01/03/2016

Prolongation des horaires de travail : quand on vous disait que ce n’était que le début...

Au moment de voter sur la prolongation des horaires de travail dans les commerces des grandes gares, puis des « shops » de stations-service et enfin le dimanche dans les « zones touristiques », promis, juré, craché, aucune de ces libéralisations n’était le prélude à une libéralisation générale des horaires d’ouverture des commerces. Le débat d’hier au Conseil national sur la Loi fédérale sur l’ouverture des magasins a – mais comment s’en étonner – montré que toutes ces belles promesses n’étaient au mieux que du vent, au pire des mensonges flagrants. 

Malgré l’opposition des principaux concernés (personnel de la vente, petits commerçants, autorités locales), la majorité de droite a forcé les cantons (et, dans le canton de Vaud, les communes) à prolonger les horaires d’ouverture des commerces, que ça leur plaise ou non. Et son principal argument a montré que, comme cela a été dit à maintes reprises sur ce blog et ailleurs, chaque « tranche de saucisson » de la prolongation des horaires de travail en appelle et justifie une autre, puis une suivante, etc. En effet, plusieurs orateurs de droite ont argué que prolonger les horaires des commerces… est une réponse à la concurrence « déloyale » des « shops » pouvant ouvrir 24h/24. Or, qui a provoqué en cette concurrence en autorisant des horaires élargis ? Et qui a promis que cette libéralisation des horaires ne serait le prélude à la suivante ? Mais il n’y a pas eu que les « shops », il y a eu aussi les horaires élargis dans les commerces des grandes gares et aéroports, que la droite, après les avoir voulu explicitement tout en promettant que ça n’irait pas plus loin, considère désormais aussi comme une concurrence insupportable pour les commerces situés hors des gares…

Les autres arguments des partisans de l’extension des horaires ? Aussi contradictoires et peu sérieux que d’habitude. On a vu ainsi le PLR et l’UDC, d’habitude si prompts à défendre le fédéralisme et l’autonomie communale, supprimer sciemment une compétence cantonale, voire, comme dans le canton de Vaud, communale. A nouveau, on a entendu, au mépris de la réalité, que les emplois en marge des horaires habituels sont avant tout occupés « par des étudiants ». On a aussi entendu que prolonger les horaires d’une heure ou deux était à même de contrer le Franc fort tout en avouant que ce sont essentiellement les prix inférieurs de 30% qui poussent les consommateurs suisses à passer la frontière pour faire leurs achats et qu’une heure d’ouverture de plus de moins ne changerait pas grand’chose. On a enfin entendu que cette mesures était « en faveur des PME », alors qu’il est avéré que toute prolongation des horaires accélère la disparition des petits commerces et la montée en puissance des grandes surfaces.

Cette faiblesse argumentative ne prouve qu’une chose : ces incessantes tentative de prolonger les horaires de travail ne repose que sur une base idéologique et ne visent qu’à affaiblir les petits commerces au profit des grandes enseignes.

Commentaires

Ah ben faudra bien payer toutes ces charges indues!
Dieu que je suis contente d'être une retraitée, et que les jeunes bossent pour assumer toutes leurs décisions démocratiques.
Un jour chasse l'autre, une joie ou une déception.....aussi!

Écrit par : Corélande | 01/03/2016

Deuxième fois que je suis d'accord avec vous ! Bizarre non ... :-)

En Allemagne, les commerces non alimentaires sont ouverts dès 10 heures jusqu'à 20 heures et le personnel de vente a des horaires adaptés (vous arrivez à 10h: vous partez plus tôt/vous finissez à 20h : vous commencez plus tard et ce alternativement). De plus, les veilles de jours fériés, les magasins ferment à 14 heures.

Les commerçants ont la liberté d'ouvrir ou pas jusqu'à 20 heures.

La bataille ne fait que commencer ...

Écrit par : Marie | 01/03/2016

Décidément, nous sommes sur une pente dangereuse, Marie ;)

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 01/03/2016

@ JC Schwaab : dangereuse pour le personnel de vente principalement :-)))

Excellente fin de journée/semaine/session : biffer ce qui ne convient pas !!!

Écrit par : Marie | 01/03/2016

Les politiques oublient qu'ils sont là pour protéger les citoyens. Ils trouvent plus important d'appliquer leurs idéologies ou de bien représenter leurs soutiens privés.

Cette attaque frontale contre les petits commerces est inacceptable. On peut me citer des pays qui ont élargis les horaires de travails, ça marche, c'est parfois pratique, mais pour quelles conséquences.

Ceux qui prône le libéralisme devraient savoir que le libéralisme n'est pas de favoriser certain aux détriment d'autres, mais d'accorder à chacun une chance égale.

Certain de droite devraient savoir que la Suisse, c'est aussi les petits commerces, quelque part un bien culturel. Nul envie de voir une Suisse qui perd son âme pour ressembler à n'importe quelle mégalopole.

La situation actuel ne péjore pas l'économie, c'est l'exemple même de l'idéologie mal placé.

Écrit par : Glob | 02/03/2016

Et maintenant ce sont les frais de déplacement que vous allez voir fondre lorsque vous ferez votre déclaration 2016 au printemps 2017. Because l'application de la FAIFF. (les pendulaires je vous conseille vivement de regarder T.T.C. lundi soir prochain). Faut ramener des sous dans les caisses de l'état!
En plus on vous dit déjà que les transports augmentent de 3 % l'année prochaine.
Aie!!!!

Écrit par : Corélande | 02/03/2016

La nouvelle n'a eu que peu d'échos, mais dimanche, les Tessinois n'ont visiblement pas partagé les positions d'Unia. Tant mieux

Extrait, dépêche ATS (en lien sur mon nom):

"Les Tessinois auront à l'avenir un peu plus de temps pour faire leurs courses. Les citoyens du canton transalpin ont adopté dimanche à près de 60% un projet de leurs autorités visant à allonger les heures d'ouverture des magasins. Le projet combattu par un référendum du syndicat Unia a été accepté par 85'360 voix contre 58'877. La participation a atteint 66,48%."

Écrit par : R. Affoltern | 03/03/2016

@R. Affoltern
"Les Tessinois auront à l'avenir un peu plus de temps pour faire leurs courses" Ca les rendra plus heureux ?!

Les intérêts égoïstes ont toujours du succès. Je doute que les petits commerces remercient les tessinois. C'est un coup contre la diversité des commerces.

Ce qui fait l'intérêt d'habiter un pays, c'est la qualité de vie.
Les décisions des citoyens devraient se faire en fonction du bien vivre, et non parce que c'est pratique de faire des achats jusqu'à 20h.

S'attaquer à la qualité de vie, c'est s'attaquer à l'âme du pays, pour n'être qu'un pays de résidents où l'ultime but est de consommer.

C'est bien de vouloir protéger les petits paysans de montagne, ce serait mieux si les petits commerces étaient aussi la préoccupation des politiques.

Écrit par : Glob | 03/03/2016

"C'est bien de vouloir protéger les petits paysans de montagne, ce serait mieux si les petits commerces étaient aussi la préoccupation des politiques."

Ben alors faites le job! Elaborer une initiative, allez récolter 100'000 signatures, et déposez-là pour qu'elle passe en votation.
Ce serait bien que tous ces moralisateurs en tous genres fassent une fois le
boulot, pour qu'ils comprennent bien ce que cela représente en investissements personnels et sans rémunération bien sûr. (sauf au PLR eux ils paient pour les signatures).

Écrit par : Corélande | 03/03/2016

En ce qui concerne le travail, nous allons de toute façon passer par une phase extrêmement difficile et probablement mortelle pour notre modèle de civilisation. Car tôt ou tard nous devrons prendre en compte le fait que la main d'oeuvre humaine coûte trop cher et pose trop de problèmes par rapport aux machines robotiques, et cela dans tous les domaines où celles-ci peuvent remplacer celles-là.
Dans un monde ou la compétitivité est juge de tout, seuls les économies qui s'adapteront à ce nouveau modèle resteront compétitives et survivront.
Il est donc urgent de ne plus laisser aux auteurs de science fiction la réflexion sur ce que pourra être le sort des êtres humains dans ce modèle de société, aussi bien en termes de revenus que de loisirs. Cela a été fait, dès les années '60 du siècle passé dans des ouvres de fiction et des essais prospectifs. L'idée du revenu minimum garanti à vie (quel que soit le terme utilisé) est évoquée de temps en temps chez nous et je pense que nos politiciens devraient y songer sérieusement, même si leur horizon se borne généralement aux prochaines élections.
Je m'empresse d'ajouter qu'en présentant cette vision d'avenir je n'entends pas du tout que les combats pour maintenir ou améliorer les conditions de travail et de rémunération de ceux que l'on appelait autrefois "travailleurs" ne méritent plus d'être menés, ni que les perspectives futures que j'évoque doivent servir de prétexte à ceux qui sont en charge de ces problèmes pour laisser pourrir certaines situations.
Je prétends simplement que dans ce contexte également le mot d'ordre latin de "Si vis pacem para bellum" est valable, la guerre étant en l'occurence la préparation à une réalité que je vous comme inéluctable à moyen terme probablement, à long terme certainement.

Écrit par : Mère-Grand | 04/03/2016

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