17/05/2009

Un commentaire de la loi vaudoise sur la formation professionnelle

La nouvelle loi vaudoise sur la formation professionnelle (nLVFPr) passera bientôt devant le plénum du Grand conseil. Voici un petit commentaire critique du projet en prévision des débats, qui devraient commencer mardi (si le parlement tient son horaire…):More...

Du bon…
Cette loi est globalement un succès pour le parti socialiste, car de nombreuses innovation qui font depuis longtemps partie se son programme ont pu y être introtuides. Elle est le fruit d’un long processus participatif, mené d’une main de maître par la conseillère d’Etat socialiste Anne-Catherine Lyon. Sous sa conduite, les partenaires sociaux ont été associés à toutes les étapes du projet (y compris du règlement d’application), dont la mouture finale est portée par un large consensus. Un consensus malheureusement brisé par la majorité bourgeoise de la commission, qui s’en prend au pouvoir d’achat des apprenti-e-s en supprimant la demi-prime d’assuarance-maladie (sur ce sujet).
Parmi les progrès de la nLVFPr, on peut notamment compter l’amélioration de la surveillance d’apprentissage, qui était très lacunaire, parfois partiale et souvent peu professionnelle (et qui avait été vertement tancée dans un rapport du contrôle cantonal des finances genevois). Le nouveau modèle (surveillance de la qualité de la formation par les associations professionnelles; conseillers aux apprentis pour les questions relationnelles) est à mon avis très bon. Il se base sur le projet associatif TEM (transition école-métier) qui a fait ses preuves sur le terrrain et qui a été soutenu depuis le début par les député-e-s socialistes.

Enfin le fonds vaudois!
Le canton de Vaud est le dernier canton romand sans fonds cantonal pour la formation professionnelle. La nLVFPr met un terme à cette anomalie (fondation pour la formation professionnelle, art. 118ss). Le principe du fonds est simple: toutes les entreprises cotisent au maximum 0,1% de leur masse salariale et l’argent récolté (env. 15 millions par an) va aux entreprises formatrices. Qui bénéficient donc d’une redistribution en leur faveur. Et les entreprises qui ne forment pas sont incitées à former. Ce projet ne vient d’ailleurs pas de nulle part: les partenaires sociaux de l’industrie des machines vaudoise avaient déjà créé un tel fonds pour leurs branches, fonds dont le succès n’est plus à démontrer: entre 2004 et 2006, ce fonds a permis la création d’une trentaine de nouvelles places d’apprentissage et encouragé 10 entreprises à devenir formatrices!
En 2003, le peuple et les cantons rejetaient l’initiative socialiste et syndicale «pour des places d’apprentissage» (dont j’étais chef de campagne pour la Suisse romande), sur opposition du conseil fédéral, des partis bourgeois et des milieux patronaux. Cette initiative proposait un modèle de fonds qui, depuis, a essaimé dans 7 cantons (GE, FR, NE, VS, JU, ZH et TI), deux fois sur plébiscite populaire! L’initiative «pour des places d’apprentissage» a donc été un succès a posteriori.

Du très bon…
Le parti socialiste a obtenu une victoire intéressante en commission contre les tests «multichecks», «basic-check» et apparentés. Nous n’avons certes pas réussi à les faire totalement interdire, mais ils seront (si le plénum confirme cette décision) désormais à la charge de l’entreprise qui les exige. Ce sera un réel soulagement pour les familles des jeunes qui doivent faire ces tests payants. Et bien des patrons se rendront probablement compte du peu de sérieux et de l’inutilité de ces tests, et leur privilégieront une sélection sérieuse et qui a un réel rapport avec le métier. Les associations professionnelles mettent déjà de tels tests sur pied dans de nombreuses branches et il faut souhaiter que ces méthodes supplantent définitivement les «multicheck» et consorts.

Du beaucoup moins bon…
Malheureusement, la médaille a un revers de taille: la suppression de la prise en charge de la demi-prime d’assurance-maladie des apprentis par leur employeur (détails sur le sujet). Cette mesure unilatérale sur le dos des apprentis et de leurs familles met en péril l’équilibre de la loi, pourtant basée sur un large consensus. L’équilibre est d’autant plus mis en péril que les entreprises formatrices bénéficieront d’un sérieux coup de pouce de 15 millions grâce au fonds. Si le plénum du grand conseil confirme cette diminution du pouvoir d’achat des familles et des jeunes en formation, il conviendra malheureusement de réserver le jugement final sur la nLVFPr.

Des informations sur le déroulement des débats seront régulièrement postées sur ce blog.

Les documents et rapports de commission sur le site du Grand conseil.

02/11/2008

Pour en finir avec les tests «multicheck»

Lundi, une commission du grand conseil (à laquelle j’appartiens) entame l’examen de la nouvelle loi vaudoise sur la formation professionnelle (nLVFPr). Cet important dossier retient toute l’attention du parti socialiste et des syndicats vaudois et je l’ai suivi depuis le début. La loi fédérale sur la formation professionnelle (LFPr) laisse en effet une large marge de manœuvre aux cantons, et il est souhaitable que ceux-ci en fassent usage, notamment pour encourager les entreprises la création de places de formation. Je reviendrai dans d’autres billets sur cet important projet législatif (une fois les travaux de la commission achevés, cela va de soi).

Le groupe socialiste profitera de cette nouvelle loi pour tordre le cou à un petit business qui s’est développé ces dernières années sur le dos des apprenti-e-s et de leur familles: les tests de sélection payant genre «multicheck» ou «basic-check». Ces tests, qui coûtent jusqu’à 100.—Fr. par tentative sont une forme de sélection des apprenti-e-s par l’argent. Qui postule dans plusieurs métiers différents doit souvent faire plusieurs tests. Qui veut assurer son coup peut s’offrir un cours de préparation, payant lui aussi (une école privée bernoise offre des cours de préparation coûtant 170.—Fr.). Et qui rate le test ne peut souvent plus postuler, car de nombreuses entreprises en font une condition sine qua non à toute postulation. Bref, c’est un coup dur pour toutes les familles modestes dont les enfants souhaitent entrer en formation professionnelle.
Mais il n’y a pas que le coût de ces tests, il y a aussi leur contenu. En effet, ces tests testent soit des compétences purement scolaires (c’est à se demander à quoi ils servent), soit des compétences de pseudo-logique dont on peut mettre l’utilité en doute:

basiccheck2.jpg

(exemple tiré du test «basic-check»)
Et, parfois, ils vont même jusqu’à prendre les jeunes carrément pour des imbéciles, en témoigne cette question (tirée elle aussi du «basic-check»):

basiccheck1.jpg

Dans quel sens faut-il tourner la scie pour qu'elle produise un effet?
a) dans le sens contraire des aiguilles d’une montre
b) dans le sens des aiguilles d’une montre
c) ce ne joue aucun rôle
(pour ceux qui auraient un doute, la réponse est b))

La sélection obtenue «grâce» à ces tests est donc, en plus d’être discriminante, tout sauf sérieuse. Mais cela n’empêche pas leurs inventeurs de s’en mettre plein les poches. Aux dépens des jeunes à la recherche d’une place d’apprentissage. Je déposerai donc un amendement pour interdire ces tests payants dans le canton de Vaud.

28/03/2008

Encourager les PME formatrices

Le recensement des entreprises 2005 de l'office fédéral de la statistique montre que la part des apprentis n’a que très légèrement augmenté dans les PME: 6,6% des personnes employées par les PME sont des apprentis, contre 6,4% en 1998. Parallèlement, le nombre de personne employées dans les PME a connu une augmentation nettement plus importante (+1,84%). Les grandes entreprises restent à la traîne, avec une part d’apprentis d’un peu plus de 4%.
On peut en tirer trois conclusions. La première est l’échec des lois du marché. La bonne conjoncture a profité à l’emploi en général, mais pas aux places d’apprentissage. Cela démontre une fois encore que le problème de l’accès à la formation professionnelle ne se résorbera pas tout seul.


Deuxième conclusion : il est indispensable de redoubler d’efforts pour que les grandes entreprises forment plus d’apprentis, voire se mettent à former. Le potentiel de création de places d’apprentissage y est en effet plus important. Une grande entreprise bénéficie en effet plus facilement des infrastructures lui permettant de former de nombreux jeunes dans de nombreux métiers, alors qu’une PME doit souvent se contenter d’un seul apprenti dans un seul métier, qu’elle devra parfois former en commun avec d’autres petites entreprises (réseau de formation). Pour encourager les grandes entreprises à former plus, il convient de poursuivre les efforts de démarchage des places d’apprentissage, notamment auprès des multinationales qui s’installent en Suisse, mais ne sont pas familiarisées avec notre  système dual de formation professionnelle.

Il faut continuer d'encourager les entreprises formatrices

La troisième conclusion est que les PME jouent leur rôle formateur, mais qu’il faut continuer à les encourager pour qu’elles créent plus de places d’apprentissage. Cela peut se faire au moyen de fonds cantonaux pour la formation professionnelle, qui répartissent les frais de formation sur toutes les entreprises et non pas sur les seules qui se donnent la peine de penser à la relève. Le fonds cantonal pour la formation permet aussi d’inciter les grandes entreprises qui auraient les moyens de former des apprentis à le faire. De tels fonds existent dans les cantons de GE, FR, NE, VS (depuis 2005), JU (depuis 2007) et peut-être bientôt ZH (où une votation populaire est agendée) et VD.

Le marché des places d'apprentissage ne s'adapte pas
La part des apprentis dans les PME des différentes branches est restée la même qu’il y a 7 ans. Elle est élevée dans les banches où la formation professionnelle est très profitable (p. ex. le bâtiment, avec plus de 10%) et reste inférieure à la moyenne dans l’industrie (5,7%), où former des apprentis n’est souvent pas rentable, c’est-à-dire où les coûts de la formation sont supérieurs à la productivité des apprentis et aux économies que fait l’entreprise formatrice en les réengageant une fois leur formation achevée. Or, ce sont dans les branches où la part d’apprentis est la plus faible que l’on signale le manque de main d’œuvre qualifiée et de places d’apprentissage le plus important. Cela veut dire que ces secteurs n’ont pas encore trouvé le moyen – ou la volonté – de miser sur la relève et que l’offre en place de formation ne tient pas assez compte des évolutions du monde du travail. Autorités et partenaires sociaux doivent donc concentrer leurs efforts pour que ces branches forment plus.

Le rôle de l'Etat
Dans tous les cas, l’augmentation du nombre de places d’apprentissage, d’entreprises formatrices et de la part des apprentis dans le total des salariés ne suffit de loin pas. Il manque encore et toujours plusieurs milliers de places d’apprentissage pour que les jeunes puissent faire un réel choix professionnel et pour que les entreprises forment la main d’œuvre qualifiée dont elles ont besoin. En effet, plus de 20'000 jeunes doivent chaque année se contenter d’une «solution transitoire» à la sortie de l’école obligatoire et près de 3000 se retrouvent sans la moindre solution. Au final, 11% de chaque classe d’âge n’obtient jamais de titre post-obligatoire et risque de n’occuper que des emplois précaires, de multiplier les périodes de chômage, voire de dépendre durablement de l’aide sociale. La solution ne pouvant venir uniquement des entreprises, il est indispensable que les pouvoirs publics agissent, par exemple en créant des places en école professionnelle à plein temps, qui, contrairement aux solutions transitoires, sont de vraies formations.