19/09/2018

La réponse de la droite à la précarité ? Encore plus de précarité !

La majorité de droite du Conseil national vient d’accepter un postulat PLR qui veut répondre à l’« ubérisation » des rapports de travail. Ce phénomène est généré par des plates-formes comme Uber, Batmaid ou Upwork qui prétendent uniquement « mettre en relation clients et prestataires de services ». Elles refusent donc d’être les employeurs de ces prestataires (quoi qu’en dise le droit en vigueur dans les pays où elles déploient leurs activités). Cette méthode vise surtout à exonérer les plates-formes de toutes les règles de protection des travailleurs, notamment leur assujettissement aux assurances sociales. Ce n’est rien d’autre que de la sous-enchère et de la concurrence déloyale, car ces travailleurs précaires ont souvent des revenus très très bas (16.- bruts/h pour les chauffeurs Uber !), ne serait-ce qu’à cause des marges exorbitantes prélevées par la plateforme qui les emploie et, parce que cette dernière refuse de payer les charges sociales, ils ont souvent d’importantes lacunes d’assurances sociales. En cas d’accident, de chômage, de maladie, d’invalidité… ou d’atteinte de l’âge de la retraite, ils seront donc mal couverts. Au final, c’est la collectivité qui paiera la note en leur versant aide sociale et prestations complémentaires, pendant que les plates-formes encaissent les bénéfices. Tout le monde est perdant : les travailleurs concernés, qui vivent dans la misère ; les concurrents de ces plates-formes, qui, parce qu’ils paient leur dû, sont moins concurrentiels ; leurs travailleurs, dont l’emploi est menacé ; et les contribuables, qui ramassent les pots cassés.

La solution ? Appliquer le droit en vigueur !

Cette situation est inadmissible. La solution est pourtant simple : il suffit d’appliquer le droit du travail et des assurances sociales en vigueur. C’est d’ailleurs ce que fait la SUVA, qui considère à juste titre les employés d’Uber comme des travailleurs et exige que la plateforme verse les cotisations sociales en retard, ce qu’Uber conteste devant les tribunaux, par peur de voir tout un modèle d’affaire basé sur le non-respect des règles s’effondrer. En la matière, le droit suisse du travail et des assurances sociales est plutôt bien fait (c’est assez rare pour le relever !) : les règles pour définir qui est salarié et qui est indépendant sont claires et peuvent s’appliquer sans problèmes aux travailleurs des plateformes. Mais encore faut-il le vouloir.

La « solution » du PLR ? Encore plus d’ubérisation !

Malgré cette solution évidente, le PLR en propose une autre, qui ne manquera pas d’encourager l’ubérisation et d’aggraver la précarité : créer une nouvelle catégorie de travailleurs, les « travailleurs de plateforme », qui « offrira une certaine couverture sociale, mais (…) sera moins favorable que celle d'un salarié. » Le PLR, qui fait décidément preuve d’un libéralisme de plus en plus radical, propose donc de répondre aux tentatives des plateformes d’affaiblir la protection des travailleurs… par un affaiblissement de cette protection. D’ailleurs, dans cette histoire, c’est certainement son objectif ultime.

 

Commentaires

Par quels moyens empêcher ce que vous dénoncez?
L'insécurité, la précarisation croissantes concernant les travailleurs avec, par le fait, le recours à l'aide sociale et prestations complémentaires conséquence de tels salaires de misère?

A trop, et toujours plus, et toujours plus de monde faire appel au social... et si un jour l'argent venait à manquer?

Comment avoir trouvé le moyen d'accepter ce postulat PLR?

"Un pour tous, tous pour un"!
Aux oubliettes… la solidarité ?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2018

P.S.

Que penser de ja fusion PLR?

Combien de radicaux défunts doivent se retourner dans leurs tombes!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2018

Le PLR est une chimère politique, un parti qui allie deux "ennemis", des étatistes et des anti-étatistes, soit les radicaux et les libéraux. Les premiers, qui ont tout de même "fait" la Suisse moderne au XIXème siècle, et qui étaient la "gauche" de l'époque, se sont hélas laissé bouffer tout cru par les seconds, sans doute par angélisme, mais aussi et surtout par ignorance, et par cupidité. Souvenez-vous du psychodrame qu'a tout de même été cette fusion voulue par la "tête", soit les élites, et non par la base. Le PLR est le cheval de Troie en Suisse de l'ultra-libéralisme, et votre billet le montre bien. C'est pourquoi je me réjouis du prochain départ de Pierre Maudet, traitre au Canton qui est ma patrie et que j'aime, en bon Genevois que je suis, mais dont cet individu rend l'amour difficile!
Cordialement,
Jacques Louis Davier, citoyen de Genève

Écrit par : Jacques Louis Davier | 20/09/2018

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