28/07/2019

Les cyberattaques russes contre les élections US montrent (à nouveau) les risques du vote électronique

La NZZ a récemment présenté un rapport de la commission des services secret du Sénat étatsunien sur les tentatives russes d’ingérence dans le processus électoral de 2016. S’il est clair que les enjeux géopolitiques dépassent largement ce qui se passe en Suisse, ce rapport n’en est pas moins fort intéressant dans un contexte où diverses organisations (notamment celle des Suisses de l’étranger) et administrations (certains cantons, dont FR et NE) veulent instaurer coûte que coûte le vote électronique. Il est aussi fort regrettable qu’aucun média romand n’en ait parlé. Il est vrai que ces derniers semblent être plutôt favorables au vote électronique.

Ce rapport est très inquiétant. Il montre en effet que des hackers ont mené tentatives de manipuler les résultats dans tous les états US. Certes, il n’y a pas de preuve qu’elles aient été couronnées de succès (ce qui n’est pas de nature à rassurer, car il est possible de manipuler un résultat de vote électronique de l’intérieur sans laisser de trace, contrairement à un vote « papier » – c’est en tout cas ce que démontre une analyse du système utilisé en Suisse). Mais, dans un cas au moins, des données provenant d’un registre des électeurs ont été volées. Un autre aspect qui doit nous inquiéter : la lutte contre ces fraudes est difficile en raison du fédéralisme, en particulier de la compétence qu’on les états de gérer le processus électoral, compétence sur laquelle ils veillent jalousement. Cette situation est comparable à ce qui se passe en Suisse, où l’on assiste à un positionnement ubuesque de certains cantons, qui en viennent à ne pas vouloir abandonner le vote électronique « parce que des montants importants y ont été investis » et menacent La Poste de dommage-intérêts parce que cette dernière abandonne son système au nom de la sécurité… après avoir tenté de tourner en ridicule les sceptiques qui osaient annoncer que cette histoire allait finir en coûteux fiasco.

Autre point qui devrait faire résonner les alarmes : la Russie semble faire beaucoup d’efforts pour investiguer le fonctionnement des systèmes de vote électronique (alors qu’en Suisse, La Poste a volontairement restreint le périmètre des tests !). L’ampleur et la nature de ces activités restent toutefois soumise à conjecture, car cette partie du rapport est caviardée (p. 28). Dernier point inquiétant relevé par la NZZ, certains (en l’espèce : les républicains) semblent avoir intérêt à minimiser ces menaces, pourtant bien réelles. On assiste à la même chose dans notre pays (même si c’est pour d’autres motifs) : tous les incidents touchant au vote électronique ont été systématiquement minimisés par les milieux favorables à son introduction. Qui ont de plus le culot de prétendre, sans la moindre preuve, que le vote sur papier serait moins fiable que le e-voting. Sans oublier leur propension à soustraire le vote électronique aux tests efficaces qui pourraient en révéler les failles.

Quoi qu’il en soit (et en comparant ce qui est comparable), il faut retenir de ce rapport que la numérisation du processus électoral ouvre de nouvelles possibilités de la manipuler. Et que certains, notamment des Etats, en ont tout à fait les moyens. Dans ce contexte, il est tout simplement irresponsable de forcer l’introduction du vote électronique, même en se cachant derrière le slogan « la sécurité avant la précipitation ». Car, à l’heure actuelle, il n’y a tout simplement pas de « sécurité » en la matière. Toute introduction du vote électronique, même sous forme de test, même limité à un public-cible restreint comme les Suisses de l’étranger doit donc être considérée comme de la précipitation.

Heureusement, en Suisse, il est encore possible d’éviter d’en arriver là, en signant l’initiative pour un moratoire sur le vote électronique.

Commentaires

Vous avez parfaitement raison, dans le sens où la Suisse peut s'épargner les frais de développement d'un système de vote électronique susceptible de livrer notre démocratie aux hackers du monde entier, alors que des techniques de manipulation de l'opinion existent depuis plus longtemps que les théories de l'information, et que l'on peut les voir à l'oeuvre dans les médias et les réseaux sociaux sans exiger beaucoup de formation pour le comprendre (*). Quant à la question de savoir si le refus du vote électronique est, ou pas, une technique d'enfumage pour éviter le vote des 760'200 Suisses de l'étranger (à fin 2018), je n'y répondrai pas : après tout, nous sommes en démocratie libérale et que chacun se débrouille avec ce qu'il a entre les deux oreilles.

(*) Commencez déjà par ça : « Que sais-je ? », n° 1271, « Histoire de la Propagande », par Jacques Ellul.

Écrit par : rabbit | 30/07/2019

« La décision de La Poste Suisse d'abandonner avec effet immédiat son système de vote électronique est un dur revers pour les Suisses de l'étranger. Une part non négligeable des votants vivant à l'étranger ne pourra pas participer aux élections du Conseil national qui approchent. Leurs droits politiques se voient ainsi largement bafoués.
La décision de la Poste touche les Suisses de l’étranger autorisés à voter dans les cantons de Neuchâtel, Fribourg, Thurgovie et Bâle-Ville, qui doivent à présent entièrement renoncer au canal de vote électronique. Dans bon nombre de cas, cela revient à une exclusion du scrutin: selon le pays de résidence, le vote par courrier ne constitue en effet pas une option, soit parce que le matériel de vote arrive trop tard à destination, soit parce qu’il est impossible de renvoyer son bulletin rempli à temps.
L’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE), qui représente les intérêts des 760 200 Suisses vivant à l’étranger, est consternée par cette récente évolution de la situation qui signifie de fait la fin du vote électronique: après qu’en juin déjà le canton de Genève a abandonné son système d’e-voting utilisé par six cantons, les élections fédérales de l’automne auront lieu sans aucune offre de vote électronique pour les Suisses de l’étranger.
Le risque augmente ainsi de voir la participation de la «Cinquième Suisse» reculer au lieu de progresser. Il s’agit là d’un énorme pas en arrière pour la politique suisse, qui compte sur la participation politique de ses citoyens vivant à l’étranger. À présent, au lieu de pouvoir prendre part à la vie politique, ils en seront en réalité exclus. L’OSE est par conséquent très déçue aussi de la décision du Conseil fédéral du 26 juin d’interrompre ses efforts en vue de l’introduction du vote électronique pour tous. L’OSE considère que l’inverse serait souhaitable, à savoir que les autorités s’engagent davantage en faveur du développement d’un canal de vote électronique fiable, digne de confiance et dont le financement serait assuré. »
(05.08.2019, Anne-Catherine Clément, Communications & Marketing, OSE)

Écrit par : rabbit | 05/08/2019

Monsieur Schwaab, encore une fois, vous n'avez rien comprit !

En 2016, il ne s'agissait pas de trucages informatiques sur les scrutins, mais des manipulations sur les réseaux, un peu comme les sondages "officiels" et les fakes news !!

Il me semble au contraire que ce que certains poussent jusqu'à les appeler "les risques du vote électronique" rééquilibre la balance stalinienne des biens-pensants de la population.

Écrit par : Corto | 06/08/2019

Et comme si la Suisse avait besoin d'ordinateur pour truquer les scrutins !!

Écrit par : Corto | 06/08/2019

On se demande pourquoi la gauche insiste autant dans cette croisade contre le vote électronique, ne savent-ils pas comment truquer les votes avec l'informatique ?

Écrit par : Corto | 06/08/2019

Et comme si la Suisse avait besoin d'ordinateur pour truquer les scrutins !
Écrit par : Corto | 06/08/2019

On se demande pourquoi la gauche insiste autant dans cette croisade contre le vote électronique, ne savent-ils pas comment truquer les votes avec l'informatique ?

Écrit par : Corto | 06/08/2019

On se demande comment "Monsieur Schwaab" peut tolérer de tels commentaires ? Est-ce digne d'un notable d'un parti gouvernemental ? En aucun cas !

Écrit par : Géo | 06/08/2019

Comme quoi, nul besoin de la Russie :

Google accusée d’œuvrer à la défaite de Trump en 2020. L’entreprise était déjà accusée de censurer les contenus de droite

Roland Favre alias "Géo", dis-voir, tu me cherches, tu me cherches, tu ne serais pas un peu attiré sur les bords ?

C'était comment en Afrique de ce coté là ?

Écrit par : Corto | 06/08/2019

Élevons-nous un instant au-dessus de la Gazette des Alpage et examinons ce que l'on dit aux States, à propos des essais de vote par téléphone cellulaire réalisés dans certains comtés : http://www.citylab.com/life/2019/07/blockchain-voting-mobile-app-election-cybersecurity-hackers/594520/ .
À chacun selon ses préjugés, puisque la neutralité axiologique n'est pas une vertu politique. Mais une phrase en forme de slogan retient tout de même l'attention : « "When they suppress black voters in the South, they don’t say it’s because they don’t want people who are black to vote", he said. "They say, Elections aren’t secure."». Well !
En effet, n'est-il pas judicieux de bloquer un atlas politique de la Suisse sur lequel on déjà sécurisé ses positions, plutôt que laisser encore 760'200 Suisses aux sensibilités inconnues entrer dans l'arène et risquer de bousculer le paysage électoral ?

Écrit par : rabbit | 06/08/2019

@Rabbit, d'accord, et pourquoi ne pas faire des élections basées sur des scrutins papier et en même temps doublés par des scrutins électroniques, histoire de tester, tant les dispositifs électroniques que les éventuelles tricheries possibles avec les bulletins en papiers.

Personne ne parle de certaines manipulations des scrutins papiers, pourtant ils existent et sont bien protégés par le gotha politique.

Écrit par : Corto | 06/08/2019

La gauche réactionnaire est hostile aux technologies: elle multiplie les régulations pour s'en arroger le contrôle, sous un prétexte inventé pour l'occasion du principe de précaution. Tout comme elle est hostile à l'universalisme, prompte à dénoncer le monde et ses particularités qui dérangent son confort intellectuel : au lieu de chercher à comprendre, elle prêche le repli, l'immobilisme. On peut désormais dire que les progressistes autoproclamés haïssent le progrès sous toutes ses formes.

Écrit par : rabbit | 06/08/2019

Je me rappelle d'un policier lausannois qui il y a presque 50 ans me racontait que la nuit tombée, des membres d'un parti vaudois visitaient longuement le local où se trouvaient les urnes entre le samedi et le dimanche.

J'ai moi même vécu un phénomène semblable qui a fait qu'un journal avait titré ; "une tempête dans un verre d'eau" après avoir prouvé qu'un responsable d'un bureau de vote avait truqué les urnes, j'avais déposé plainte et j'ai failli me faire lyncher.

Vous me direz que le canton de Vaud est particulier à tous les niveaux, mais le procureur genevois a classé fissa l'enquête concernant la dernière affaire !

Une autre affaire semblable et aussi récente avait connu le même sort !

Mais il vrai que les votes électronique terrorisent certains élus, bizarre, aurait-ils si peur de fraude alors qu'ils étouffent les affaire à coups de procureurs lorsqu'une affaire éclate ?

Écrit par : Corto | 06/08/2019

Autre détail, la Suisse soutient tous les dictateurs sanguinaires de la planète et dénonce dans pays les fraudes électorales qu'elle organise en sous-main et avec des barbouzes comme Bob Denard, un grand habitué des salons feutrés du quartier des banques à Genève et à Lausanne !

Que dire d'un certain françois genoud, banquier d'hitler et membre du gotha vaudois ?

Genoud qui a installé la corruption algérienne constituée de meurtriers étroitement liés au PS helvétique ?

Donc le pays qui organise le plus de tricheries électorales dans le monde serait si concerné par d'éventuelles tricheries dans ses rangs ?

Ca ne tient pas cette histoire !!

Écrit par : Corto | 06/08/2019

Écrit par : Corto | 06/08/2019

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