11/04/2016

« Pro service public » : non à l’arnaque publicitaire !

Le service public est un élément déterminant du succès du modèle suisse, de la cohésion nationale et de la redistribution des richesses. Mais alors, pourquoi refuser une initiative intituée « en faveur du service public » ? Parce qu’elle a tout de la publicité mensongère. Elle n’est en effet rien d’autre qu’un coup marketing des magazines « K-Tipp » et « Bon à savoir », qui ont abusé des droits populaires attirer l’attention. En outre, comme toute publicité, elle a l’air très attrayante. Mais c’est ce qui la rend mensongère, car, malgré son nom, elle n’a rien de favorable au service public. Le Parlement ne s’est d’ailleurs pas laissé arnaquer : c’est à l’unanimité qu’il recommande le rejet de l’initiative.

Cette initiative demande trois choses : 1. la limitation des salaires dans les entreprises détenues par la Confédération au niveau de celui des membres du Conseil fédéral, 2. l’interdiction du subventionnement croisé dans le service public et 3. l’interdiction pour la Confédération (et les entreprises qu’elle détient) de faire du bénéfice avec ces prestations. Si la première exigence est intéressante (et correspond à une revendication de longue date du PS), les deux autres font peser une grave menace sur les prestations à la population. En effet, interdire les « subventionnements croisés » risque de condamner toutes les prestations non-rentables, car leurs déficits ne pourraient plus être compensés par les prestations rentables. Même si les prestations de service public n’ont en principe pas à viser la rentabilité, nos entreprises publiques sont en général bien gérées (la plupart du temps beaucoup mieux que des entreprises privées) et dégagent des bénéfices, en tout cas pour certaines de leurs prestations, ce qui leur permet d’en maintenir d’autres, mais aussi d’innover. L’interdiction du subventionnement croisé, prise au pied de la lettre, pourrait par exemple empêcher que les lignes ferroviaires bénéficiaires (p. ex. Lausanne-Genève) ne « subventionnent » les lignes régionales déficitaires, notamment en montagne. Ce serait la fin de la solidarité territoriale, un des piliers de notre pays. Les régions excentrées, les emplois et les conditions de travail seraient les premières victimes de cette initiative.

Le même raisonnement s’appliquerait à toutes les autres prestations. Cela accélérerait notamment la suppression des postes des villages et quartiers (dont les déficits ne pourraient plus être compensés par les bénéfices des autres services de la Poste), la concentration des hôpitaux, ainsi que l’abandon des filières de formation peu demandées par le marché. Les entreprises publiques devraient être scindées, prélude à une privatisation des parties bénéficiaires (sans pour autant freiner la socialisation des pertes). L’interdiction de faire des bénéfices avec des prestations de service public mènerait au même résultat, tout en empêchant d’investir et d’innover, et tant pis pour les nouveaux besoins que pourrait avoir la population ! Les initiants semblent s'être aperçu un peu tard que leur texte est mal ficelé et promettent qu'ils ne veulent pas interdire les investissements... mais leur texte ne le dit pas et, lorsque l'on vote sur une initiative, on se prononce d'abord sur le texte soumis au vote.

Il convient donc de ne pas se laisser avoir par le titre enjôleur de cette initiative et lui opposer un NON ferme et convaincu.

Il ne faut cependant pas oublier les autres menaces qui planent sur notre service public, par exemple lorsque la Poste ferme ses offices sans tenir compte de l'avis de la population ou de ses autorités, lorsque le département de Madame Leuthard recommande la privatisation des trains régionaux, lorsque PLR et UDC exigent la privatisation totale de Swisscom ou la vente des barrages. Il y a aussi les nouvelles règles de la planification hospitalière qui poussent à privatiser les hôpitaux publics et les met en concurrence avec les cliniques privées, une concurrence dont on sait qu'elle engendre plutôt des coûts pour les contribuables et les assurés, ainsi qu'une forte pression sur les conditions de travail (sur ce sujet...).

Mais il y a aussi les menaces futures: les accords de libre-échange comme TISA ou le « Traité transatlantique » TTIP, qui considèrent le service public et les monopoles publics comme des « entraves à l'importation » devant être supprimées, au seul bénéfice d’une poignée de multinationales.

 

Commentaires

Monsieur, Il me semble que le PS ne reconnaît pas les signes de notre temps. Après trente ans de privatisations des services publics, en Europe et en Suisse, on a dû se rendre compte que le mélange des genres (privé / public), ne marche pas. Il me semble, qu'une redéfinition des tâches de l'état s'impose. Rien que cela votre parti pourrait prendre comme base de discussion. Vous soutenez bien la caisse maladie unique. En outre, des initiatives mal ficelées on connaît, mais ce n'est pas le sujet. En ce qui concerne l'initiative en question, elle parle de profits pour les actionnaires pas de profits per se, car des profits pour les réinvestissements dans les services elle n'interdit pas. Et en ce qui concerne les subventionnements à l'intérieur de la Post ou des CFF elle ne les interdit pas non plus. Au lieu de balayer d'un revers de main des idées qui mettent en question le statu quo, vous feriez mieux d'observer ce qui se passe dans le monde. La gauche a une chance historique à saisir, mais elle tergiverse.

Écrit par : Bruno Hubacher | 18/04/2016

Un constat des 30 dernières années, c'est surtout que les privatisations ont toutes échoué et qu'à chaque fois, cela à conduit à une privatisation des bénéfices, à une socialisation des pertes et à une baisse de la qualité du service. Et l'initiative prétendument "en faveur du service public" aggrave cette tendance à la privatisation des bénéfices, car, même si l'interprétation moins stricte que vous évoquez devait s'imposer, cela conduirait à des scissions d'entreprises entre les parties rentables et non-rentables, avec une forte pression pour privatiser le rentable. L'exemple de la scission des PTT et les fortes pressions politiques actuelles pour privatiser complètement swisscom montrent bien où est le danger.
Enfin, s'il y a une "chance historique" à saisir maintenant, c'est de lutter contre les nouveaux accords de libre-échange qui menacent réellement le service public. Et je peux vous garantir que la gauche la saisit.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 18/04/2016

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