disant libéral en a réellement une. Une fois au pouvoir ils deviennent tous d'une manière ou d'une autre un peu trop interventionniste.

D.J

Écrit par : D.J | 07/10/2015

Incidemment, n'existe t-il pas une différence dans les montants versés par un employeur pour certaines assurances, selon qu'un employé est agé de 40 ans ou plus, ou de moins de 40 ans ?

Écrit par : Chuck Jones | 12/10/2015

C'est hélas le cas pour le deuxième pilier, dont les cotisations augmentent avec l'âge, rendant les travailleurs d'un certain âge "plus chers" que les autres.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 12/10/2015

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