06/08/2019

avenir.suisse nous refait le coup de la « génération Z » et du vote électronique

Voilà un soutien dont le vote électronique se serait bien passé. Alors que la Confédération vient d’y renoncer pour les prochaines élections fédérales, que La Poste/Scytl abandonnent leur système pour des raisons de sécurité, que les Cantons commencent à se rendre compte que cela va terminer en coûteux fiasco et que la publication des rapports d’audit mandatés par la Chancellerie fédérale confirme que ce n’est pas du tout au point, voilà que la boîte à idées néolibérale (ou ultralibérale, je ne sais plus trop) avenir.suisse publie un plaidoyer pour la « démocratie directe numérique » qui prône sa généralisation. Arguant que le vote électronique « renforcerait la démocratie » (rires enregistrés), que ce serait « sûr » (rires enregistrés), plus sûr même que le vote traditionnel sur papier (énormes éclats de rires enregistrés) et que… roulement de tambour… cela permettrait d’éviter que la « génération Z », (enfin, les millenials, quoi) ne se détourne des urnes. Car c’est bien connu, cette fameuse « génération » ne vit que par le numérique et ne veut que du numérique.

Alors celle-là, ça faisait longtemps qu’on ne l’avait plus entendue. En effet, si, lors de ses débuts, le vote électronique était vendu comme « le » moyen de faire voter les jeunes (comme c’était il y a plus de 10 ans, on ne parlait pas encore de « génération Z »), cela fait belle lurette que plus aucun partisan du e-voting ne promet une hausse de la participation grâce à cet outil. Car les faits démontrent que ce n’est pas le cas. Cela a été maintes fois investigué et rappelé : le vote électronique ne permet pas d’augmenter la participation. Désormais, avenir.suisse mise à part, plus aucun partisan n’utilise cet argument. La plupart ne vendent désormais plus le vote électronique que pour certains publics-cible, comme les Suisses de l’étranger.

Bref, avenir.suisse arrive comme la grêle après la vendange. En outre, elle fait montre de son manque habituel de sérieux. D’ailleurs, il est piquant de constater que ce manque crasse de sérieux est justement révélé par la méthode qu’emploie avenir.suisse pour faire croire que ses propositions sont sérieuses : les notes de bas de pages et les références scientifiques. C’est vrai que ça en jette, ces références. Et cela confère un vernis de sérieux indéniable à n’importe quelle publication, fût-elle issue des délires psychédéliques d’une bande d’allumés biberonnés d’idéologie ultralibérale (à moins que ce ne soit néolibérale). Or, dans le document d’avenir.suisse qui prône le vote électronique, le passage consacré à la « génération Z » (cf. p. 59) ne contient presque pas de référence. Et la seule qu’on y trouve est une référence… à une publication qui démontre que le vote électronique n’augmente pas la participation des jeunes, même ceux de la classe d’âge que certains appellent « génération Z ». Les propositions d’avenir.suisse en matière de vote électronique ne reposent donc sur rien… si ce n’est des faits qui démontrent justement qu’elles ne valent rien.

Il faut d’ailleurs relever que cette fameuse « génération Z » n’existe pas (ce n’est qu’un concept marketing – re-pan dans le sérieux d’avenir.suisse !). En outre, si on considère la classe d’âge des jeunes nés aux alentours de l’an 2000 (même sans en faire une « génération » aux intérêts et objectifs homogènes), on constate notamment qu’ils souffrent de la fracture numérique comme les autres générations, certains étant même au bord de l’illettrisme numérique. Voilà pour les besoins des « jeunes » en matière de vote électronique.

Dernier point à propos des propositions d’avenir.suisse sur le vote électronique (en tout cas pour l’instant, car ce papier contient tellement de bêtises que j’y reviendrai, promis !) : la boîte à idées y vante les mérite de la « vérifiabilité individuelle », le nouveau machin qui, promis-juré, doit rendre le vote électronique sûr. Or, le JOUR AVANT LA PARUTION DES PROPOSITIONS d’avenir.suisse, la Chancellerie fédérale a publié les rapports d’audit du e-voting, lesquels concluent que cette fameuse « vérifiabilité » ne peut pas être démontrée et n’a pas été assez investiguée (cf. cette excellente analyse en allemand). Bref, à nouveau, avenir.suisse base ses propositions sur du vent.