28/03/2016

Violentes attaques contre la protection des travailleurs

On savait que les travailleurs allaient être parmi les premiers à subir les conséquences du triomphe électoral du PLR et de l’UDC et du glissement à droite du PDC induit par ledit triomphe. On n’a pas eu à attendre longtemps. Et ce n’est même pas des rangs de la droite dure qu’est venue l’attaque : le Conseiller aux Etats PDC/LU Konrad Graber a déposé une initiative parlementaire pour vider de sa substance plusieurs normes importantes de protection de la santé des travailleurs. De quoi faire passer pour mollassonne même sa très droitière collègue Karin Keller-Suter (PLR/SG), la quelle se « contente » de saborder l’accord des partenaires sociaux en matière de saisie du temps de travail.

M. Graber veut ainsi supprimer, pour de nombreux travailleurs, plusieurs règles pourtant élémentaires, telle que la durée maximale hebdomadaire du travail, la compensation du travail supplémentaire, la durée du repos ou l’interdiction de travailler la nuit. Pour des branches entières, la durée maximale hebdomadaire du travail doit être purement et simplement supprimée et remplacée par un temps de travail annualisé, lequel est bureaucratique, car difficile à contrôler (on ne peut vérifier que plusieurs mois plus tard que les travailleurs n’ont pas mis leur santé en danger en dépassant les horaires). Pour ces branches, il veut aussi réduire de 11 à 8 heures le temps de repos minimum entre deux journées de travail. Là encore, une durée plus longue ne doit être respectée qu’en moyenne sur plusieurs semaines, ce qui est aussi très difficile à contrôler, puisque, là encore, les éventuels dépassements ne sont constatable que plusieurs jours, voire semaines plus tard. Or, les études médicales sont unanimes : une durée du travail qui dépasse régulièrement 10 heures par jour porte cause des atteintes graves à la santé.

Pour justifier ce démontage en règle de la protection des travailleurs, M. Graber ne se foule pas. Il nous ressort les sempiternels mantras libéraux lénifiants, fondés sur le mythe qu’un droit du travail flexible serait gage d’un taux de chômage faible et d’une compétitivité accrue. Ces arguments éculés sont régulièrement démontés par les faits : par exemple, l’Allemagne, dont le droit du travail est beaucoup plus contraignant, même que le tant honni droit français connaît un taux de chômage comparable au nôtre. Dans certains Länder comme le Bade-Würtemberg ou la Bavière, il est même inférieur à ce paradis du droit du travail libéral qu’est la Suisse. Le véritable but de M. Graber n’est donc pas de préserver la compétitivité, mais de permettre aux employeurs d’arrondir leurs profits sur le dos de leurs employés en les faisant travailleurs plus et, pourquoi pas, en partie gratuitement (c’est ce que provoque p. ex. l’abandon de la saisie du temps de travail). C’est aussi simple que cela.

Mais le principal défaut de ces propositions n’est pas de reposer sur de seules considérations idéologiques : elles pourraient avoir des effets dévastateurs sur la santé publique ainsi que sur la vie sociale et familiale des travailleurs concernés. Limiter le temps de travail, fixer la durée minimale des pauses et du repos entre deux jours de travail, interdire le travail nocturne, ce n’est pas pour embêter les patrons ; c’est pour protéger la santé des travailleurs. C’est pour éviter que la collectivité n’ait à supporter augmentation des coûts de la santé et des accidents de travail. Rien que le stress au travail coûte 10 milliards de francs chaque année à l’économie. Les propositions de M. Graber ne vont certainement pas alléger ce fardeau.

07/03/2016

Un vote par internet sans garanties démocratiques élémentaires ? Jamais !

J’ai déjà eu l’occasion de le dire plusieurs fois : je suis plutôt sceptique face au vote par internet, pour ne pas dire franchement opposé. J’envisage toutefois de l’admettre dans deux cas : pour les Suisses de l’Etranger (qui n’arrivent souvent pas à voter, car les services postaux n’arrivent pas à transmettre leurs bulletins assez rapidement) et pour les personnes handicapées de la vue (à qui le vote électronique permet de voter seule et de maintenir le secret du vote). Mais, même dans ces deux cas, il est important que le système de vote par internet bénéficie de toutes les garanties de sécurité (même si atteindre un niveau de sécurité comparable à un vote « sur papier » est illusoire) ainsi que de respect des principes démocratiques de base. Il est notamment indispensable que le logiciel soit transparent, open-source, opéré en Suisse et, surtout, appartienne à l’Etat et à ses citoyens. Il ne viendrait par exemple à l’esprit de personne, même chez les ultralibéraux les plus saugrenus, de privatiser l’organisation et le dépouillement d’une élection ou d’une votation.

Le Conseil national a l’occasion de poser les jalon d’un vote électronique qui respecte ces quelques principes pourtant élémentaires en acceptant la semaine prochaine la motion Darbellay/Romano. Le Conseil fédéral s’y oppose, car il semble soutenir la montée en puissance du système proposé par La Poste et opéré par l’entreprise espagnole Scytl. Or, ce système n’est pas transparent (le code-source n’est pas publié). Il n’est pas non plus en mains publiques, car La Poste, même si elle appartient à l’Etat, est une entreprise purement privée, avec des objectifs de rentabilité dignes du secteur privé. Et c’est une information de taille, car, lorsque le groupe socialiste aux chambres fédérales à demandés à La Poste, soupçonnée de faire de la sous-enchère pour imposer son logiciel, de dévoiler ses tarifs en la matière, elle a refusé, cependant que l’autre prestataire, le Canton de Genève, a sans problème accepté de dévoiler les siens. Mais surtout, Scytl est une entreprise étrangère, dont les capitaux sont surtout étatsuniens, qui plus est en lien avec les agences des renseignement des USA, ainsi que son Département de la Défense. Ce qui n’inspire guère confiance, à plus forte raison quand on parle de l’essence même de la démocratie qu’est le droit de vote.

Cette position du Conseil fédéral est absurde à deux égards. Tout d’abord, parce que vouloir à tout prix une « concurrence » entre plusieurs systèmes de vote par internet est coûteux et, après 13 ans d’essai, il conviendrait de se mettre enfin d’accord sur un système, à condition qu’il remplisse les exigences minimales de la démocratie. Ce qui m’amène à mon deuxième point : le Conseil fédéral s’oppose à cette motion en arguant que ces exigences pourtant fondamentales « retarderaient le processus » d’introduction du vote électronique. Or, jusqu’à présent, le gouvernement prétendait qu’en matière de vote électronique, « la sécurité prime la vitesse ». Désormais, pour des impératifs de calendrier, la sécurité est passée par pertes et profits. Cette position est malheureusement dans la droite de ligne des prises de positions précédentes qui ne font pas le moindre pas en direction des sceptiques du evoting, même lorsqu’ils font des demandes qui ne visent qu’à augmenter sécurité, fiabilité et contrôle démocratique de ce canal de vote. On voudrait torpiller une introduction, même restreinte, du vote par internet, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

01/03/2016

Prolongation des horaires de travail : quand on vous disait que ce n’était que le début...

Au moment de voter sur la prolongation des horaires de travail dans les commerces des grandes gares, puis des « shops » de stations-service et enfin le dimanche dans les « zones touristiques », promis, juré, craché, aucune de ces libéralisations n’était le prélude à une libéralisation générale des horaires d’ouverture des commerces. Le débat d’hier au Conseil national sur la Loi fédérale sur l’ouverture des magasins a – mais comment s’en étonner – montré que toutes ces belles promesses n’étaient au mieux que du vent, au pire des mensonges flagrants. 

Malgré l’opposition des principaux concernés (personnel de la vente, petits commerçants, autorités locales), la majorité de droite a forcé les cantons (et, dans le canton de Vaud, les communes) à prolonger les horaires d’ouverture des commerces, que ça leur plaise ou non. Et son principal argument a montré que, comme cela a été dit à maintes reprises sur ce blog et ailleurs, chaque « tranche de saucisson » de la prolongation des horaires de travail en appelle et justifie une autre, puis une suivante, etc. En effet, plusieurs orateurs de droite ont argué que prolonger les horaires des commerces… est une réponse à la concurrence « déloyale » des « shops » pouvant ouvrir 24h/24. Or, qui a provoqué en cette concurrence en autorisant des horaires élargis ? Et qui a promis que cette libéralisation des horaires ne serait le prélude à la suivante ? Mais il n’y a pas eu que les « shops », il y a eu aussi les horaires élargis dans les commerces des grandes gares et aéroports, que la droite, après les avoir voulu explicitement tout en promettant que ça n’irait pas plus loin, considère désormais aussi comme une concurrence insupportable pour les commerces situés hors des gares…

Les autres arguments des partisans de l’extension des horaires ? Aussi contradictoires et peu sérieux que d’habitude. On a vu ainsi le PLR et l’UDC, d’habitude si prompts à défendre le fédéralisme et l’autonomie communale, supprimer sciemment une compétence cantonale, voire, comme dans le canton de Vaud, communale. A nouveau, on a entendu, au mépris de la réalité, que les emplois en marge des horaires habituels sont avant tout occupés « par des étudiants ». On a aussi entendu que prolonger les horaires d’une heure ou deux était à même de contrer le Franc fort tout en avouant que ce sont essentiellement les prix inférieurs de 30% qui poussent les consommateurs suisses à passer la frontière pour faire leurs achats et qu’une heure d’ouverture de plus de moins ne changerait pas grand’chose. On a enfin entendu que cette mesures était « en faveur des PME », alors qu’il est avéré que toute prolongation des horaires accélère la disparition des petits commerces et la montée en puissance des grandes surfaces.

Cette faiblesse argumentative ne prouve qu’une chose : ces incessantes tentative de prolonger les horaires de travail ne repose que sur une base idéologique et ne visent qu’à affaiblir les petits commerces au profit des grandes enseignes.