14/11/2008

L'AVS ou la famine?

"Vous verrez, en 2020, l'AVS sera en déficit, car il n'y aura plus que deux actifs par retraité!" n'arrête-t-on pas de nous seriner. Il est vrai que l'évolution démographique et la croissance de l'espérance de vie font qu'il y aura toujours moins d'actifs pour toujours plus de retraités. Mais l'équilibre financier de nos retraites n'est pas pour autant en danger. Voici un petit exemple pour le démontrer.

En 1900, un paysan devait nourrir 4 personnes. En 1950: 10. Depuis, le nombre de paysans a diminué, de même que les surfaces cultivables. Pourtant nous ne sommes pas morts de faim pour autant. Car aujourd'hui, un paysan nourrit 130 personnes. La clef se situe dans l'augmentation de la productivité: le nombre de paysans et la surface cultivable ne jouent aucun rôle, seule compte la quantité de nourriture produite. Pour l'AVS, le même raisonnement s'applique: Pour financer les rentes des retraitées et retraités, les actifs doivent produire un certain nombre de richesses (actuellement 31 milliards de francs par an environ). L'important n'est pas de savoir combien d'actifs produisent cette richesse (même s'il est vrai qu'il est plus facile de la produire si le nombre d'actifs est plus élevé), mais qu'elle soit bel est bien produite, peu importe par qui. C'est la raison pour laquelle l'AVS fait toujours des bénéfices (contrairement à ce que pronostiquait le conseil fédéral...), même si la part des actifs par rapport aux retraités est passé de plus de 6 pour 1 en 1948 à un peu plus de 3 pour 1 aujourd'hui. Et passera à environ 2 pour 1 en 2020. La productivité du travail continuant à croître, toujours moins d'actifs pourront financer les retraites de toujours plus de retraités pendant toujours plus longtemps. D'ailleurs, dans ses prévisions à dessein alarmistes sur le financement à long terme de l'AVS, le conseil fédéral sous-estime systématiquement la croissance de la productivité. Voilà bien la preuve qu'il s'agit d'un indicateur important.

Cela ne veut cependant pas dire que l'AVS n'aura pas besoin de financement supplémentaires à moyen terme, car la croissance de la productivité et l'immigration ne suffiront pas à compenser totalement la démographie. Ainsi, l'USS estime qu'en 2020, 0.2 points de cotisations (ou de TVA) supplémentaires seront nécessaires, puis 1.1 en 2030 (le conseil fédéral, alarmiste comme à son habitude, pronostic 1.3 respectivement 3.5, ce qui fait une sacrée différence). Mais il ne s'agit que de besoins modérés en financement supplémentaire. Il faut noter que l'initiative pour un âge de l'AVS flexible ne requiert un financement supplémentaire de 0.24 points de cotisation seulement.  

Dans tous les cas, on est loin des visions catastrophistes des opposants à la retraite flexible, dont l'unique argument est la peur. Opposants, qui, s'il prétendent que l'AVS aura bientôt des problèmes financiers, ne se sont pourtant pas opposés à la réforme de l'imposition des entreprises II, qui coûtera 150 millions par an à l'AVS. Pas plus qu'ils ne sont choqués de voir que les hauts revenus peuvent aujourd'hui facilement se permettre de partir à la retraite anticipée, retraite anticipée que les opposants à l'initiative considèrent pourtant comme "mettant en danger l'avenir financier de l'AVS". Bref, les prévisions démographiques servent surtout à empêcher que la retraite flexible cesse d'être un privilège.

Le 30 novembre: oui à l'âge de l'AVS flexible!

30/10/2008

La nécessaire flexibilisation de l'âge de l'AVS

Selon une enquête parue hier, un travailleur Suisse sur deux serait d'accord de travailler au-delà de l'âge légal de la retraite. A condition d'être en bonne santé et d'avoir un bon emploi. Voilà qui apporte de l'eau au moulin de l'initiative pour le libre choix de l'âge de l'AVS dès 62 ans. Et contre un des principaux arguments de ses adversaires.

Les opposants à l'initiative prétendent en effet qu'elle entraînerait une baisse généralisée et obligatoire de l'âge de la retraite à 62 ans, car près de 90% des travailleurs remplissent les conditions (un salaire annuel inférieur à 120'000 Fr.) pour bénéficier d'une rente AVS anticipée complète. C'est argument est faux, car l'initiative n'oblige personne à partir à la retraite à 62 ans. Qui est en bonne santé, à un travail motivant, bien payé et grâce auquel il s'épanouit (ce qui ne semble pas incongru, les études sur la satisfaction au travail des suisses l'attestent) pourra travailler jusqu'à l'âge légal de l'AVS. Et même au-delà. L'AVS permet déjà de cotiser jusqu'à 70 ans et cette possibilité sera bientôt introduite pour le 2ème pilier. La flexibilisation "vers le haut" existe donc déjà, et nombre de travailleurs semblent prêts à en faire usage.

Mais la flexibilisation "vers le bas" est tout aussi nécessaire. En effet, de nombreux travailleurs âgés ne trouvent plus de travail dès 55-60 ans, sont en mauvaise santé et doivent prendre une retraite anticipée forcée, souvent maquillée en invalidité et dans tous les cas avec une importante réduction de la rente AVS à la clef. Et cette réduction (près de 7% pour une anticipation d'un an, 13% pour deux ans) est définitive. Actuellement, ne peuvent donc se permettre une retraite anticipée dans de bonnes conditions que celles et ceux qui ont pu mettre de l'argent de côté (les hauts revenus) ou ceux qui bénéficient d'une solution de branche (plutôt rares - et dont l'initiative diminue d'ailleurs le coût). Ainsi, le taux de retraite anticipée est de 51% dans les banques et les assurances, mais seulement de 22% dans l'enseignement, 21,9% dans l'industrie, de 15,8% dans le santé-social, de 14,3% dans l'hôtellerie et la restauration et de 13,9% dans le commerce. Le taux de retraite anticipée croît en outre avec le niveau de revenu. La retraite flexible donc est une réalité, mais aussi un privilège. Un privilège dont bénéficient ceux qui sont déjà privilégiés. L'initiative pour un âge de l'AVS flexible corrige donc une inégalité, en mettant la retraite anticipée à la portée de tous ceux qui en ont besoin, quelle que soient l'épaisseur de leur porte-monnaie.

07/10/2008

L'AVS et les chiffres de M. Couchepin (2)

Le conseil fédéral, M. Couchepin en tête, et les milieux patronaux ont en ce moment pour principale activité de répandre de faux chiffres sur l’état des finances de l’AVS. Les objectifs? Faire peur à la population pour qu’elle accepte de couper dans les rentes et refuse d’améliorer le premier pilier. Le premier ayant largement échoué lors du naufrage dans les urnes de la 11ème révision de l’AVS, ils se concentrent désormais sur le deuxième objectif, le torpillage de l’initiative des syndicats et du PS pour le libre choix de l’âge de l’AVS dès 62 ans.
Pour couler une initiative, il y a une méthode éprouvée: faire croire qu’elle coûtera trop cher. Et là, aucune exagération n’est de trop. Le chiffre des opposants est donc impressionnant: «l’initiative coûtera 1,5 milliard», avancent-ils. Avec un coût pareil, même ceux qui sont convaincus de la bonne santé du premier pilier ont de quoi être effrayés. Fort heureusement ces chiffres sont faux.
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Moins de 800 millions de francs par an
L’initiative, si elle est appliquée selon les vœux des initiant-e-s, coûtera en effet moins de 800 millions par an (exactement 779). Ce n’est pas un chiffre en l’air: c’est ce que dit… le conseil fédéral lui-même dans son message (p. 404). En avançant de faux chiffres, ce dernier démontre donc qu’il ne lit même pas ses propres documents. Ou ne se rappelle plus de ce qu’il a écrit. Et n’a pas peur de se contredire, vu qu’il répète le faux chiffre dans le cahier de votation envoyé aux électeurs. Il en va de même pour les parlementaires bourgeois qui reprennent le chiffre erroné. Mais peut-être n’ont-ils pas lu les documents sur lesquels ils étaient appelés à se prononcer.

L’initiative génère des économies
En outre, l’initiative permettra des économies (non incluses dans le calcul du coût) en matière d’assurance-chômage, d’assurance-invalidité, d’aide sociale ou de prestations complémentaires. Car aujourd’hui, la retraite anticipée est une réalité (1 salarié sur 2 arrête de travailler avant l’âge légal), mais elle est souvent camouflée en chômage ou en invalidité. Et, pour ceux qui prennent leur retraite anticipée, les coupes dans la rente AVS sont telles (jusqu’à 300.—Fr. en moins par mois pour ceux qui prennent leur retraite deux ans avant l’âge légal et ce pour toute la durée de leur retraite), que des prestations complémentaires sont nécessaires. Et, pour ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens, retraite anticipée rime avec précarité. C’est ce que veut corriger l’initiative.
Ces 779 millions annuels sont en outre très bon marché. Pour chaque salarié, cela correspond à une augmentation des cotisations de seulement 6.50 par mois. Et l’initiative ne grèvera pas les finances de l’AVS, car l’initiative demande un financement supplémentaire. Qui n’est certes pas prévu en détail dans le texte soumis au vote, car cela aurait été contraire au principe d’unité de la matière.

La crise financière a bon dos
Dernier argument des opposants au libre choix de la retraite flexible, la crise financière. Ce n’est pas le bon moment pour améliorer l’AVS, disent-ils, car la crise met en danger son assise financière. Ce n’est fort heureusement pas le cas, car l’AVS fonctionne avec un système de répartition (les actifs paient les rentes) et pas avec un système de capitalisation comme le 2ème pilier. Et d’ailleurs, il y a un excellent indice pour s’assurer que la bourse ne menace pas l’AVS. Si c’était le cas, ceux qui maintenant demandent des coupes à cause de la crise des marchés financiers s’empresseraient d’exiger une augmentation des rentes lorsque la bourse flambe…