11/12/2015

Oui, il faut renforcer l’AVS !

Le Conseil national se prononce mercredi sur l’initiative de l’USS « AVS plus », qui veut augmenter de 10% toutes les rentes AVS. Cette initiative tombe au bon moment. D’une part, parce qu’il est important de présenter à la population un contrepoids aux velléités de la droite de démanteler la prévoyance-vieillesse. Et surtout, parce que renforcer notre assurance sociale la plus solide et la plus populaire, c’est rendre un énorme service aux retraités et aux futurs retraités. Voici pourquoi : 

  • Le pouvoir d’achat des retraités doit être renforcé. C’est une évidence : les retraités, surtout les plus modestes d’entre eux, subissent une détérioration de leur pouvoir d’achat. Depuis 1980, les salaires ont crû 21% plus vite que les rentes AVS. Quant aux 2ème pilier, le taux de conversion a chuté, comme le taux de rendement minimum, réduisant d’autant les rentes, alors que les assureurs privés voient leurs bénéfices croître. Résultat, pour de nombreux travailleurs des classes moyenne et modeste, la retraite signifie une diminution drastique du revenu. Pour la majorité des retraités, la prévoyance vieillesse ne remplit donc pas son mandat constitutionnel, selon lequel 1er et 2ème pilier doivent permettre de maintenir le niveau de vie antérieur.
  • Il faut surtout renforcer l’AVS. Pour les deux tiers des retraités (sans ou avec un petit 2ème pilier), l’AVS est la principale source de revenu. En raison des inégalités salariales, les femmes touchent à peu de chose près les mêmes rentes AVS que les hommes, mais le montant moyen de leur rente du deuxième pilier est… deux fois inférieur. Ainsi, entre le début de la retraite et le décès, une femme touche en moyenne entre 200'000 et 250'000.—Fr. de prestations de vieillesse en moins qu’un homme. Renforcer l’AVS, c’est donc soutenir avant tout les retraités des classes moyenne et modeste, ceux qui n’ont peu ou pas de 2ème pilier, ainsi que les femmes.
  • L’AVS, c’est le meilleur rapport qualité-prix pour les futurs retraités. Un couple qui bénéficie aujourd’hui de la rente maximale de 3150 francs a payé à l’AVS 460’000 francs de cotisations salariales jusqu’à sa retraite. S’il avait dû économiser lui-même pour obtenir la même rente, il lui aurait fallu mettre de côté plus de 800'000 francs ! Grâce à son financement solidaire et parce qu’avec elle, aucun assureur privé ne se sert au passage, l’AVS est et restera extrêmement intéressante. Par contre, l’épargne privée, c’est très cher. Dans le deuxième pilier, le secteur financier empoche chaque année 6,4 milliards de francs de frais de gestion (2013). De l’argent perdu pour les assuré-e-s ! Les jeunes ont donc un intérêt bien réel à renforcer l’AVS !
  • L’AVS est solide. Même si l’espérance de vie a augmenté, même si le taux de natalité a baissé, même s’il y a toujours moins d’actifs par rapport aux retraités, l’AVS n’a pas implosé comme le prédisaient droite et milieux économiques. Certes, elle aura besoin d’un financement supplémentaire à moyen terme, mais elle continue à faire des bénéfices (les prédictions déficitaires de MM. Couchepin et Burkhalter se sont révélées fausses !). Et, entre 1975 et 2013, la part de l’AVS au PIB est restée stable (5 contre 6%). La solidité ne dépend en effet pas uniquement du ratio actifs/retraités, mais aussi de la croissance économique, de celle des salaires, du taux d’activité, de l’immigration, des rendements des marchés financiers, etc. Mais une chose est sûre : les assureurs privés, qui lorgnent le capital de l’AVS, ont tout intérêt à faire croire qu’elle va mal pour pouvoir réduire ses prestations… et pousser la population vers les lucratifs 2ème et 3ème piliers ! Ceux qui défendent les très hauts revenus ont aussi intérêt à affaiblir une assurance pour laquelle on cotise sur la totalité de son revenu, sans que cela n’augmente la rente.
  • L’initiative diminue le recours aux prestations complémentaires. 200'000 personnes doivent faire appel aux prestations complémentaires. Pour cela, elles doivent, comme pour l’aide sociale, se mettre à nu financièrement et démontrer qu’elles en ont besoin pour vivre. Par ailleurs, la droite va tenter de diminuer ces prestations, pourtant vitales pour des milliers de retraités. Augmenter les rentes AVS, c’est diminuer le besoin en prestations complémentaires. C’est aussi une bonne affaire pour les contribuables : une économie d’environ 400 millions de francs.
  • L’initiative est finançable. L’augmentation de 10% des rentes peut être atteinte par une augmentation de seulement 0,8% des contributions paritaires (0,4 employé/0,4 employeur). C’est tout à fait supportable, quand on sait que cela fait 40 ans que les cotisations n’ont pas été augmentées, alors que, sur la même période, le nombre de rentiers a plus que doublé (de 960'000 de 2,2 millions). C’est par ailleurs un mode de financement qui favorise la redistribution des richesses, car la contribution est prélevée quelque soit le niveau de revenu, mais les rentes sont plafonnées. Par ailleurs, l’augmentation des contributions pourrait être réduite par exemple par une affectation de la totalité de l’impôt sur le tabac à l’AVS.

Pour en savoir plus sur l’AVS et son financement…