02/09/2015

Swissness : pas question de brader la « qualité suisse » !

En 2013, après trois ans d’âpres travaux, le Parlement a adopté la loi dite « swissness » qui vise à fixer des standards minimaux pour qu’un produit puisse se prévaloir de la qualité suisse. En période d’incertitudes économiques, en particulier de surévaluation du Franc, cette loi, en faveur de laquelle le groupe PS s’est battu avec énergie, est bienvenue. En effet, elle permet d’une part de justifier le surcoût de certains produits fabriqués dans notre pays. On sait en effet que bien des clients sont près à payer jusqu’à 20% pour pouvoir bénéficier de la « qualité suisse ». Elle permet aussi d’éviter les abus dont souffrent les consommateurs qui veulent acheter « suisse » et sont prêts à en payer le prix, parce qu’ils savent que cet adjectif est synonyme de qualité. Elle permet enfin d’éviter une concurrence déloyale au détriment des entreprises qui jouent le jeu de la qualité suisse et qui voient des produit de piètre qualité estampillés du label à l’arbalète leur tailler des croupières (il est actuellement légal d’apposer le label « fabriqué en Suisse » sur un produit dont 80% proviennent de l’étranger…).

L’entrée en vigueur de cette loi est prévue pour 2017, mais il est nécessaire que cette date soit garantie, car certains producteurs, notamment dans l’horlogerie, doivent consentir à des investissements importants pour développer ou rapatrier leur production dans notre pays. Des milliers d’emplois sont en jeu. Or, avant d’investir, il faut connaître les règles qui vont s’appliquer.

Mais voilà que la majorité de la commission (emmenée par l’UDC) des affaires juridiques du Conseil national a déposé une motion pour d’une part retarder l’entrée en vigueur de la loi « swissness » et d’autre part pour jeter l’important travail parlementaire aux oubliettes et « simplifier » les règles (comprendre : les vider de leur substance). La majorité considère en effet les standards de la qualité suisse comme de la « bureaucratie ».

Cette position est, de l’avis même des principaux industriels concernés (horlogerie, industrie alimentaire, grande distribution, agriculture) et des organisations de consommateurs, tout simplement irresponsable et met en péril des milliers d’emplois, mais aussi la confiance qu’ont les suisses dans leurs propres produits. Vouloir retarder l’entrée en vigueur de règles déjà adoptées démocratiquement (et contre lesquelles aucun référendum n’a été lancé) et les « simplifier » à posteriori, c’est aussi générer une insécurité juridique dont notre économie se passerait bien. Par ailleurs, les ajustements nécessaires pour éviter que le label « qualité suisse » ne soit trop rigide peuvent être faite par ordonnance, p. ex. en l’autorisant pour des denrées introuvables en Suisse comme le café ou le cacao, à condition qu’elles y soient transformées. Le Conseil national se saisira de cette motion mardi prochain et j’aurai l’honneur de défendre la proposition de minorité qui souhaite la rejeter. Espérons que la majorité du Conseil aura à cœur de défendre sérieusement la « qualité suisse » !

31/08/2015

Smartvote, c’est toujours n’importe quoi (carnet de campagne, épisode 4)

Celles et ceux qui lisent ce blog depuis ses débuts savent que je suis loin d’apprécier l’outil de « vote intelligent » « smartvote ». J’en suis plutôt un adversaire décidé et suis navré de constater qu’à chaque élection, les médias nous abreuvent jusqu’à plus soif de ses pseudo-analyses préfabriquées. Peut-être est-ce par gain de temps. Quoi qu’il en soit, une lecture un peu attentive des questions que pose (et ne pose pas) smartvote permet de se faire une idée assez précise du peu de sérieux, de l’absence totale de contexte et donc du peu d’utilité de cet outil. Cela permet aussi de se rendre compte que la politique ne saurait se résumer à une addition de « oui », de « non », voire de « plutôt oui/non ». Comme en 2007 et en 2011, voici donc un petit commentaire de quelques-unes des questions.

Question: Êtes-vous favorable à l’adaptation des directives de l’aide sociale qui prévoit une réduction des prestations pour les familles nombreuses et les jeunes adultes?

Commentaire: Deux propositions en une. Ça dépend par quoi on remplace les prestations. Si, comme dans le canton de Vaud, c’est pour remplacer l’aide sociale par des bourses pour inciter les jeunes à se former ce sera oui. Si c’est juste pour faire des économies sur le dos des familles les moins aisées sans pour autant inciter à la réinsertion, ce sera non.

Le taux de conversion, qui règle la hauteur de la rente LPP (2ème pilier), devrait-il être adapté à l'allongement de l'espérance de vie et diminué de 6.8% à 6.0%?

Le taux de conversion ne doit pas seulement dépendre de l’espérance de vie, mais aussi d’autres facteurs, notamment rendements des marchés financiers. Par ailleurs, prise de manière isolée, cette question ne fait pas grand sens, car elle est débattue dans le cadre du paquet « prévoyance vieillesse 2020 », lequel ne traite pas que du taux de conversion (j’aurais l’occasion d’y revenir…).

Dans le cadre de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), la Confédération et les cantons devraient-ils accepter les pertes de recettes fiscales pour garder les sociétés internationales, plus facilement délocalisables, en Suisse?

Ça dépend quel sera le montant des pertes et qui paiera… Ça dépendra aussi des éventuelles mesures compensatoires (nouvelles recettes fiscales ou mesures en faveur de la classe moyenne comme ce qui est discuté dans le canton de Vaud). Bref, là encore, le oui ou le non peu dépendre d’une multitude de facteurs…. Il faut aussi relever que ce n’est pas parce qu’elle est « internationale » qu’une entreprise est « plus facilement délocalisable ». Ça dépend de ce qu’elle fait en Suisse, des infrastructures qu’elle y a, de ce qu’elle y cherche et de l’existence ou pas d’alternative… Mais bon, smartvote n’est pas du genre à s’arrêter à ce genre de broutilles

Êtes-vous favorable à une réduction significative de l'effectif de l'armée limité à 100'000 soldats maximum?

D’abord, pourquoi 100'000 et pas 80'000 comme le proposent la gauche et les verts ? En outre, la question du nombre de soldats ne donne aucune indication sur les tâches que l’on veut confier à l’armée, ni sur sa capacité à affronter les défis actuels. Si on répond « non » à cette question, on perd un point sur l’échelle « ordre et sécurité » ; comme si 100'000 soldats avec autant de fusils planqués derrière autant de sapins, étaient « plus sûrs » qu’un nombre bien inférieur d’informaticiens à même de contrer des cyber-attaques… Voilà une vision bien obsolète de l’ordre et de la sécurité.

Devrait-on élargir les pouvoirs des autorités en charge de la sécurité en ce qui concerne la surveillance préventive de la correspondance postale, téléphonique et électronique?

Smartvote, décidément pas si « smart », confond deux dossiers : la loi sur le renseignement (LRens) et celle sur la surveillance des télécommunications (LSCPT). J’ai rejeté l’une et soutenu l’autre, car elles permettent à des autorités différentes (Service de renseignement vs. police) de mener des procédures de surveillances différentes (sur la base de vagues soupçons vs. sur la base de soupçons concrets de crimes graves) avec des procédures différentes (procédure politique vs. procédure judiciaire). Alors, oui ou non ???

Réduire ou augmenter les dépenses publiques ? Ça dépend lesquelles ! Et ça dépend bien sûr à quelle(s) condition(s). Mais là encore, smartvote ne permet pas de faire la différence !

Salaire minimum à 4000.—Fr. Même réponse qu’en 2011. Smartvote n’a rien appris en quatre ans.

Les sujets « oubliés » accentuent les lacunes…

Franc fort et abandon du taux plancher ? Service public (Poste, CFF) ? Protection des données ? Sécurité informatique ? Vote électronique ? Sous-enchère salariale ? Libre choix du médecin ? Neutralité du net ? Crise du logement ? Protection des consommateurs ? Tous ces thèmes pourtant extrêmement importants et actuels ne font l’objet d’aucune question. Autant dire que les électeurs vont avoir de la peine à se faire une idée complète sur les intentions et propositions des candidats, même si c’est ce que leur promet smartvote. Il est intéressant de noter que certains de ces thèmes manquaient déjà en 2011, comme quoi, décidément, smartvote n’apprend pas grand’chose.

Et de toute façon, ces rating, comme l’explique cet article du « Matin », ça ne sert à rien : http://www.lematin.ch/elections-federales-2015/ratings-ca... Ce n’est probablement pas pour rien que le quotidien 24 heures ne collabore plus avec smartvote. Les choses ont bien changé !

Et pour ceux qui en redemandent, je vous parlerais bientôt de « Vimentis », qui est encore pire que smartvote. Car oui, il est possible de faire pire que smartvote ! (La suite au prochaine numéro…)

30/08/2015

Pour le Sonntagsblick, «Lavaux», c’est «l’agglo»… (Carnet de campagne, épisode 3)

Aujourd’hui, le « Sonntagsblick » publie un de ces « rankings » ou « ratings » dont les journalistes raffolent, surtout en période électorale. Cette fois, c’est le classement des élu-e-s les plus « influents » sur les réseaux sociaux. L’hebdomadaire zurichois m’y classe 3ème et premier romand, ce qui fait toujours plaisir, même si ce ranking est aussi bidon que tous les autres (d’ailleurs c’est promis, je parlerai bientôt de « smartvote »).
L’article parvient à une conclusion plutôt surprenante : selon le Sonntagsblick, les premiers du classement sont « jeunes » (OK, tous ont moins de 40 ans), mais aussi vivent « en ville ou en agglomération ».

SoBli 30 août 15

Franchement, je n’ai pas vraiment l’impression qu’à Riex, ce soit en « agglomération » (même si c'est dans la banlieue de Cully). D’ailleurs, officiellement, Bourg-en-Lavaux ne fait pas partie de l’agglomération lausannoise. Mais peut-être que du point de vue zurichois…
Malheureusement, le Sonntagsblick n’a pas (encore) répondu à ma réaction :

Tweet au SoBli 300815

(Cher Sonntagsblick, voilà où j'habite. Ce n'est ni "en ville", ni dans une "agglomération".)

Nous verrons bien !