18/01/2018

Grave dérive démocratique : des entreprises étrangères s’achètent un référendum

Aujourd’hui a eu lieu une grave dérive démocratique : le dépôt du référendum contre la nouvelle loi sur les jeux d’argent par les jeunesses PLR, Vert’libérales, UDC et vertes. Que cette nouvelle loi soit combattue par référendum n’est pas certainement pas un problème (c'est même plutôt une bonne chose), même si il s’agit de mettre en œuvre un article constitutionnel approuvé par plus de 80% de la population en mars 2012 qui prescrit que les bénéfices des jeux d’argent doivent aller au bien commun (à l’AVS pour les casinos, au sport, à la culture, au social et aux sociétés locales pour les loteries). Je suis même plutôt optimiste quant au résultat de la future votation populaire. Les associations sportives, sociales, caritatives, culturelles ainsi que les sociétés locales ne manqueront pas de se mobiliser pour continuer à profiter des bénéfices générés par les jeux d’argent et donc pour que les citoyens confirment leur décision très claire de 2012. Les personnes soucieuses des dégâts causés par l’addiction au jeu défendront le renforcement de la prévention (même s'il aurait pu être meilleur) prévu dans la nouvelle loi. Quant aux défenseurs des consommateurs, ils soutiendront l’interdiction claire de certains systèmes de paris proches de l’escroquerie (comme les communautés de joueurs à but commercial). Il n’y a donc pas de raison de craindre cette votation, en tout cas en ce qui concerne son contenu.

Le problème vient plutôt de la façon dont les signatures ont été récoltées. Des entreprises étrangères, des casinos en ligne et des sites de poker comme Poker Stars, Interwetten et Bwin, toutes basées dans des paradis fiscaux peu regardants en matière de blanchiment d’argent comme Malte ou Gibraltar, ont en effet soutenu financièrement la récolte avec au bas mot 500'000.—Fr. Sans cet argent, le référendum n’aurait tout simplement pas abouti. Et ces entreprises étrangères mettront certainement de gros moyens financiers dans la campagne de votation. Leur but : accéder au lucratif marché suisse des jeux d’argent, y faire des profits… sans verser un centime au bien commun, malgré l’article constitutionnel. Nous nous trouvons donc face à des entreprises étrangères qui investissent des moyens financiers importants dans notre pays, pour influencer notre débat démocratique… dans le but de réaliser des profits contraires à une volonté populaire pourtant clairement exprimée quelques années auparavant. Je trouve cela très grave. Cela montre l’importance de réguler absolument le financement des campagnes politiques en Suisse (comme le demande cette initiative), car, sinon, il y aura à l’avenir certainement d’autres votations où des intérêts étrangers tenteront d’influencer la volonté populaire à coups de millions.

Et qu’en pensent les référendaires ? Ils prétendent se battre contre la « censure » sur le net (en l’espèce, le blocage des sites de paris en ligne illégaux). Les vraies victimes de véritable censure dans des pays non-démocratiques apprécieront certainement cette comparaison avec une poignée de joueurs frustrés de ne pas pouvoir aller perdre leur argent sur un casino en ligne qui ne reverse pas un centime à l’AVS.

Commentaires

Malte et Gibraltar ne sont pas considérés comme des Paradis Fiscaux, au regard des récentes publications de l'OCDE, du GAFI et du Conseil ECOFIN. Le premier pays cité a, en outre, assuré la présidence du Conseil de l'Union Européenne au premier semestre 2017. Enfin, associer fiscalité et blanchiment relève d'un préjugé aussi rudimentaire que lier race et criminalité.

Écrit par : rabbit | 18/01/2018

Ce qui caractérise le populisme intellectuel, bien sûr.

Écrit par : rabbit | 19/01/2018

C'est un raisonnement assez curieux de votre part, M.Schwaab. L'important, c'est la proposition de loi et le référendum. Le peuple tranchera. La manière dont les signatures ont été récoltées ne me paraît pas au premier plan...
La société s'est profondément transformée depuis que cette norme des signatures a été édictée. Est-ce à moi conservateur d'apprendre ceci à vous progressiste ?

Écrit par : Géo | 19/01/2018

Pourquoi encore ce prétexte de sauver la démocratie, alors que leur but dernier est d'instaurer la dictature du prolétariat. Selon Friedrich Engels en 1846, la conquête de la démocratie a pour résultat logique d'amener le communisme : "La démocratie, c'est aujourd'hui le communisme" (Karl Marx, “Œuvres“, T. 4, Pléiade, 1994).

Écrit par : rabbit | 19/01/2018

Vous mettez ici le doigt sur un problème beaucoup plus fondamental. Là où il y a démocratie directe, il y a exercice démocratique influençable, voire achetable. Là où il n'y a pas démocratie directe, il n'y a rien à vendre. C'est le travail des politiques de poser les bonnes barrières à la bonne hauteur au bon endroit, vous êtes (avez été) payé pour, mais franchement, j'imagine volontiers que ce n'est pas facile.

Écrit par : Jacques Gaillard | 24/01/2018

Je vois bien le problème, même si on peut simplement dire que ce genre de risque est le prix de la démocratie directe. J'aimerais seulement souligner que les Jeunes Vert-es ont eu un très bon flair politique et ont tout de suite créé un autre comité indépendant, en disant qu'ils voulaient pas être mêlé à ce fric. Ils ne se battent pas pour la liberté des casinos étrangers, mais contre un moyen de contrôler les échanges sur internet.

Écrit par : Vincent Rossi | 24/01/2018

C'est bien joli de prétendre qu'on se bat "pour la liberté sur Internet", alors qu'il s'agit en réalité de la liberté d'aller perdre ses sous sur le site d'un casino étranger qui ne reverse pas un centime à l'AVS, malgré le mandat constitutionnel. Il faudra peut-être que les jeunes verts comprennent que le seul effet d'un non à cette loi serait d'ouvrir le marché suisse aux casinos étrangers et affaiblirait notablement les acteurs suisses des jeux d'argent, dont la Loterie Romande. Mais bon, après, il faudra assumer.

Mais bon, c'est vrai qu'heureusement, ils n'ont pas accepté cet argent. C'est déjà ça.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 24/01/2018

Le Casino de Montreux est entré en 2003 dans le groupe français “Casino Barrière“, dirigé par le jet setteur Dominique Desseigne. Outre cette taie sur l'oeil de la déesse Arété, le casino de Divonne draine une importante clientèle romande : ce serait l'occasion d'une mobilisation citoyenne et égalitaire (après avoir fait ses courses du week end en France).

Écrit par : rabbit | 24/01/2018

M. Schwaab, quelle valeur donnez-vous à la liberté sur internet? Vous comprenez que l'effet de cette loi n'est pas seulement de contrôler le marché du jeu, mais ouvre la porte à tous les contrôles. Simple dommage collatéral? Il est permis d'en débattre sans traiter les Jeunes Vert-es de simplets insouciants.

Écrit par : Vincent Rossi | 24/01/2018

@vincent rossi: il ne faut pas fantasmer. D'une part, parce que le blocage des sites existe déjà (pour les sites pédophiles), sans que la liberté sur internet ne soit menacée. Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi bloquer des sites illégaux en matière de jeux d'argent ouvrirait la porte à d'autres blocages (les référendaires parlent de bloquer des sites comme zalando, ce qui est une absurdité sans nom). Voici des exemples:
- dans le cadre du débat sur les abus de sites comme booking.com, le blocage aurait pu être évoqué. Cela n'a pas été le cas.
- certains auraient voulu bloquer les site de téléchargement de musiques, etc. Le Conseil fédéral y a renoncé et il n'y aura pas de majorité au Parlement pour cela.

Et oui, je maintiens que les jeunes verts font une grave erreur (sans jamais les traiter de simplets, ces mots sont les vôtres). Servir la soupe à de grandes entreprises étrangères qui n'ont qu'un seul objectif: faire des profits sans respecter les règles adoptées démocratiquement en Suisse, tout en bazardant une loi, qui n'est pas parfaite certes, mais qui contient des améliorations au niveau du contrôle et de la prévention du jeu addictif, c'est jouer le rôle de l'idiot utile. Les dirigeants des casinos en ligne étranger doivent bien rigoler!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 25/01/2018

Le blocage des sites est un leurre. Soit il est inefficace car facilement contournable, soit il affecte la sécurité d'Internet, car il faut inspecter le contenu des paquets.
Pour combattre les casinos étrangers, il faut plutôt suivre la trace d'argent. Les casinos ne fonctionnent pas sans des cartes de crédit.

Écrit par : Matthias Bürcher | 28/01/2018

Bon, ben alors si ça ne marche pas, où est le problème???
Plus sérieusement, la Belgique a fait de bonnes expériences avec le blocage des sites de paris illégaux, sans que cela ne nuise au bon fonctionnement du net. En outre, les alternatives, notamment le blocage des cartes de crédits, ont été examinées en détails en commission. Aucune ne s'est avérée praticable, ce qui a conduit les opposants au blocage des sites à ne même pas faire de propositions de minorité. La seule proposition des opposants au blocage était d'ouvrir le marché aux sites de paris et aux casinos en ligne étrangers. Et dire qu'une partie des verts à soutenu pareille ânerie!

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 30/01/2018

M. Schwaab, votre ton irrité est tout aussi inutile que lassant. Nous avons compris vos arguments, nul besoin de montrer une telle agressivité. Nous ne sommes pas au CN, vous avez le temps de vous détendre, prenez-le, c'est tout le mal que je vous souhaite.

Écrit par : Vincent Rossi | 30/01/2018

M. Rossi, votre lassitude est tout aussi inutile que lassante. Respirez un bon coup et continuez d'aller servir la soupe aux casinos en ligne étrangers. Ils n'attendent que vous.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 31/01/2018

M. Schwaab, vous êtes à côté de la plaque et cette dernière remarque ne fait que vous desservir. Dommage, j'avais une meilleure opinion de vous. Je ne suis pas dans le camp des Jeunes Vert-es, mais votre agressivité vous a aveuglé.

Écrit par : Vincent Rossi | 31/01/2018

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