18/02/2009

Le PDC fait du sarkozysme

Une proposition du PDC suisse, adoptée lors de son assemblée des délégué-e-s de samedi passé, est passée totalement inaperçue, noyée qu’elle était au milieu de la prise de position des démocrates-chrétiens (qui n’ont visiblement pas peur des oxymores) «L’économie de marché libérale et sociale» (cf p. 4). Pourtant, elle traite d’un sujet on ne peut plus actuel (et sur lequel la jeunesse syndicale suisse présente ses propositions demain): le chômage des jeunes.
Les démocrates-chrétiens, qui sont pourtant en charge du département concerné (le DFE de Doris Leuthard), y vont d’une proposition carrément sakozyenne: supprimer les charges sociales pour encourager l’embauche. Ainsi, les jeunes chômeurs engagés comme stagiaires doivent être exonérés de charges sociales. Comme les heures supplémentaires du «travailler plus pour gagner plus» français, en somme. Et les entreprises qui les engagent comme stagiaires doivent être soutenues. En voilà une idée qu’elle est bonne.
Sauf que le PDC semble ignorer que les entreprises qui fournissent des places de stages aux jeunes chômeurs sont déjà largement soutenues: une partie du (maigre) salaire est payé par l’assurance-chômage. Quant au fait que certaines en profitent pour bénéficier de main d’œuvre subventionnée bon marché, pas un mot dans la prise de position du PDC. En outre, cette proposition fait totalement fi des positions… du PDC, qui, pour justifier son refus de la retraite flexible, arguait que la situation financière de l’AVS était à moyen terme «tout sauf rose». Alors qu’il n’hésite pas à la priver de cotisations avec sa nouvelle proposition.
Dans tous les cas, il est plutôt inquiétant que le parti dont la conseillère fédérale est en charge de la politique du marché du travail prennent des positions aussi creuses et aussi contradictoires.

27/11/2008

Chasse aux z'abus

S'il y a un argument qui marche à tous les coups, c'est bien celui des abus. Des abus commis par des étrangers. Aux dépens des nos assurances sociales. Les opposants à la retraite flexible pour toutes et tous ne dérogent pas à cette règle (il faut dire qu'ils ont remarqué que la base de l'UDC a plutôt tendance à soutenir l'initiative) et avertissent que "l'initiative encouragera les abus des retraités étrangers rentrés dans leur pays, qui toucheront une rente anticipée sans cesser de travailler". D'ailleurs, poursuivent-ils, "31% des rentes AVS sont versées à l'étranger" (même s'ils se gardent bien de dire que seuls 13% de la somme totale des rentes ne sont pas versés en Suisse). C'est bien la preuve que le potentiel d'abus est énorme. Et que les suisses et suissesses feraient mieux de refuser cette initiative, même si elle leur est favorable.

Mais, comme d'habitude, cet argument des abus est abusif. En effet, les risques d'abus ne sont pas plus élevés qu'avec la situation actuelle, pour deux raisons.

  • Il existe en effet déjà des mécanismes de contrôle pour s'assurer que les bénéficiaires d'une rente ou d'un capital du 2ème pilier résidant dans un autre pays ont bel et bien cessé toute activité rémunérée et ne cotisent plus à la prévoyance-vieillesse. Le système d'entraide administrative entre les pays de l'UE et de l'AELE (introduit dans le cadre des accords bilatéraux) fonctionne très bien et il pourrait sans problème être appliqué à l'AVS flexible. Il n'y aurait donc même pas besoin de mettre sur pied une bureaucratie compliquée, ni d'envoyer des contrôleurs à l'étranger pour vérifier que personne ne triche. 
  • Mais surtout, les pays voisins connaissent un chômage des seniors beaucoup plus élevé qu'en Suisse. Il est donc irréaliste de penser que des travailleurs étrangers demanderont à profiter de l'AVS flexible, puis rentreront dans leur pays d'origine pour y travailler. Car ils n'y trouveront pas de travail. Cet argument est aussi valable pour contrer les opposants qui annoncent une explosion du travail au noir en Suisse en cas de oui. Les difficultés des plus de 62 ans sur le marché du travail sont telles que la plupart des personnes qui profiteront de la retraite anticipée sont celles qui n'ont de toute façon aucune chance de retrouver un emploi. Déclaré ou au noir.

Le 30 novembre, ne laissons pas la peur des abus nous faire renoncer à une vraie retraite anticipée ouverte à toutes et tous. Oui à l'initiative pour un âge de l'AVS flexible!

22/11/2008

L'UBS et l'AVS

Avec un titre pareil, je vois déjà venir les critiques: «ça y est, il va encore nous ressortir le coup du «si on peut verser 68 milliards pour l’UBS, on peut bien mettre 800 millions pour l’AVS flexible»…». Encore que cet argument ne soit pas dénué de pertinence, ce n’est pas de ça que je veux parler dans ce billet. Je souhaite plutôt montrer cette publicité, découverte au détour du site internet de la grande banque sise aux îles Caïmans sur la Piratenplatz sur la Paradeplatz.
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Elle montre bien d’une part que la retraite anticipée est d’ors et déjà une réalité (ce qui ne choque pas les adversaires de l’initiative «pour un âge de l’AVS flexible», qui pourtant clament sur tous les toits que «la retraite anticipée menace la santé financière de l’AVS») et d’autre part que la retraite anticipée est un privilège. Un privilège réservé à ceux qui sont déjà privilégiés. Et que l’UBS accueille à bras ouverts.
Aujourd’hui, 4 salariés sur 10 ne sont plus actifs entre 60 et 64 ans. Dans les banques et les assurances par exemple, plus d’un salarié sur deux peut se permettre de partir à la retraite anticipée (contre moins de 15% dans l’hôtellerie ou la restauration…). Pour les uns, la retraite anticipée se passe dans de bonnes conditions (merci, «UBS comfort»!). Pour les autres, elle signifie diminution à vie de la rente AVS, recours aux prestations complémentaires, et restrictions drastiques de la qualité de vie. Et pour beaucoup d’autres, la retraite anticipée n’est qu’un rêve. Pour une AVS flexible enfin ouverte à tous, votons oui le 30 novembre!

Et à ceux qui doutent encore de la capacité du 1er pilier à affronter les changements démographiques, je conseille ce lien.

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