05/04/2009

Quelques pistes pour l’emploi des jeunes

Il y a un mois et demi, la commission jeunesse de l’USS tirait la sonnette d’alarme: D’ici la fin de l’année, il pourrait y avoir au moins 10'000 jeunes chômeurs inscrits de plus. Ce qui ferait en tout 30'000 chômeurs inscrits et – vu qu’un jeune sans travail sur deux ne s’inscrit pas au chômage – 50'000 et 60'000 sans emplois de moins de 25 ans. A la pénurie – récurrente – de places d’apprentissage s’ajoute le fait qu’en période de hausse du chômage, les jeunes sont toujours touchés plus vite et plus fort que les autres actifs. En effet, lorsque les entreprises diminuent ou gèlent l’embauche, ce sont les nouveaux arrivés sur le marché du travail qui en font les frais, notamment ceux qui viennent de terminer leur apprentissage. L’annonce d’UBS de ne pas réengager la moitié de ses apprentis (contre 80% en période normale) confirme cette hypothèse.
Ces derniers jours, de nombreuses propositions ont donc été faites pour limiter la hausse du chômage des jeunes ou en contrecarrer les effets. En voici un bref commentaire:More...

•    Subventionner les salaires des apprentis des entreprises en difficulté, pour leur permettre de terminer leur apprentissage. Cette proposition du secrétaire patronal et député libéral-radical Pierre Weiss, faite jeudi passé sur les ondes de la RSR est excellente. En effet, il sera très difficile d’aide les jeunes en rupture d’apprentissage (notamment pour cause de fermeture d’entreprise), car il sera ardu de leur trouver une nouvelle place. Donner un coup de pouce à leur entreprise formatrice leur permettrait de terminer leur formation, pour «affronter» le marché du travail avec un meilleur bagage. Il faudra cependant veiller à ce que cette subvention ne serve pas à maintenir à flot artificiellement une entreprise condamnée. Mais elle doit plutôt servir à permettre à des jeunes de mener leur formation à bien.


•    Subventionner les salaires des stagiaires avec 1000.—Fr. par mois / prise en charge des cotisations sociales des stagiaires par la Confédération. Cette idée du PDC est moins bonne. En effet, les stages professionnels sont déjà largement subventionnés par l’assurance-chômage et il y a déjà suffisamment d’incitations pour engager des stagiaires. Il faudrait plutôt mettre l’accent sur le démarchage des entreprises, pour qu’elles proposent des places. Et doubler, comme le propose l’USS la durée maximale des stages. Mais il faudra faire très attention à ce que ces stages ne se transforment pas en main d’œuvre au rabais. Chaque stage devra être réglé par un contrat de stage, qui fixera des objectifs de formations précis, afin que les stagiaires ne fassent pas tout simplement le même travail qu’un employé qualifié, mais à un salaire moindre (qui plus est subventionné par l’assurance-chômage).


•    Permettre aux jeunes salariés de bénéficier de l’allocation d’initiation au travail (proposition de l’USS). Cette mesure existe déjà, mais est réservée aux chômeurs âgés ou de longue durée. Il faudrait l’élargir pour que les jeunes qui achèvent leur apprentissage, afin que l’assurance-chômage puisse subventionner le salaire de l’ex-apprenti durant une phase de «mise en route» au sein d’une nouvelle entreprise. Cette mesure doit surtout permettre aux ex-apprentis que leur entreprise formatrice ne peut réengager de changer d’entreprise, voir de branche.

01/04/2009

TVA contre IFD: le retour?

Il y a quelques années, le parti radical s'était signalé par une proposition particulièrement anti-sociale: remplacer l'imposition directe (p. ex. l'impôt fédéral direct) par une imposition indirecte (p. ex. la TVA). Au motif que la TVA serait plus simple à prélever, que personne n'y échappe et qu'il serait plus difficile de la frauder. Et tant pis si cela bat en brêche le principe constitutionnel de l'imposition en fonction de la capacité contributive, base de l'imposition directe progressive. Car, en remplaçant l'imposition directe par une imposition indirecte (ou une imposition à taux plat - ou flat tax - autre proposition radicale), le nanti comme le défavorisé paient le même impôt lorsqu'il achètent le même bien (ou, dans le cas de la flat tax, quel que soit leur revenu). Cette idée avait été rapidement enterrée. Ce qui n'a pas empêché les radicaux de soutenir d'autres réformes fiscales uniquement favorables aux hauts revenus...

Malheureusement, l'idée de remplacer la fiscalité directe par la TVA vient de ressortir du chapeau de Marie-Hélène Miauton, directrice d'un institut de sondages, sur les onde du "café économique", minute quotidienne de propagande néolibérale de la RSR et du magazine Bilan. Ses arguments: les mêmes que ceux du parti radical. Remplacer la fiscalité directe par la TVA serait "plus simple à prélever" et "plus difficile à frauder". Mais Mme Miauton a faux sur toute la ligne.

Tout d'abord parce que la TVA n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air. Le nombre des exceptions et les différentes façons de calculer le ou les taux est élevé et, au final, seuls les spécialistes s'y retrouvent. Les entreprises concernées le savent d'ailleurs fort bien. Et ce n'est pas la proposition de Mme Miauton de différencier encore plus les taux (pour soit-disant rendre sa proposition plus sociale, p. ex. en taxant plus les produits de luxe, ce qui ne changerait d'ailleurs rien au fait que, pour l'acquisition d'un même bien, riche et pauvre paieraient le même impôt) qui va simplifier la situation.

Ensuite, prétendre qu'il faut, pour éviter la fraude et la soustraction fiscales, remplacer l'imposition directe par un autre impôt, certes moins juste, mais moins facile à frauder, signifie prendre le problème par le mauvais bout. Pour éviter la fraude, il faut plutôt se donner les moyens de la traquer. Le PS avait ainsi proposé d'augmenter le nombre d'inspecteurs fiscaux, proposition sur laquelle Mme Miauton se tait, mais qui a été refusée par le parti radical. Prétendre vouloir "éviter la fraude" n'est donc souvent qu'un paravent pour faire avaler une contre-réforme fiscale qui n'avantagerait que les hauts revenus. Enfin, privilégier la TVA parce que personne n'y échappe (alors qu'il y a de nombreux contribuables à ne pas payer d'impôt du tout) fait aussi fi du principe de l'imposition en fonction de la capacité contributive, selon lequel il est juste que celui qui a peu de moyens ne paie pas d'impôts.

Fort heureusement, Mme Miauton, malgré son audience médiatique, ne représente qu'elle même. La seule fois où elle s'est frottée au suffrage universel (élections à la constituante vaudoise en 1999), cela s'est terminé en échec.