17/09/2019

Questionnaires électoraux – pire que smartvote: vimentis (encore)

Il y a quatre ans, je prétendais que vimentis prenait les gens pour des imbéciles. Je maintiens. Contrairement à smartvote, ils n’ont rien amélioré. Pis, certaines erreurs sont si flagrantes que ça en devient franchement pathétique.

Il ne s’agit pas seulement, comme smartvote, de questions vagues ou imprécises, ni de blabla de café du commerce. Plusieurs des questions sont truffées de fautes grossières et ont manifestement été rédigées par des gens qui n’y connaissent rien. Ou qui ne se sont pas donné la peine de se renseigner. Voyons plutôt :

En cas d’actes délictueux, une détention provisoire doit davantage être prononcée plutôt qu’un travail d’intérêt général et des sanctions pécuniaires. En cas d’actes délictueux, un tribunal peut condamner à la détention. Mais pas la détention provisoire, qui intervient éventuellement avant le jugement. En plus, depuis la récente réforme du droit pénal, le travail d’intérêt général n’est plus une peine, mais une mesure d’exécution de la peine. Et enfin, les « sanctions pécuniaires » peuvent être une amende (qui s’ajoute à la peine de prison ferme ou avec sursis) ou des « jours-amendes », qui sont une peine pécuniaire (qui peut être prononcée avec ou sans sursis elle aussi) qui se transforme en détention en cas de non-paiement. Bref, vimentis confond tout et raconte n’importe quoi.

Davantage de personnes doivent avoir droit à une réduction des primes d’assurance-maladie. Pour ce faire, les cotisations fédérales et cantonales sont augmentées. Il ne s’agit pas de « cotisations », mais de « contributions ». Ce n’est pas le même type de financement et ça n’a pas le même but. Les cotisations sont en général payées par les assurés d’une assurance sociale et donnent droit à un prestation. Les contributions sont des moyens prélevés sur le budget d’une collectivité publique et sont en général à fond perdu. Mais bon, c’est vrai que dans les deux cas, on parle bien d’argent, alors pourquoi s’embêter avec les détails ?

Les critères d’admission aux écoles cantonales doivent être renforcés. L’école obligatoire étant gratuite et obligatoire, il n’y a pas de critères d’admission que l’on pourrait « renforcer ». Je me suis d’abord dit que peut-être que vimentis confondait entre « Kantonsschule » et école du secondaire II ? Car, dans certains cantons alémaniques, les écoles du secondaire II (gymnase ou lycée) s’appellent effectivement « Kantonsschule ». Mais en fait, ce n’est même pas une erreur de traduction, car la question suivante parle de « lycée » à propos du secondaire II (sans préciser toutefois qu’en Suisse romande, les écoles de ce type ne s’appelle pas « lycée » dans tous les cantons… pfff, c’est compliqué, la Suisse). 

Pour maintenir les mesures visant à protéger les salaires et les conditions de travail (appelées mesures d’accompagnement), la Suisse ne doit pas signer l’accord-cadre institutionnel et accepter que l’accord relatif aux obstacles techniques au commerce (MRA) ne soit pas renouvelé. Les mesures d’accompagnement sont liées à l’accord sur la libre circulation des personnes (qui ne doit pas être « renouvelé », mais peut être « dénoncé » ce qui n’est pas la même chose). Elles ne sont pas liées à celui sur les entraves techniques au commerce. D’ailleurs, que vient-il fait ici, celui-là ??? Vimentis réussit de confondre les accords internationaux à un moment où ceux-ci sont sous les feux de la rampe et où un peu de précision s’impose pour que l’on sache bien de quoi on parle… Enfin, lorsqu’on parle d’accords internationaux, le terme exact est « ratifier », et non « signer ».

 

Le même déséquilibre que smartvote

Au niveau de la répartition des sujets, vimentis ne fait pas mieux que smartvote, même s’ils traitent de certains sujets très actuels totalement négligés par celui-ci, comme l’accord-cadre avec l’UE et les mesures d’accompagnement (même si l’intitulé de la question est farfelu, cf. ci-dessus). Comme smartvote, vimentis pose aussi des questions assez hors-sujet : Il y a en effet de nombreuses questions sur l’école primaire, qui n’est pas un sujet de politique fédérale (mais cantonale) et sur lequel les futurs élus fédéraux n’auront pas à se prononcer. Enfin, vimentis oublie totalement le vote électronique… (ce que smartvote n’oublie pas, lui).

Quant à l’équilibre des thèmes des questions, il est encore plus mauvais que chez smartvote. Les questions liées à la migration sont surreprésentées : 9 questions sur 73 ! C’est aussi le cas de la sécurité/défense : 10 (dont 4 liées à la migration, ce qui laisse sous-entendre que vimentis conçoit la migration essentiellement en tant que problème de sécurité. Bref, on pourrait croire que ce questionnaire a été calibré pour l’UDC (alors que smartvote et ses nombreuses questions sur l’environnement semble plutôt calibré pour le PS et les verts).

Conclusions : les erreurs sont si monumentales et la conception du questionnaire si bâclée qu’on ne peut qu’en conclure que vimentis est encore moins sérieux que smartvote.

 

Le questionnaire de vimentis commençait très mal (mais a été corrigé entre-temps). Dès la page d’accueil du questionnaire de recommandation de vote, première bourde : on avait le choix entre « élection au conseil national » et… « élection au Conseil d’Etat ». Celle-là, il fallait la faire. Le « conseil d’Etat », dans certains cantons, c’est le gouvernement (exécutif). Alors que le 20 octobre, dans la plupart des cantons, on élit le Conseil des Etats. Un législatif. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe. Et ça n’est certainement pas un problème de traduction, car, en Allemand, « Conseil des Etats » se dit « Ständerat », alors que « Conseil d’Etat », c’est « Regierungsrat » ou « Staatsrat » (allez, avec la deuxième formule, on admettra le risque de confusion, c’est presque les mêmes lettres).

Commentaires

Pourquoi ne suis-je pas surpris de ces critiques envers les seuls outils qui permettent de se faire une vague idée des personnes que l'on souhaite élire ?
Et pourquoi ne disposons-nous toujours pas d'outils qui nous permettent de suivre en temps réel les votes des élus et la corrélation avec les promesses électorales ?
Poser les questions c'est déjà y répondre.

Écrit par : Pierre Jenni | 21/09/2019

Et puis, au lieu de critiquer, pourquoi la classe politique refuse-t-elle de développer ces outils ? Smartvote cherche a survivre avec le financement participatif. Ne serait-ce pas à la Confédération de développer ces moyens de faire fonctionner la démocratie ?

Écrit par : Pierre Jenni | 21/09/2019

Et voilà ce que ça donne lorsque l'on ne propose pas un outil neutre : http://stephanemontabert.blog.24heures.ch/archive/2019/09/22/le-pdc-montre-les-dents-de-lait.html

Bon, il semble qu'entre-temps le PDC ait retiré ce site (candidats2019.ch) qui lui ferait plus de tort de que bien. Mais la démarche illustre bien l'énorme vide qui n'encourage pas à participer.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/09/2019

On peut aussi considérer les personnes s'adonnant à la politique comme des êtres peu recommandables, sans scrupules ni moralité, dépourvus de distinction et de savoir-vivre, bafouant les règles de civilité ainsi que les usages. Certains rangent les vendeurs d'assurances ou de voitures dans le même sac, alors que les deux derniers sont plus utiles que les précédents. Plus qu'une théorie, c'est une hygiène de vie de plus de cinquante ans.

Écrit par : rabbit | 23/09/2019

Oui, rabbit, c'est une des raisons qui me poussent à encourager le développement de ces outils qui permettraient déjà de faire l'impasse sur le parlement par une véritable démocratie directe.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Démocratie_liquide

Écrit par : Pierre Jenni | 23/09/2019

Oui, rabbit, c'est une des raisons qui me poussent à encourager le développement de ces outils qui permettraient déjà de faire l'impasse sur le parlement par une véritable démocratie directe.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Démocratie_liquide

Écrit par : Pierre Jenni | 23/09/2019

Monsieur Jenni, vous avez carte blanche ! Faites-nous un beau concept et j'essaierai de le vendre aux Chinois.

Écrit par : rabbit | 24/09/2019

J'avoue ne rien comprendre à la mentalité chinoise. Mais j'avoue une maigre expérience d'un mois au Tibet. Meyo semble vouloir dire non et c'est la réponse que j'obtenais partout où je demandais pour manger ou dormir et pourtant à la fin il y avait tout ça disponible.
Il semble aussi qu'ils voient la santé sous un tout autre angle, plus inclusif. La maladie n'est pas juste un truc à éradiquer mais une réponse à un dysfonctionnement, une alerte bienvenue.
Pour les questions environnementales et sociétales, les chinois font partie de ceux qui écoutent Jeremy Rifkin. Ils sont donc déjà en train d'organiser la transition.
Mais le jour où ils donneront la voix au peuple, je boufferai les pissenlits par la racine. Et encore...

Écrit par : Pierre Jenni | 24/09/2019

没有 signifie: «il n'y en a pas». Vous demandez une pizza au caviar à Chengdu, on vous répond : «Méiyǒu !».

Écrit par : rabbit | 24/09/2019

Oui, c'est bien ce que j'avais compris. Sauf que je ne demandais pas la lune. J'aimerais comprendre pourquoi on me disait "il n'y en a pas" alors que au final il y en avait à manger et un endroit pour dormir.

Écrit par : Pierre Jenni | 24/09/2019

En dehors des situations courantes, il y a énormément de choses que je n'essaie même pas d'interpréter : seul le résultat compte. Quand Mme Rabbit est là, je lui laisse le plaisir de se disputer avec ses anciens congénères. Mais, pour avoir vécu longtemps en Suisse, il lui arrive aussi d'être dépassée par le bruit et la fureur.

Écrit par : rabbit | 24/09/2019

Alors nous sommes très différents sur ce point. Le résultat n'est pour moi qu'une étape dans un processus éminemment intéressant dont chaque moment contient la richesse et le potentiel d'un résultat.
Ma mère a fonctionné sur le modèle de se programmer des buts à atteindre durant toute sa vie et elle semble aujourd'hui plutôt contente du résultat.
Pourtant, lorsque je lui propose pour ses nonante ans de lui coller une personne de confiance pour écrire son histoire elle m'a brutalement dit non. "Je ne veux pas ranimer les souffrances, je suis en paix et je tiens à le rester." Chrétienne, elle fonctionne sur le mode du pardon.
Mais je m'interroge. Pardonner quoi et à qui ? Seule elle a été blessée par son interprétation d'un comportement. N'a-t-elle pas enfoui son amertume au fond d'un tiroir pour justifier la fin. A vouloir atteindre ses buts, n'a-t-elle pas accepté certains compromis qu'elle a trainés comme des boulets ?
Je ne sais. Mais pour moi qui n'ait pour ainsi dire aucun but si ce n'est de rester sain de corps et d'esprit, je me fous du résultat. Seul le chemin fait sens. Et chaque moment peut être source de plaisir lorsque l'intention disparait. Alors "meyo" reste pour moi une énigme à résoudre un de ces quatre.

Écrit par : Pierre Jenni | 24/09/2019

"Vous demandez une pizza au caviar à Chengdu, on vous répond : «Méiyǒu !"
Vous êtes dans un bon restaurant de Ouaga (il n'y en a pas des masses...). Vous demandez au garçon s'il y a du capitaine (NB : perche du Nil...).
" Y en a mais y en a pas"...
On comprend mieux cette affinité entre Chine et Afrique...

Écrit par : Géo | 24/09/2019

En effet, Géo : il faut avoir passé quelques années dans ces deux régions pour savoir démêler l'utilité de l'utile de l'utilité de l'inutile, comme nous l'enseigne Zhuangzi. Tout le reste n'est que billevesées, disait à son tour Maître Capelo

Écrit par : rabbit | 25/09/2019

Alors nous sommes très différents sur ce point. Le résultat n'est pour moi qu'une étape dans un processus éminemment intéressant dont chaque moment contient la richesse et le potentiel d'un résultat.
Ma mère a fonctionné sur le modèle de se programmer des buts à atteindre durant toute sa vie et elle semble aujourd'hui plutôt contente du résultat.
Pourtant, lorsque je lui propose pour ses nonante ans de lui coller une personne de confiance pour écrire son histoire elle m'a brutalement dit non. "Je ne veux pas ranimer les souffrances, je suis en paix et je tiens à le rester." Chrétienne, elle fonctionne sur le mode du pardon.
Mais je m'interroge. Pardonner quoi et à qui ? Seule elle a été blessée par son interprétation d'un comportement. N'a-t-elle pas enfoui son amertume au fond d'un tiroir pour justifier la fin. A vouloir atteindre ses buts, n'a-t-elle pas accepté certains compromis qu'elle a trainés comme des boulets ?
Je ne sais. Mais pour moi qui n'ait pour ainsi dire aucun but si ce n'est de rester sain de corps et d'esprit, je me fous du résultat. Seul le chemin fait sens. Et chaque moment peut être source de plaisir lorsque l'intention disparait. Alors "meyo" reste pour moi une énigme à résoudre un de ces quatre.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/09/2019

Alors nous sommes très différents sur ce point. Le résultat n'est pour moi qu'une étape dans un processus éminemment intéressant dont chaque moment contient la richesse et le potentiel d'un résultat.
Ma mère a fonctionné sur le modèle de se programmer des buts à atteindre durant toute sa vie et elle semble aujourd'hui plutôt contente du résultat.
Pourtant, lorsque je lui propose pour ses nonante ans de lui coller une personne de confiance pour écrire son histoire elle m'a brutalement dit non. "Je ne veux pas ranimer les souffrances, je suis en paix et je tiens à le rester." Chrétienne, elle fonctionne sur le mode du pardon.
Mais je m'interroge. Pardonner quoi et à qui ? Seule elle a été blessée par son interprétation d'un comportement. N'a-t-elle pas enfoui son amertume au fond d'un tiroir pour justifier la fin. A vouloir atteindre ses buts, n'a-t-elle pas accepté certains compromis qu'elle a trainés comme des boulets ?
Je ne sais. Mais pour moi qui n'ait pour ainsi dire aucun but si ce n'est de rester sain de corps et d'esprit, je me fous du résultat. Seul le chemin fait sens. Et chaque moment peut être source de plaisir lorsque l'intention disparait. Alors "meyo" reste pour moi une énigme à résoudre un de ces quatre.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/09/2019

Complétant la récente déclaration de Pierre Jenni devant la presse monégasque, un fait similaire nous a été signalé par un ressortissant chinois, dont le yacht «The blue lotus» est actuellement ancré en principauté.
Reprenons les faits : 1) le mardi 27 août 2019 à 11 heure 30, Rabbit monte dans le train à Berne, après réception des visas délivrés par l'ambassade de Chine; 2) cherchant une place, sa progression dans les wagons est stoppée en raison d'une porte close; 3) un groupe de touristes chinois stationne devant la porte en attendant une libération; 4) Rabbit examine la porte et leur dit simplement «méiyǒu»; 5) les touriste acquiescent et Rabbit rebrousse chemin pour aller à la recherche du chef de train; 6) celui-ci baye aux corneilles dans le wagon-restaurant et Rabbit le ramène manu militari devant l'objet du délit; 7) la porte enfin ouverte, les touristes se dispersent en disant «xiexie» à Rabbit; 8) celui-ci leur fait sobrement «meiguanxi» avec la satisfaction du devoir accompli.

Écrit par : rabbit | 27/09/2019

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