28/11/2016

Le PLR (fait semblant de) s’intéresse(r) au numérique.

Quand j’ai appris que le PLR allait adopter une prise de position consacrée aux défis du numérique et de la digitalisation de l’économie, je me suis réjoui de pouvoir en débattre. En effet, il était temps que ce parti de gouvernement se penche enfin sur ces questions importantes, même si c’est un an après le PS, qui a adopté un vaste papier de position sur les questions politiques liées à internet en décembre 2015.

Mais, à la lecture de cette prise de position, quelle déception ! Non pas pour des questions de fond. Au contraire, j’aurais adoré quelques propositions bien tranchées sur lesquelles le débat aurait été possible. Et certainement passionné.

Mais ce débat n’aurait pu avoir lieu que si le papier du PLR avait eu un tant soit peu de substance. Or, le PLR a fait preuve d’un inquiétant dilettantisme : à part une resucée de ses habituels mantras bureaucratie-innovation-start-up-flexibilité-etpatatietpatata, le PLR n’apporte rien de nouveau au débat sur les enjeux du numérique. Pis, il passe totalement à côté des grands débats qui font actuellement rage dans le monde entier. Le big data ? Pas un mot. La cryptographie des courriels et l’affaire « apple vs. FBI » ? Rien. La technologie du blockchain et les crypto-monnaies comme le Bitcoin ? Une seule phrase, et encore, c’est pour dire une bêtise en parlant de « monnaie résistante à l’inflation ». La propriété des données personnelles ? Nada.

D’autres sujets qui font actuellement débat lorsque l’on parle de digitalisation ne sont abordés que brièvement, sans que l’on puisse savoir ce que le PLR en pense vraiment. La neutralité du net ? Le PLR ne veut pas de loi, mais il ne dit pas pourquoi. Est-ce parce qu’il se satisfait de la solution de branche qu’on trouvée les opérateurs de télécoms ? Est-ce parce qu’il est opposé au concept même de neutralité du net ? Et si oui, pourquoi, étant donné que d’un point de vue libéral, la neutralité du net est tout à fait défendable, comme le serait la législation contre les cartels… Plus loin, le PLR exige une introduction à l’échelle nationale du vote électronique. Mais il ne dit pas comment, ni ne prend position sur les grandes questions actuelles en matière de e-voting : transparence du système, propriété publique, logiciel suisse ou étranger… Pourtant, ces points font l’objet de vifs débats au parlement fédéral, mais impossible de savoir ce que le PLR en pense…

La prise de position est aussi remplie de contradictions. Ainsi, le PLR veut que les collectivités publiques investissent dans la formation, la recherche et l’innovation… mais, au Parlement fédéral, il coupe dans ces budgets. Il exige aussi la refonte de la loi sur la protection des données dans une loi-mammouth contenant la loi sur les télécommunications et la loi sur la radio-TV. Mais, se rappelant soudain sa haine de la « bureaucratie », il exige que cette loi mastodonte soit « svelte et libérale ». Sans expliquer comment rendre cette exigence compatible avec son autre revendication (que je partage), de faire en sorte que « la Suisse reste une place attractive pour la sauvegarde » des données personnelles. Bref, d’un côté, le PLR veut affaiblir la protection des données, tout en positionnant la Suisse comme coffre-fort numérique. Sans oublier qu’il ne pipe mot des discussions qui ont actuellement lieu dans l’UE, sur le résultat desquelles la Suisse n’aura pas d’autre choix que de se positionner.

Au final, ce papier de quatre pages (à comparer aux 21 de la prise de position du PS sur le numérique…) ne sert qu’à rappeler les revendications habituelles du PLR : plus de flexibilité, moins de protection des travailleurs, plus de libéralisme. Quant à savoir ce que veut vraiment le PLR en matière de digitalisation, ce sera peut-être pour une autre fois !

Commentaires

Pathétique. Mais je doute que ce soit mieux à gauche ou ailleurs. Nos élus sont à la traine, déconnectés des réalités contemporaines et incapables de se projeter dans un futur proche. Les chaines de blocs vont tout simplement révolutionner nos sociétés en profondeur en moins de dix ans.
Heureusement, la démocratie liquide viendra faire le nettoyage par le vide en virant tous ces parlementaires, quel que soit leur bord, véritables parasites qui s'écoutent parler de ce qu'ils ne savent pas en se prenant au sérieux.
Une véritable démocratie directe, validée par un taux de participation revitalisé avec une délégation directe et ciblée et une diminution conséquente de la bureaucratie et son cortège de fonctionnaires. Nous vivons une époque formidable.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/11/2016

Touchant aux libertés du Net, votre enthousiasme juvénile à tous les deux est vivifiant. La technologie blockchain est exempte de contrôle et le réseau rend les échanges publics pour tout gage de sécurité. C'est là où les hackers vous attendent et où les erreurs de codage créent des dommages irréversibles. Au cours de l'été dernier, 60 millions $ se sont évaporés sur le fonds Ethereum fonctionnant selon le modèle Bitcoin. A l'heure où les cerbères europhiles luttent contre la cybercriminalité et les évadés fiscaux, une volonté supranationale se dessine pour encadrer les flux financiers sur les réseaux. Raison probable de la timidité du PLR sur un sujet d'actualité, certes, mais en terrain sauvage.

Écrit par : rabbit | 28/11/2016

Eh non rabbit. L'expérience de l'âge n'est visiblement pas à sa place ici et il faudra faire un petit effort pour les mises à jour.
Le principe même des chaines de blocs c'est un contrôle par les innombrables mineurs qui valident les transactions. C'est la beauté de la décentralisation qui va irrémédiablement et définitivement mettre au placard les structures pyramidales.
Rien à voir avec une quelconque liberté du net qui fonctionne en circuit fermé sur le darknet, structure parallèle sur laquelle se défoulent relativement marginalement quelques criminels.
Quant aux fluctuations des cryptomonnaies, je vous suggère de demander à Goldman Sachs pourquoi ils ont ouvert un portefeuille de bitcoins et comment ils entendent se protéger des hackers.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/11/2016

Oui, vous faites certainement allusion à cet article éclairant de David Blair sur LinkedIn:
https://www.linkedin.com/pulse/blockchain-treasurers-david-blair?trk=hp-feed-article-title-like
Un papier sur le projet Tezos permet aussi de tirer le sujet de son inquiétante étrangeté:
http://www.contrepoints.org/2016/11/15/271038-entretien-arthur-breitman-projet-de-blockchain-tezos
Mon intervention portait plutôt sur un aspect propre à rendre les juristes fiévreux. L'antériorité du Droit sur les réseaux numériques me fait préférer cette approche (rapport à l'âge, justement).

Écrit par : rabbit | 28/11/2016

Par antériorité du droit j'imagine que vous faites références aux vides juridiques dans lesquels se sont engouffrées les licornes disruptives qui ont crevé le plafond des capitalisations et qui réussissent, pour le moment, à déjouer les pronostics de certains économistes qui parlaient de l'explosion de ces bulles cette année encore.
Les gouvernements rament. Ce billet en est une confirmation s'il en fallait encore une. La mue viendra d'en bas ou se fera dans la douleur. Car personne n'est prêt à lâcher du lest. Je préfère ne pas imaginer ce scénario même si, ultimement, il permettrait un rééquilibrage de la démographie.
Je suis personnellement bien placé pour mesurer la capacité de nuisance d'une société comme Uber qui viole systématiquement toutes les lois en vigueur dans le monde entier sans être trop inquiété par des autorités qui n'osent résister à la pression populaire et qui tardent à rénover le droit.
Et lorsqu'elles le font, je ne vous dis pas la cata... En voici un petit exemple : http://heytaxi.blog.tdg.ch/archive/2016/03/07/le-messie-est-arrive-rendons-grace-274613.html

Écrit par : Pierre Jenni | 28/11/2016

Bonjour Monsieur Schwaab excellent billet cependant en étant femme on ne peut que sourire en voyant les hommes se prêter aux désirs d'un ordinateur qui privé de souri et de son pointeur doit être masturbé !
On comprend que certains parents n'arrivent plus à exercer leur autorité sur leurs enfants
Ces derniers doivent rire autant que moi en voyant les gestes stupides que certaines technologies exigent des humains pour donner aux bites électroniques l'impression d'exister réellement
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 29/11/2016

En effet, Lovejoie, ils nous préparent un futur digne de "1984", de "Le meilleur des mondes" ou de "Un bonheur insoutenable", voire encore de "Fahrenheit 451". Ce n'est pas de la science-fiction, mais de la prémonition.

Écrit par : rabbit | 29/11/2016

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