30/08/2022

Faut-il augmenter l’âge de la retraite pour réduire la pénurie de main d’œuvre qualifiée ?

Les partisans de l’augmentation de l’âge de la retraite (« AVS 21 ») prétendent que cela permettrait de répondre à la pénurie de main d’œuvre qualifiée. Intuitivement, on pourrait en effet penser que, plus les gens restent longtemps sur le marché du travail, plus il y a de main d’œuvre à la disposition des employeurs et donc moins il y a pénurie. Mais faut-il pour autant augmenter l’âge de la retraite pour palier ce problème ? La réponse est clairement non.

Il faut en effet savoir qu’atteindre l’âge de la retraite n’interdit pas de continuer à travailler, ni du point de vue du droit des assurances sociales, ni de celui du droit du travail. D’abords, parce que, selon le droit des assurances sociales, l’âge de la retraite n’oblige pas à cesser toute activité, mais donne le droit de percevoir une rente AVS (art. 21 LAVS). C’est une nuance importante. Celui ou celle qui souhaite continuer son activité le peut. Le versement de la rente peut être ajourné jusqu’à cinq ans, ce qui donne d’ailleurs le droit à une rente plus élevée (art. 39 LAVS). Et des cotisations AVS sont prélevées sur les revenus des personnes qui continuent une activité rémunérée après avoir atteint l’âge de la retraite.

Il en va de même pour le droit du travail. Atteindre l’âge de la retraite ne met pas automatiquement fin à son contrat de travail (sauf si bien entendu employeur et travailleur en ont convenu autrement au moment de sa conclusion) ; la doctrine juridique est quasi-unanime sur le sujet. Donc, si l’employeur et le travailleur s’accordent sur le fait que ce dernier continue son activité malgré son âge, rien ne l’interdit. Ce qui nous permet de mettre le doigt sur la problématique centrale de la pénurie de main d’œuvre qualifiée et de son lien avec les conditions d’emploi des seniors. Si les employeurs voulaient vraiment maintenir les gens en emploi, eh bien, ils le pourraient sans problème. Il faudrait juste que, premièrement, ils proposent des conditions acceptables pour convaincre les intéressés de renoncer à exercer leur droit à percevoir une rente de vieillesse et, deuxièmement, qu’ils cessent de discriminer systématiquement les travailleurs âgés en les licenciant avec autant de désinvolture ou en ne les engageant plus. Et c’est là que le bât blesse : avant d’augmenter l’âge de la retraite pour « lutter contre la pénurie de main d’œuvre », les employeurs feraient mieux de maintenir en emploi jusqu’à l’âge de la retraite les travailleurs qui un le souhaitent et deux, n’ont pas le choix, car il n’existe aucune solution de retraite anticipée accessible aux bas et moyens revenus (hormis quelques solutions de branches négociées par les partenaires sociaux). Faire appel aux seniors pour palier la pénurie de main d’œuvre est une idée intéressante, mais elle ne marchera que si cela passe par l’incitation (meilleures conditions de travail, fin de la discrimination des seniors) et non la contrainte (augmentation de l’âge de la retraite). A l’inverse, prétendre qu’on va lutter contre la pénurie en forçant les seniors à travailler une année de plus est un affront envers ceux qui, aujourd’hui déjà, peinent à retrouver un emploi à partir d’un certain âge et finissent leur carrière professionnelle au chômage et à l’aide sociale.

Un NON à AVS 21 le 25 septembre n’empêchera pas de lutter contre la pénurie de main d’œuvre. Au contraire, refuser cette mauvaise réforme empêchera qu’un nombre croissant de travailleuses n’ajoute une année de chômage à leur carrière professionnelle, déjà marquée par la discrimination salariale et les inégalités.

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