09/09/2019

Une analyse critique du questionnaire « smartvote » 2019 (2/2)

Dans mon dernier billet, je vous avais promis une analyse détaillée de certaines des questions de smartvote. J’en ai choisi quelques-unes particulièrement mal posées, même si elles portent sur des sujets d’une grande importance qui mériteraient d’être un peu détaillés.

Les rentes de la caisse de pension doivent-elles être adaptées à l'allongement de l'espérance de vie (réduction du taux de conversion)? La formulation de cette question est tendancieuse et donc à des lieues de la prétendue neutralité qu’affiche smartvote. En effet, elle laisse entendre que l’espérance de vie serait le seul problème que doit affronter le deuxième pilier. Et que la seule solution à ce problème serait de baisser le taux de conversion. Or, la première affirmation est fausse : les problèmes de financement du deuxième pilier viennent aussi des mauvais rendements des marchés financiers. Et ces problèmes peuvent être résolus par d’autres mesures que la seule baisse des rentes. Mais smartvote n’est pas du genre à s’arrêter à ces détails.

Une initiative souhaite donner à la Confédération plus de compétences pour prendre des mesures permettant la diminution des coûts de la santé (introduction d'un frein aux coûts). Êtes-vous en faveur de cette proposition ? Ben oui, bien sûr. A condition de savoir quelles seraient ces fameuses « mesures permettant la diminution des coûts de la santé ». Car tant qu’on ne sait pas ce que c’est, impossible d’être contre. D’ailleurs, même les auteurs de l’initiative en question ne le savent pas, sinon, ils l’auraient écrit dans leur texte. Mais, là encore, ce genre de détail n’intéresse pas smartvote. Peut-être aurait-il été plus intelligent (pardon, plus « smart ») de poser la question sur l’initiative lancée par l’UDC qui souhaite supprimer l’assurance maladie universelle ? Voilà qui est probablement trop précis pour smartvote. Dommage que les parlementaires, eux, sont obligés de se prononcer sur des propositions précises. Et la hausse des franchises, à laquelle l’UDC n’a renoncé que parce que les élections approchaient ? Il serait intéressant de savoir ce qu’en pensent ses candidats… et donc ce qu’ils feront une fois élus ! Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler que certains, notamment au PLR, prônent la franchise minimale à 1000.—Fr. Voilà une question précise, avec un impact majeur sur le pouvoir d’achat et la santé de la population qu’il aurait été très facile de poser. Cette question aurait eu aussi l’avantage de montrer nettement les différences entre partis et candidats. Elle aurait aussi permis de savoir si la reculade de l’UDC n’était qu’une manœuvre stratégique… Mais voilà, smartvote ne la pose pas. C’est que ça ne doit finalement pas être si important que ça.

Le concept de l'école intégrative prévoit que les enfants ayant des difficultés d'apprentissage ou des handicaps soient scolarisé·e·s dans des classes ordinaires. Soutenez-vous cette approche? Voilà une bonne question. Qui ne concerne pas la Berne fédérale, car elle relève de la compétence exclusive des cantons. Les futurs élus au Parlement fédéral n’auront donc pas à s’en occuper. En plus, il est tout simplement impossible de répondre à cette question tant qu’on ne peut pas garantir que les moyens nécessaires à cette intégration suivront. Je ne sais pas ce que smartvote connaît de cette problématique, mais moi, je la connais bien. Très bien même.

Ce ne sont d’ailleurs pas les seules questions qui touchent à la compétence exclusive des cantons (aide sociale, horaires d’ouverture des commerces, scolarité). Quand je pense que smartvote m’a répondu qu’ils ne pouvaient pas parler de harcèlement (notamment sexuel) faute de place (alors qu’il s’agit quand même d’un des thèmes majeurs du moment), ils feraient mieux de se concentrer sur ce qui relève de la politique fédérale.

La Suisse devrait-elle conclure un accord de libre-échange avec les Etats-Unis? Ça dépend du contenu d’un tel accord. S’il concerne l’agriculture, l’alimentation ou la santé publique, ce sera niet. De même s’il contient un mécanisme d’arbitrage entre Etats et investisseurs (ISDS). Mais impossible de le savoir, car cet accord (qui ne sera peut-être jamais conclu) n’en est qu’à un stade si préparatoire que personne n’est capable de dire ce qu’il contiendra exactement. Il est donc impossible de répondre à la question. Quant à l’accord de libre-échange, très actuel, lui, avec le Mercosur… smartvote n’en dit pas un mot !

Des mesures, des mesures, des mesures ! Oui ! des mesures !

De nombreuses questions sur toutes sortes de sujets se restreignent à ceci : Faut-il prendre des mesures, fixer des règles, etc. ? C’est bien joli, mais lesquelles ??? Tout le monde est pour faire quelque chose, mais c’est généralement au niveau du « que faut-il faire » que les désaccords surviennent. Et c’est justement sur le « comment » que les différences politiques, notamment entre la gauche et la droite, sont capitales.

Comme si ces questions n’étaient pas assez vagues, smartvote continue le festival des banalités, lieux communs et autres slogans de café du commerce à deux balles, sobrement intitulé « attitudes de valeurs » (quoi que ça puisse bien vouloir dire…). Mais lisez plutôt vous-même !

La semaine prochaine, je vous parlerai de vimentis, un autre questionnaire de « recommandation de vote ». Qui est bien pire que smartvote. Ce qui n’est hélas pas nouveau !

Commentaires

On se croirait de retour à l'époque byzantine, où la question ayant longtemps mobilisé les intelligenc

Écrit par : rabbit | 12/09/2019

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