07/11/2013

Une déduction injuste, absurde et qui coûte 1,4 milliard? NON!

1450246_10152715031784897_598405457_n L’initiative de l’UDC dite «pour les familles» devrait plutôt s’intituler «vider les caisses de l’Etat au profit des familles aisées». En effet, elle propose que la minorité de familles dont un seul parent travaille et qui n’ont aucun frais de garde d’enfants bénéficient tout de même d’une déduction fiscale. Or, qui dit «déduction» dit: avantage pour une minorité de contribuables aisés. En effet, environ 30% des familles ne paient pas d’impôt fédéral direct et environ 40% ne paient pas d’impôt cantonal ou communal. Ces familles ne verraient donc pas la couleur de cette déduction. En revanche, les contribuables très aisés en bénéficieraient largement. Pour les familles de la classe moyenne concernées par l’initiative, la facture fiscale ne baisserait que de quelques dizaines de francs par an. Quant aux familles monoparentales, une réalité que l’UDC semble ignorer, l’initiative les exclut purement et simplement de son champ d’application, indépendamment de leur revenu. Ce n’est certainement pas ainsi que l’on soutient efficacement les familles.

Cette déduction n’est pas seulement injuste, elle est aussi absurde, car une déduction doit avoir pour objectif de compenser une dépense. Or, la proposition de l’UDC veut que l’on puisse déduire… des frais inexistants. C’est un peu comme si on permettait à celui qui travaille à côté de chez lui de déduire des frais de transport fictifs. C’est absurde et injuste par rapport à celui qui doit réellement assumer de tels frais!

Mais surtout, l’initiative de l’UDC sera fort coûteuse. Selon la Conférence des directeurs cantonaux des finances, elle provoquerait une perte cumulée d’au moins 1,4 milliard de francs par an pour la Confédération, les cantons et les communes. Pour le canton de Vaud et les communes vaudoises, la facture se montera à 80 millions de francs. Il n’y a que deux options pour compenser cette perte colossale: 1. réduire les prestations destinées à la population, y compris aux familles, ou 2. augmenter les impôts ou la dette publique. Or, la situation financière inquiétante des pays voisins devrait plutôt nous inciter à la prudence. Le bon sens recommande donc de dire NON à une initiative aussi coûteuse qu’injuste.

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Il est intéressant de constater qu'une bonne partie des adversaires de «1 à 12» ne pipent mot des pertes fiscales qu'engendrerait l'initiative dite «pour les familles» et ne semblent pas s'en inquiéter (quand ils ne soutiennent pas cette initiative), alors que ces prévisions de pertes fiscales reposent sur des prévisions beaucoup plus fiables que celles sur lesquelles reposent les scénarios-catastrophes qu'on nous promet en cas de «oui» à la justice salariale. Ces prévisions de pertes fiscales sont en outre admises par les partisans de l'initiative de l'UDC. Par exemple, toute à ses pamphlets contre «1 à 12», l'USAM reste coite sur une initiative dont on sait pourtant avec précision qu'elles coûtera très cher aux collectivités publiques. C'est bien la preuve que ces soudaines vocations de défenseurs des recettes fiscales ne sont ni crédibles, ni durables.

05/10/2013

1 à 12, initiative «pour» les familles et pertes fiscales: craintes à géométrie variable

Il toujours intéressant de constater que certaines pertes fiscales relativement peu importantes semblent donner une peur bleue aux partis bourgeois et aux milieux économiques, tandis que d’autres, pourtant colossales, ne les empêchent visiblement pas de dormir. Ainsi, toute la droite tire à boulet rouge contre l’initiative «1 à 12», accusée de «ruiner l’Etat», alors que l’UDC et la majorité du groupe PDC aux chambres fédérales ont soutenu l’initiative UDC dite «pour les familles», qui vise soit à supprimer la déduction pour frais de garde, soit à l’accorder aux parents qui… n’ont aucun de ces frais.

Or, selon la conférence des directeurs cantonaux des finances, l’initiative UDC entraînerait un manque à gagner de près de 400 millions de francs par an pour la Confédération… et d’au moins 1 milliard pour les cantons et les communes. On est loin, très loin, des pertes fiscales supposées qu’entraînerait «1 à 12», soumise au vote le même jour (!). Et pourtant, UDC et PDC font campagne contre la limitation des abus salariaux en mettant surtout en avant… des pertes fiscales. Cette contradiction est encore plus flagrante quand on regarde d’un peu plus près les études qui tentent de chiffrer les pertes qu’entraînerait «1 à 12». Laissons de côté le peu crédible scénario du pire à près de 4 milliards mis en avant par l’USAM, laquelle oublie fort à propos de préciser que l’étude qu’elle a elle-même commandité considère le scénario en question comme «irréaliste». Selon les scénarii jugés «réalistes» par l’étude que l’USAM a fait faire par l’université de St. Gall (dont on ne s’étonnera pas qu’elle défende les salaires abusifs, étant la première pourvoyeuse de managers cupides), les pertes fiscales en cas de oui à «1 à 12» se monteraient entre 190 et 250 millions de francs par an. On est loin des 1400 millions de l’initiative de l’UDC, que l’USAM ne semble guère combattre, peut-être en raison de l’appartenance partisane de son président Jean-François Rime (UDC/FR).

D’autres études ne sont pas aussi alarmistes. Par exemple, selon l’EPFZ, les pertes fiscales ne peuvent être chiffrées. Quant à une analyse menée par l’exécutif du canton de ZG, qui ne peut être soupçonné de sympathies pour «1 à 12», elle parvient à la conclusion… que les rentrées fiscales augmenteraient dans ce canton en cas de oui!

Cette peur panique face aux pertes fiscales somme toute assez négligeables de «1 à 12» alors que celles, bien plus importantes, de l’initiative «famille» de l’UDC, semblent être passées par pertes et profits permet de tirer une conclusion: Droite et milieux économiques se fichent pas bien mal des pertes fiscales qu’un projet peut engendrer. Le reproche qu’ils font à «1 à 12» n’a rien à voir avec une crainte de voir les rentrées fiscales baisser. Le même raisonnement vaut d’ailleurs pour les craintes qu’ils affichent pour l’AVS.

S’ils rejettent «1 à 12», c’est parce que cette limite aux excès salariaux remet en question une cupidité sans borne qu’ils ont érigé en système de valeur, voire, pis, en clef du succès de notre pays. Quand on voit de qui se compose la clique des bénéficiaires des salaires démesurés et des dégâts qu’ils ont fait subir à notre pays, à son économie et à ses emplois ces dernières années, on ne peut que constater le désarroi des adversaires de la justice salariale.

10/09/2013

Petits commerçants, démocrates-chrétiens, églises, etc.: Tous manipulés par les syndicats?

A plusieurs reprises, les partisans de la libéralisation des horaires d’ouverture des shops ont fustigé les syndicats, ces «ayatollahs» qui refusent de faire passer les envies des consommateurs avides de saucisses à 3h du matin avant les intérêts des travailleurs de la vente. Que la droite n’ait pas de sympathies syndicales n’est malheureusement pas étonnant. Mais quand on la confronte au fait que les petits commerçants, les églises, voire des sections cantonales de partis et élus de droite refusent eux-aussi cette libéralisation, leur réponse est toute prête: Ces pauvres ont été «manipulés», ou «empapaoutés». Les petits commerçants sont par exemples nombreux à rejeter la libéralisation des horaires des shops. Associations nationales (SDV, VELEDES), cantonales (association des commerçants du canton de Fribourg) ou locale (My Flon), toutes ont bien compris que l’extension des horaires d’ouverture profitent systématiquement aux grandes enseignes et créent une concurrence déloyale dont souffrent les petits commerces indépendants. Comme c’est un électorat plutôt de centre-droit, souvent PLR, il est im-pen-sable que ces gens ait pu de leur propre chef parvenir à une conclusion aussi peu en phase avec la propagande du parti. C’est donc qu’ils ont été «manipulés».

Les églises, d’habitude si proches du PDC? Elles aussi combattent l’extension sans fin des horaires de travail et son impact négatif sur la vie sociale et familiale. C’est une position solide, réfléchie, et surtout de longue date. Pour sûr, cela fait donc longtemps que les syndicats, dont on connaît l’influence occulte tant au Vatican que dans les synodes, les ont «empapaoutées».

Restons au PDC, dont la section saint-gallois prône le NON à la libéralisation des horaires des shops. Et dont la section lucernoise ne suit le mot d’ordre national que d’une très courte majorité. Que dire aussi des verts libéraux de Bâle-Campagne, qui laissent la liberté de vote alors que c’est leur parti national, qui prône ouvertement les ouvertures 24h/24 dans tous les supermarchés jusqu’à 120m2, qui mène la campagne pour le centre-droit? Que dire enfin de Jérôme Buttet, chef du groupe PDC du Bas au Grand conseil valaisan ou de Jean-Luc Addor, député valaisan et vice président de l’UDC-VS opposés à la libéralisation des shops? Là encore, on devine l’influence tentaculaire et manipulatrice des syndicats.

Restons sérieux! On peut être, une fois n’est pas coutume, du même avis que ses adversaires politiques sans pour autant s’être fait avoir par ces derniers. Penser que des gens de son propre camp puissent avoir un autre avis, non pas de leur propre chef et suite à leur propre réflexion, mais parce qu’ils ont été «manipulés» par l’autre camp est tout simplement méprisant. Cela montre aussi la faiblesse de l’argumentation des partisans de la libéralisation totale des horaires de travail. Mais peut-être qu’à force de marteler sans arrêt qu’il ne s’agit «que de saucisses» et d’occulter que d’autres propositions d’extension des horaires se fondent sur la libéralisation des horaires des shops, eux-mêmes ont fini par oublier que l’enjeu réel du vote du 22 septembre est une flexibilisation générale de tous les horaires d’ouverture. Et, à terme, de tous les horaires de travail.