18/07/2016

L’AVS : une presque septuagénénaire en pleine forme

Rarement les attaques de la droite contre la prévoyance vieillesse n’auront été aussi brutales : baisses des rentes, hausse de l’âge de la retraite à 67 ans. Comme à chaque fois, un seul argument est évoqué : la situation « catastrophique » des finances d’une AVS qui souffre d’une pyramide des âges chaque jour plus défavorable. Mais si un argument méritait le titre du mensonge qui a été répété le plus souvent, c’est bien celui-ci. Car la situation financière de l’AVS est saine et son mécanisme de financement solide, même si des moyens supplémentaires seront nécessaires à terme. Voyons plutôt.

Si l’AVS ne reposait que sur la pyramide des âges, ses finances seraient en mauvaise posture. Nous sommes en effet passés d’un ratio de 6,5 actif-ve-s pour 1 retraité-e en 1948 à un peu plus de 3 pour 1. Pourtant, contrairement à ce que prédisait M. Couchepin, suivi aveuglément par toute la droite et les milieux économiques, l’AVS ne fait pas de déficits chroniques. Depuis 1975, la part au PIB des dépenses en faveur de l’AVS est restée stable, passant de 5 à 6% du PIB, sans que l’on augmente les cotisations salariales. Cela tient à deux choses : à la croissance de la productivité et au système génial de financement de l’AVS.

AVS et espérance de vie

 

 

 

 

Depuis la création de l’AVS, il y a certes toujours moins d’actifs par rapport aux retraités. Mais ces actifs sont toujours plus actifs, plus productifs. Comme ils produisent plus de richesses, il faut toujours moins d’actifs pour financer une rente.

plus d'actifs plus productifs

 

croissance de la productivité

 Par ailleurs, le financement de l’AVS ne repose pas uniquement sur le ratio actif-ve-s/retraité-e-s ; elle bénéficie d’autres sources de financement comme un part de l’impôt sur le tabac, l’impôt sur les casinos ou la TVA. Et la force du système de l’AVS repose aussi sur son effet de redistribution des richesses : comme les cotisations salariales sont prélevées sur l’ensemble du revenu, mais que les rentes sont plafonnées, les assurés très riches paient des sommes conséquentes sans pour autant bénéficier de prestations plus élevées.

Mais alors, pourquoi certains milieux aiment à faire croire que les finances de l’AVS ne sont pas solides ? Pourquoi faire mentir les faits à ce point ? Tout simplement pour effrayer les assurés et en pousser un maximum vers les 2ème et 3ème piliers. Ces solutions de prévoyances professionnelles sont en effet très lucratives pour les assureurs qui les proposent. Elles le sont un peu moins pour leurs assurés, qui doivent payer toujours plus pour des rentes du 2ème pilier toujours plus réduites. Pour les collectivités publiques, elles sont aussi très coûteuses en raison des multiples possibilités de déductions fiscales qu’elles permettent.

Et c’est justement une analyse fine du rapport coûts/bénéfice du 2ème pilier qui permet de démontrer pourquoi les jeunes doivent faire confiance à l’AVS et soutenir son renforcement. Le « rapport qualité-prix » de l’AVS est en effet imbattable par rapport à la prévoyance privée : pour obtenir une rente de même montant en économisant individuellement (p. ex. dans le 2ème ou 3ème pilier), cela coûte beaucoup plus cher et il faut disposer des moyens nécessaires beaucoup plus tôt dans sa carrière.

Il est donc non seulement possible, mais surtout raisonnable de renforcer l’AVS, car c’est, de loin, le pilier le plus solide et le plus juste de notre système de prévoyance-vieillesse.

 

(Article paru dans le journal du PSV « points forts »)

(Les illustration sont tirée de la brochure de l’USS disponible ici. )

12/04/2016

RBI : une initiative mi-coquille vide, mi-boîte de Pandore

Contrairement à ce que prétendent bon nombre des partisans de l’initiative pour le « revenu de base inconditionnel » (RBI), qui ont malheureusement assez tendance à retrancher derrière la formule « si vous êtes contre, c’est que vous n’avez rien compris », je me suis penché très attentivement sur ce concept. Et suis parvenu à la conclusion que ce n’est pas une bonne idée. Mais, au-delà de l’idée de base qu’elle véhicule, l’initiative soumise au vote du peuple et des cantons le 5 juin prochain comporte de réels dangers, en particulier pour les assurances sociales. Et elle fait totalement fi de l’hostilité répétée (et récemment aggravée) de la majorité des chambres fédérales envers les intérêts des personnes que les initiants – je les rejoins sur ce point – souhaitent défendre.

Carte blanche pour la droite dure

L’initiative est en effet une feuille vierge. Elle ne pose que le principe du RBI. Mais ne dit pas un mot de son montant. Ni de son financement. Autant dire qu’ensuite, le Parlement fédéral pourrait en faire n’importe quoi. Les initiants donnent donc une carte blanche à la droite parlementaire pour 1. fixer un montant qui permette de vivre dignement et 2. le financer de manière juste et équitable. Or, ces derniers temps, cette même majorité de droite s’est surtout illustrée par des positions qui vont totalement à l’encontre de ces objectifs : elle a refusé d’augmenter de seulement 10% les rentes AVS (ce qui aurait porté les plus élevées d’entre-elles au niveau du RBI souhaité par les initiants) et, dans le cadre de la RIE 3 fédérale, voté des baisses fiscales massives en faveur des entreprises et de leurs actionnaires, sans la moindre mesure compensatoire pour éviter une catastrophe budgétaire dont les classes moyenne et modeste subiraient les affres. Croire que cette même majorité serait prête à donner suite à toutes les idées des initiants est tout simplement naïf. Certes, il serait toujours possible de lancer un référendum contre une loi d’application du RBI, mais je vous laisse imaginer la position peu cohérente d’initiants obligés de combattre une loi respectant la marge de manœuvre laissée par une initiative qu’ils ont voulue sans montant, ni financement.

La fin de l’AVS… et de la redistribution des richesses qui va avec

L’initiative pour le RBI comporte une autre attaque frontale contre une des œuvres sociales majeures de notre pays, tant au niveau des prestations à la population qu’à celui de la redistribution des richesses : l’AVS. S’ils tergiversent sur d’autres points, les initiants sont au moins clairs sur un : en cas de oui au RBI, il remplacera l’AVS. En effet, les rentes AVS sont toutes moins élevées que les 2'500.—Fr. dont rêvent les initiants. Mais l’AVS, ce n’est pas que des prestations. C’est aussi un mécanisme de financement absolument génial, qui permet une redistribution des richesses dont notre pays a de plus en plus besoin. Comme les cotisations ne sont pas plafonnées (au contraire des rentes), celui qui gagne des millions paie d’énormes montants à l’AVS sans pour autant que sa rente ne s’accroisse. Sur les très hauts revenus, les cotisations AVS sont donc un impôt. Un impôt que la droite rêve de supprimer ; grâce à la baisse de l’imposition sur les dividendes (lors de la RIE 2), elle a déjà réussi à créer une forte incitation pour les propriétaires d’entreprises à se verser des dividendes (non-soumis aux cotisations AVS) plutôt qu’un salaire (soumis). Autant dire que le RBI serait une sacrée aubaine pour tous les adversaires de l’AVS. Comme il ne précise rien sur le financement du RBI, le texte de l’initiative n’empêcherait pas pareil hold-up. Pis, la majorité de droite pourrait même s’appuyer sur les déclarations des initiants.

Bref, en cas de suppression de l’AVS suite à l’acceptation du RBI, nous risquerions aussi de perdre son financement et la redistribution des richesses qui va avec. Encore une bonne raison de voter NON au RBI.

11/12/2015

Oui, il faut renforcer l’AVS !

Le Conseil national se prononce mercredi sur l’initiative de l’USS « AVS plus », qui veut augmenter de 10% toutes les rentes AVS. Cette initiative tombe au bon moment. D’une part, parce qu’il est important de présenter à la population un contrepoids aux velléités de la droite de démanteler la prévoyance-vieillesse. Et surtout, parce que renforcer notre assurance sociale la plus solide et la plus populaire, c’est rendre un énorme service aux retraités et aux futurs retraités. Voici pourquoi : 

  • Le pouvoir d’achat des retraités doit être renforcé. C’est une évidence : les retraités, surtout les plus modestes d’entre eux, subissent une détérioration de leur pouvoir d’achat. Depuis 1980, les salaires ont crû 21% plus vite que les rentes AVS. Quant aux 2ème pilier, le taux de conversion a chuté, comme le taux de rendement minimum, réduisant d’autant les rentes, alors que les assureurs privés voient leurs bénéfices croître. Résultat, pour de nombreux travailleurs des classes moyenne et modeste, la retraite signifie une diminution drastique du revenu. Pour la majorité des retraités, la prévoyance vieillesse ne remplit donc pas son mandat constitutionnel, selon lequel 1er et 2ème pilier doivent permettre de maintenir le niveau de vie antérieur.
  • Il faut surtout renforcer l’AVS. Pour les deux tiers des retraités (sans ou avec un petit 2ème pilier), l’AVS est la principale source de revenu. En raison des inégalités salariales, les femmes touchent à peu de chose près les mêmes rentes AVS que les hommes, mais le montant moyen de leur rente du deuxième pilier est… deux fois inférieur. Ainsi, entre le début de la retraite et le décès, une femme touche en moyenne entre 200'000 et 250'000.—Fr. de prestations de vieillesse en moins qu’un homme. Renforcer l’AVS, c’est donc soutenir avant tout les retraités des classes moyenne et modeste, ceux qui n’ont peu ou pas de 2ème pilier, ainsi que les femmes.
  • L’AVS, c’est le meilleur rapport qualité-prix pour les futurs retraités. Un couple qui bénéficie aujourd’hui de la rente maximale de 3150 francs a payé à l’AVS 460’000 francs de cotisations salariales jusqu’à sa retraite. S’il avait dû économiser lui-même pour obtenir la même rente, il lui aurait fallu mettre de côté plus de 800'000 francs ! Grâce à son financement solidaire et parce qu’avec elle, aucun assureur privé ne se sert au passage, l’AVS est et restera extrêmement intéressante. Par contre, l’épargne privée, c’est très cher. Dans le deuxième pilier, le secteur financier empoche chaque année 6,4 milliards de francs de frais de gestion (2013). De l’argent perdu pour les assuré-e-s ! Les jeunes ont donc un intérêt bien réel à renforcer l’AVS !
  • L’AVS est solide. Même si l’espérance de vie a augmenté, même si le taux de natalité a baissé, même s’il y a toujours moins d’actifs par rapport aux retraités, l’AVS n’a pas implosé comme le prédisaient droite et milieux économiques. Certes, elle aura besoin d’un financement supplémentaire à moyen terme, mais elle continue à faire des bénéfices (les prédictions déficitaires de MM. Couchepin et Burkhalter se sont révélées fausses !). Et, entre 1975 et 2013, la part de l’AVS au PIB est restée stable (5 contre 6%). La solidité ne dépend en effet pas uniquement du ratio actifs/retraités, mais aussi de la croissance économique, de celle des salaires, du taux d’activité, de l’immigration, des rendements des marchés financiers, etc. Mais une chose est sûre : les assureurs privés, qui lorgnent le capital de l’AVS, ont tout intérêt à faire croire qu’elle va mal pour pouvoir réduire ses prestations… et pousser la population vers les lucratifs 2ème et 3ème piliers ! Ceux qui défendent les très hauts revenus ont aussi intérêt à affaiblir une assurance pour laquelle on cotise sur la totalité de son revenu, sans que cela n’augmente la rente.
  • L’initiative diminue le recours aux prestations complémentaires. 200'000 personnes doivent faire appel aux prestations complémentaires. Pour cela, elles doivent, comme pour l’aide sociale, se mettre à nu financièrement et démontrer qu’elles en ont besoin pour vivre. Par ailleurs, la droite va tenter de diminuer ces prestations, pourtant vitales pour des milliers de retraités. Augmenter les rentes AVS, c’est diminuer le besoin en prestations complémentaires. C’est aussi une bonne affaire pour les contribuables : une économie d’environ 400 millions de francs.
  • L’initiative est finançable. L’augmentation de 10% des rentes peut être atteinte par une augmentation de seulement 0,8% des contributions paritaires (0,4 employé/0,4 employeur). C’est tout à fait supportable, quand on sait que cela fait 40 ans que les cotisations n’ont pas été augmentées, alors que, sur la même période, le nombre de rentiers a plus que doublé (de 960'000 de 2,2 millions). C’est par ailleurs un mode de financement qui favorise la redistribution des richesses, car la contribution est prélevée quelque soit le niveau de revenu, mais les rentes sont plafonnées. Par ailleurs, l’augmentation des contributions pourrait être réduite par exemple par une affectation de la totalité de l’impôt sur le tabac à l’AVS.

Pour en savoir plus sur l’AVS et son financement…