20/12/2016

Mon bilan 2016 au Conseil national (1)

2016 a été marquée par l’entrée en force d’une nouvelle majorité de droite dure au Conseil national : le PLR et l’UDC y disposent désormais de la majorité absolue. Et ils s’en servent, sans vergogne, pour défendre les intérêts de tant de leurs mécènes – caisse-maladies, grandes entreprises (et leurs actionnaires), assureurs-vie – que de leur clientèle : agriculteurs, partisans d’une armée dépensière, employeurs. Ceux qui souhaitaient un virage à droite n’ont certainement pas été déçus. Ceux qui en revanche on cru que voter pour le PLR et l’UDC allaient améliorer quoi que ce soit aux conditions de vie de la population en auront été pour leurs frais.

Politique de droite = coûts énormes pour les classes moyenne et modeste

Car cette politique de droite à un coût, et ce coût est à la charge de la majorité de la population, des classes moyenne et modeste. Ce coût se résume ainsi : les cadeaux fiscaux vident les caisses et provoquent une succession de mesures d’austérité, dont sont épargnées les dépenses agricoles et militaires, mais qui touchent des domaines aussi centraux que la formation et la recherche ou les subsides aux primes d’assurance-maladie. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la droite dure, qui n’est d’habitude pas avare en matière de conseils pour équilibrer les finances publiques, a déjà gaspillé sec : rien que l’armée bénéficiera de 200 millions de francs supplémentaires par an sur 4 ans et le programme d’armement a bénéficié d’une rallonge de près de 900 millions.

Et même quand la droite se rend compte, mais un peu tard, que les coupes budgétaire qu’elle a voulu provoquent des dégâts économiques importants ou vont à l’encontre de ses positions politiques, p. ex. quand il est impossible d’engager de nouveaux gardes-frontière, que l’on ferme des douanes ou que l’on coupe dans les budget de Fedpol consacré à la lutte contre la pédophilie sur Internet, elle finit par maintenir ses coupes, montrant par là que son premier objectif n’est pas de tenir ses promesses en matière de sécurité, mais au contraire d’affaiblir les collectivités publiques.

Politique de droite = moins d’impôts pour les grandes entreprises, moins d’argent pour les  (futurs) retraités

Dans plusieurs dossiers-clef, la majorité de droite a imposé sa marque. Ainsi, la mouture concoctée par le PLR et l’UDC de la réforme des retraites « prévoyance-vieillesse 2020 » peut se résumer ainsi : coupes dans les rentes AVS, augmentation massives (surtout pour les jeunes) des cotisations du 2ème pilier… sans augmentation des rentes. Cotiser plus sans toucher plus, en somme. Quant à la RIE 3, son coût pour la Confédération, les cantons et les communes est passé de 500 millions de francs (un compromis sur lequel le PS serait entré en matière), à plus de 4 milliards de pertes fiscales, sans oublier que le Conseil fédéral est incapable de chiffrer certains aspects de la réforme (notamment des « patent box »), à propos desquels il ne donnera d’ailleurs des précisions… qu’après la votation du 12 février.

Politique de droite = sabotage de la protection des travailleurs

La droite dure se sert également de sa nouvelle majorité pour attaquer frontalement la protection de la santé et de la sécurité au travail. Ces attaques ne sont pour l’heure que des interventions parlementaires, mais la menace est sérieuse. Sous le couvert de « moderniser le droit du travail » et de l’« adapter aux nouvelles réalités », la droite propose de déréguler le temps de travail, de limiter le temps de repos des travailleurs, de les rendre disponibles sur de plus longues périodes (y compris le soir et le dimanche), tout en supprimant toutes les mesures permettant de contrôler que les durées maximales du travail soient respectées (même si c’est dans l’intérêt de la santé publique) (cf. les propositions Burkart et Graber/Keller-Suter). Quant aux entreprises comme Uber qui fondent leur modèle d’affaire sur la sous-enchère et le non-respect de toutes les règles d’intérêt public, la droite leur déroule le tapis rouge et veut supprimer les mesures de protection des travailleurs et des autres usagers de la route, même si Uber a déclaré qu’elle ne comptait de toute façon pas les respecter.

« Les élections, ça ne change jamais rien ». La bonne blague !

Une dernière remarque à l’intention ceux qui croient que les rapports de force politiques sont « stables » en Suisse ou que, « de toute façon, les élections ne changent jamais rien » : sur bon nombre de dossiers importants (réforme des retraites, congé-paternité, lutte contre le travail au noir, transparence du marché locatif pour lutter contre la pénurie de logements, obligation d’annoncer les cas de maltraitance d’enfants, examiner la création d’un fond souverain pour lutter contre la surévaluation du Franc, etc.), la majorité l’a emporté d’exactement le nombre de sièges gagnés par le PLR et l’UDC. Les quelques sièges qui ont basculé de la gauche et du centre vers la droite dure ont eu un impact sur de nombreux votes cruciaux. Il faudra s’en souvenir dans trois ans.

Comme lors des précédentes années (cf. p. ex. mon « bilan des quatre sessions 2015 »), je publierai d’ici quelques jours un compte-rendu des principaux dossiers que j’ai traité au Parlement. D’ici là, je vous souhaite à toutes et tous de très belles fêtes et une année 2017 à la hauteur de vos espérances !

 

Commentaires

La droite est dure ? Il faut s'en féliciter, sinon elle serait courbe et sans perspective, comme votre programme politique.

Écrit par : rabbit | 20/12/2016

Le seul bilan que je retiendrais de vous, c'est que vous avez craché sur le peuple suisse et la démocratie le 16 décembre.

Écrit par : patrice favre | 21/12/2016

Craché sur le peuple suisse? Allons bon! Que d'excès!
Probablement avez-vous oublié ces éléments:
- l'initiative du 9 février n'imposait pas de résilier les accords bilatéraux. C'est ce que les initiants ont écrits dans leurs explications officielles;
- Certains initiants annoncent le lancement d'une initiative pour résilier les accords bilatéraux. C'est la preuve que l'initiative du 9 février ne visait pas à les résilier, sinon une initiative "de résiliation" ne serait pas nécessaire;
- les accords bilatéraux ont été acceptés 4 fois par le peuple;
- la Constitution fédérale, acceptée par le peuple et les cantons, prévoit la primauté des accords internationaux.
Vus ces éléments, il était nécessaire de prévoir une législation d'application qui préserve les accords bilatéraux, et c'est ce que le Parlement a fait. Si "le peuple" estime qu'on lui a "craché dessus", il y a aura un référendum, car c'est ce qu'on fait dans notre pays quand on n'est pas content d'une loi. Or, jusqu'à aujourd'hui, personne ne veut lancer le référendum. C'est donc que même les initiants acceptent la loi d'application. Sinon, ils la combattraient par référendum.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 21/12/2016

@ patrice favre
La démocratie est de respecter les choix du peuple, en l'occurrence le peuple a aussi accepté les bilatérales.
On se lasse des commentaires qui parle de respect de la démocratie, tout en oubliant volontairement les "oui" du peuple pour les bilatérales.

Vous et les sympathisants de la droite "dure", avez eu votre Trump avec Goldman Sachs. Alors pour 2017, faîtes-nous des vacances tant que les bilatérales ne sont pas rejetées par le peuple.

La responsabilité individuel mis en avant, prôné par la droite, a montré ses limites. L'Economie est seul responsable de l'augmentation forte de l'immigration. Une Economie qui ne s'intéresse guère à sa responsabilité sociale.

On peut parier, et c'est mon sentiment, qu'un patron socialiste de pme cherchera à engager localement des travailleurs, et des senior. Beaucoup plus qu'un patron udc ou plr, ou l'intérêt social est moindre, et va donc très facilement chercher à l'extérieur du pays, des travailleurs moins coûteux.

Écrit par : motus | 21/12/2016

@ Motus,

" On peut parier, et c'est mon sentiment, qu'un patron socialiste de pme cherchera à engager localement des travailleurs, et des senior. "

Un patron de PME même socialiste regardera en priorité où son ses intérêts. Le choix de l'origine du travailleur qui doit être embauché doit rester à l'appréciation de l'employeur. Vous parlez que les responsabilité individuelles prôné par la droite montre leur limites alors que c'est ceux qui pensent vous qui chercher à les limiter.

@ JCS,

" Ces attaques ne sont pour l’heure que des interventions parlementaires, mais la menace est sérieuse. Sous le couvert de « moderniser le droit du travail » et de l’« adapter aux nouvelles réalités », la droite propose de déréguler le temps de travail, de limiter le temps de repos des travailleurs, de les rendre disponibles sur de plus longues périodes (y compris le soir et le dimanche), "

Vous n'avez aucune légitimité ni votre parti ni le peuple pour décider à la place des travailleurs pour qui travailler le dimanche le soir ou à noël ne pose aucun problème.

" le PLR et l’UDC y disposent désormais de la majorité absolue. Et ils s’en servent, sans vergogne, pour défendre les intérêts de tant de leurs mécènes – caisse-maladies, grandes entreprises (et leurs actionnaires), assureurs-vie – que de leur clientèle : agriculteurs, partisans d’une armée dépensière, employeurs. "

Parce que pour vous les lobbies d'intérêt au parlement ne seraient qu'à droite? Vous oubliez le nombre de parlementaires de gauche syndicalistes ou membres d'association écologiste. Heureusement que la gauche en Suisse n'a pas la majorité absolue ont auraient la dictature syndicale et la dictature de l'écologie et le culte de l'état comme tout régimes socialistes qui se respectent qui n'ont que réussi à mettre en faillite ce qu'ils dirigeaient.

" Quant aux entreprises comme Uber qui fondent leur modèle d’affaire sur la sous-enchère et le non-respect de toutes les règles d’intérêt public, "

C'est quoi pour vous l'intérêt publique. Protéger les économies de rente come le monopole des taxis qui surtaxent les consommateurs fautes de pouvoir choisir une cie de taxis moins cher?.

" Car cette politique de droite à un coût, et ce coût est à la charge de la majorité de la population, des classes moyenne et modeste. Ce coût se résume ainsi : les cadeaux fiscaux vident les caisses et provoquent une succession de mesures d’austérité, "

Si la droit n'était pas là pour mette un frein aux dépenses publiques la Suisse serait endettée comme la Grèce ou l'Espagne. Mais même malgré cela les dépenses publiques en Suisse continue de grimper sans que cela vous pose un problème que tôt ou tard se sont ceux que vous êtes censé défendre qui seront les dindons de la farce. Les mesures d'austérité on le doit au socialisme. L'état trouve toujours un prétexte pour taxer et augmenter les impôts. Les classes moyennes sont bien plus victimes des faillites des l'états qui se sont surendettés en jetant l'argent des contribuables par les fenêtre comme en Grèce ou en Espagne.

" que l’on coupe dans les budget de Fedpol consacré à la lutte contre la pédophilie sur Internet, "

Par contre interdire à des pédophiles condamnés par la justice de travailler avec des enfants ça vous a posé un gros problème morale. On se demande qu'elle intérêt d'augmenter des budgets consacrés à la lutte contre le pédophilie si de l'autre côté vous défendez une justice conciliante avec les pédophiles.

D.J

Écrit par : D.J | 21/12/2016

Bonsoir M. Schwaab,
Vous intitulez votre article "mon bilan 2016" et vous ne faites dans cet article que critiquer la politique de la droite. Doit-on comprendre que votre bilan ne se limite qu'à une remise en question de la majorité ? Personnellement, je ME remets parfois en question, mais les autres, je les accepte tels qu'il sont.

Écrit par : Claude dard | 21/12/2016

En effet, dans cet épisode, on ne peut parler de confusion des sentiments. Plus largement, c’est d’incohérence dans la stratégie et l’absence d’autocritique de ces gens, dont il faut parler : on réagit au coup par coup, on diabolise, on exclut, on caricature, on amalgame, on dénigre, on détourne les passions humaines à son profit et on purifie les émotions à coup de révisions de l’histoire. La démocratie étant collectiviste par essence, il suffit de peu pour contrarier les libertés. L’existence entière est politisée, le pouvoir et les décisions sont socialisées. Les conflits sont exacerbés et une redistribution forcée des richesses mène au pillage légal. En dépit de tout cela, on s’en remet au citoyen abusé qui doit jouer à l’expert et décider de son propre sort. Mais que fait l’Etat ?

Écrit par : rabbit | 21/12/2016

"Mais que fait l’Etat ?" Bonjour monsieur ouroburos : le parti socialiste étant en fait principalement un parti des fonctionnaires...

Écrit par : Géo | 22/12/2016

@Claude dard: je pense que vous avez manqué le petit (1) dans le titre, qui annonce une suite, de même que l'avant-dernière phrase de mon billet: "Comme lors des précédentes années (cf. p. ex. mon « bilan des quatre sessions 2015 »), je publierai d’ici quelques jours un compte-rendu des principaux dossiers que j’ai traité au Parlement." Je me réjouis que vous attendiez la suite avec impatience.
Cela dit, en démocratie, quand la majorité décide de quelque chose, c'est elle seule qui doit en assumer la responsabilité. La majorité a pris des décisions, je les critiques, mais je n'aurais rien pu y changer (puisque je suis dans la minorité...).

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 22/12/2016

@motus " L'Economie est seul responsable de l'augmentation forte de l'immigration". Vous êtes sérieux ou c'est de l'humour ?

Écrit par : patrice favre | 23/12/2016

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